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Le dilemme des femmes yézidies : capturées, violées, libérées, mais rejetées

Leurs proches et les instances religieuses acceptent de les accueillir seulement si elles abandonnent leurs enfants.

Issa Rafidah Nayef, 22 ans, portant son enfant né pendant sa captivité, photographiés le 23 novembre 2020
Issa Rafidah Nayef, 22 ans, portant son enfant né pendant sa captivité, photographiés le 23 novembre 2020
Crédit : Delil SOULEIMAN / AFP
La Revue de Presse du 25 mai 2021
03:12
La Revue de Presse du 25 mai 2021
03:12
Isabelle Choquet
Isabelle Choquet
Animateur

Direction l’Irak et le terrible dilemme des mères yézidies… Des femmes kidnappées en 2014 par l’État islamique qui en a fait des esclaves sexuelles. Elles ont été violées, des enfants sont nés et puis elles ont été libérées… Mais aujourd’hui, peut-on lire dans le magazine Causette, pour rentrer chez elle, on leur demande d’abandonner leurs enfants.

Ce cas de conscience, c’est celui de Layla. En ce moment, elle vit dans un foyer géré par les forces kurdes, en Syrie, avec son fils de 4 ans et sa fille aînée. "Je ne peux pas laisser mes enfants ici, dit-elle. Je les aime et je ne les considère pas comme des enfants de Daech. Ils ne sont coupables de rien, et puis ils ont déjà oublié leur père". Elle a le sourire et pourtant elle raconte l’enfer. L’assaut de l’État Islamique sur son village natal, un massacre, elle avait 17 ans. 

Layla a été convertie à l'Islam et achetée par un combattant irakien qui lui a fait ces deux enfants, de force. Au bout de 5 ans, le califat est tombé, elle a alors passé un an et demi dans un camp avant d’être mise à l’abri par les forces kurdes. Ce devait être la fin du cauchemar. C’est le début d’un nouveau calvaire. "J’aimerais rentrer chez moi, dit-elle, mais ma famille n’accepte pas ma fille et mon fils, ils les considèrent comme les enfants de leurs ennemis". Selon le dogme religieux, seuls les enfants nés de deux parents yézidis font partie de la communauté. Ceux qui ont du "sang de Daech" sont des parias. D’après les humanitaires, ils sont quelques centaines dans ce cas. Layla est dans une impasse.

Le rejet, jusqu'à regretter son bourreau

Avec elle, il y a Jihane. Elle a passé 40 jours en prison à Raqqa, puis on l’a vendue sur un marché à Palmyre. "Ils ont donné mon prix au micro", raconte-t-elle. Jihane a eu deux enfants puis son mari de Daech est mort dans une frappe aérienne. "Nous n’avons pas d’avenir, dit-elle. J’ai contacté ma famille pour pouvoir rentrer avec mes enfants, ils ont dit qu’ils nous tueraient si je les emmenais avec moi". Son bourreau, elle le regrette presque. "S'il était encore en vie, je retournerais vivre avec lui parce que mes enfants ont besoin d’un père". 

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Pourtant, elle porte un tatouage sur le bras gauche, quatre lettres : le nom de son premier mari, porté disparu. Mais aujourd’hui, tout ce qui lui importe, ce sont ses deux petits. Les humanitaires le confirment : certaines survivantes font ce choix incroyable d’aller retrouver les jihadistes après leur libération. Les autres doivent confier leurs enfants à un orphelinat. "On les éduque, on les nourrit et ils iront à l’école, dit la responsable. Mais nous n’avons pas de plan pour le long terme". 

Depuis 2014, 200.000 yézidis vivent toujours en exil

Le problème semble insoluble. Le chef spirituel des yézidis, Baba Cheikh, ne veut même pas en entendre parler. Depuis 2014, 200.000 yézidis vivent toujours en exil, dans une vingtaine de camps. Alors le dossier des enfants nés de viol... "Et qu’en est-il des milliers de bébés nés depuis le début de la guerre et qui vivent dans des camps insalubres ? demande-t-il. Et les enfants toujours portés disparus ? Parlons d’abord des enfants yézidis, puis on pourra parler de ceux de Daech". 

Les religieux estiment avoir déjà fait un geste : normalement, les femmes mariées hors de la communauté sont excommuniées. Exceptionnellement, on les laisse revenir. "Les survivantes sont des anges, nous les acceptons et les respectons, dit Baba Cheikh. Mais ces enfants…"  Ces enfants l’emportent quand même. Parce qu’à la fin, les mères s’enfuient pour les retrouver. Les yézidies sont des mères comme les autres. 

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