1. Accueil
  2. Actu
  3. International
  4. Interpol : accusé de torture, un militaire émirati est le favori qui dérange pour la présidence
3 min de lecture

Interpol : accusé de torture, un militaire émirati est le favori qui dérange pour la présidence

ÉCLAIRAGE - Réunie depuis mardi à Istanbul, l'Assemblée générale d'Interpol, qui doit élire jeudi son président, pourrait choisir un général émirati accusé de torture.

Illustration logo Interpol
Illustration logo Interpol
Crédit : Ozan KOSE / AFP
Thomas Pierre & AFP

C'est une candidature controversée. Le général Ahmed Nasser Al-Raisi, responsable des forces de sécurité des Emirats arabes unis, fait campagne depuis l'an dernier pour accéder à la présidence de l'agence de coopération policière Interpol. Les statuts d'Interpol accordent au président, élu par les 195 états membres, un rôle avant tout honorifique. 

Dans les faits, c'est le secrétaire général Jürgen Stock, renommé pour un second mandat de cinq ans en 2019, qui assure la gestion des affaires courantes. Pour autant, nombre d'observateurs s'inquiètent d'une arrivée de Ahmed Nasser Al-Raisi à la présidence de l'organisation. 

"Nous sommes profondément convaincus que l'élection du général Al-Raisi porterait atteinte à la mission et à la réputation d'Interpol", écrivent trois députés européens dans une lettre adressée à Ursula Von der Leyen, la présidente de la Commission européenne. 

En octobre 2020, dix-neuf ONG, dont Human Rights Watch (HRW), s'inquiétaient déjà du choix possible du général émirati, "membre d'un appareil sécuritaire qui prend systématiquement pour cible l'opposition pacifique". 

Des plaintes pour "torture"

En parallèle, plusieurs plaintes pour "torture" contre le général Al-Raisi ont été déposées ces derniers mois en France, où siège l'organisation, et en Turquie, pays hôte de l'Assemblée générale. Un des plaignants, le ressortissant britannique Matthew Hedges, a raconté avoir été détenu et torturé entre mai et novembre 2018 aux Emirats arabes unis, après avoir été arrêté pour de fausses accusations d'espionnage lors d'un voyage d'études.

À lire aussi

L'ONG Gulf Centre for Human rights (GCHR) accuse dans l'une de ces plaintes le général émirati d'"actes de torture et de barbarie" contre l'opposant Ahmed Mansoor, détenu depuis 2017 dans une cellule de 4 m2 "sans matelas ni protection contre le froid", ni "accès à un médecin, à l'hygiène, à l'eau et aux installations sanitaires". Ces procédures n'ont pas abouti jusqu'ici.

Un "poste très symbolique"

Le Secrétaire général de l'organisation, Jürgen Stock, a déclaré mardi à la presse "être évidemment au courant des accusations" pesant contre le général Al-Raisi, soulignant toutefois qu'il "revient aux Etats membres de voter".

"La présidence d'Interpol est un poste très symbolique (...) donc la réputation douteuse d'Al-Raisi, justifiée ou non, est un facteur important pour l'organisation", explique à l'AFP Mathieu Deflem, professeur de sociologie à l'Université de Caroline du Sud (Etats-Unis) et auteur de travaux sur Interpol.

Le président, désigné pour quatre ans, occupe ses fonctions à temps partiel et de façon bénévole. Il a un rôle essentiellement protocolaire, exercé depuis 2018 par le Sud-Coréen Kim Jong-yang, élu après l'arrestation fin 2018 dans son pays de son prédécesseur chinois, Meng Hongwei.

Interpol, outil de répression pour les autocrates ?

Toutefois, l'élection du général Al-Raisi "enverrait un signal aux autres régimes autoritaires", notamment qu'utiliser d'Interpol pour poursuivre des opposants à l'étranger "n'est pas un problème", juge Edward Lemon, enseignant à l'Université A&M du Texas et spécialiste des régimes autoritaires.

Un rapport britannique publié en mars a en effet conclu que les Emirats arabes unis ont détourné le système des notices rouges, les avis de recherche internationaux, pour faire pression sur des opposants. De même en Biélorussie, selon Libération, le régime d’Alexandre Loukachenko utiliserait Interpol "pour traquer les exilés". 

S'il est élu jeudi, le général Al-Raisi sera "susceptible de travailler avec des gouvernements aux vues similaires (aux siennes) pour contrecarrer les réformes allant vers une plus grande transparence d'Interpol", estime Edward Lemon.

L'influence grandissante d'Abou Dabi

Le chercheur rappelle que les Emirats arabes unis ont fait un don de 50 millions d'euros à Interpol en 2017, une somme presque équivalente aux contributions statutaires des 195 pays membres de l'organisation, qui s'élevaient à 60 millions d'euros en 2020. Les Emirats, qui ont eux-mêmes accueilli l'Assemblée générale d'Interpol en 2018 et voulaient l'accueillir à nouveau en 2020, ont aussi "donné ou prêté 10 millions d'euros en 2019, environ 7% du budget annuel d'Interpol". "De tels financements réduisent la capacité des autres membres à influencer l'organisation", relève Edward Lemon. 

Pour autant, "étant donné la réputation d'Al-Raisi (...), je soupçonne qu'il sera inéligible. Les membres votants de l'organisation ne sont pas imperméables aux critiques de l'extérieur", avance Mathieu Deflem. Interrogée mardi par l'AFP, l'autre favorite, la candidate tchèque Sarka Havrankova estime elle aussi que ces "allégations très graves" pourraient empêcher l'élection de son rival. "C'est aux délégations de décider comment elles veulent que leur organisation soit dirigée", conclut-elle.

La rédaction vous recommande

L’actualité par la rédaction de RTL dans votre boîte mail.

Grâce à votre compte RTL abonnez-vous à la newsletter RTL info pour suivre toute l'actualité au quotidien

S’abonner à la Newsletter RTL Info

Commentaires

Afin d'assurer la sécurité et la qualité de ce site, nous vous demandons de vous identifier pour laisser vos commentaires.
Cette inscription sera valable sur le site RTL.fr.

Signaler un commentaire

En Direct
/