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Coronavirus : faut-il croire au programme de relance franco-allemand ?

ÉDITO - L'accord, présenté lundi 18 mai, prévoit que la Commission s’endette à hauteur de 500 milliards d’euros et transfère cet argent aux États, régions et secteurs qui ont été le plus touchés par la pandémie due au coronavirus.

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Faut-il croire au programme de relance économique franco-allemand ? Crédit Image : Kay NIETFELD / POOL / AFP | Crédit Média : RTL | Date :
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François Lenglet édité par Venantia Petillault

Il y a deux jours, Emmanuel Macron et Angela Merkel, la chancelière allemande, ont présenté leur programme de relance européen de 500 milliards d'euros. Mais faut-il y croire ?

Il s'agit, nous dit le gouvernement français, d'une initiative "historique", parce que l'Allemagne a accepté pour la première de payer pour les autres. Rien n'est moins sûr. C'est la Commission européenne qui va payer ces 500 milliards et qui devrait s'endetter sur les marchés financiers. Il s'agirait donc de facto d'une dette commune, garantie par les États de l'union, à hauteur de leur poids dans l'Europe. Les gros garantiraient beaucoup, les petits peu. En fait, ce serait une extension du budget communautaire, qui existe déjà, il est payé par les États et finance non seulement le fonctionnement de la Commission mais les programmes d'investissement de l'Europe.
 
L'argent serait destiné aux pays et aux secteurs les plus touchés par l'épidémie. Autrement dit, on prendrait l'argent aux pays membres sur la base de leur richesse, et on redistribuerait sur le critère de l'impact de l'épidémie. Si je résume, l'Allemagne, riche et peu exposée au virus, paierait bien plus qu'elle ne recevrait, alors que l'Espagne et l'Italie recevraient bien plus qu'elles ne paieraient. On ne sait pas encore qui déciderait de l'attribution des fonds, cela devrait être la Commission. 

La mutualisation des dettes : un pas vers le fédéralisme

Mais cela n'est qu'une proposition franco-allemande, elle va devoir effectuer une course d'obstacles avant d'être mise en œuvre. Il faut d'abord qu'elle soit approuvée à l'unanimité par les 27 pays membres. Cela paraît difficile, vues les réticences qu'ont exprimées les Pays-Bas, le Danemark, l'Autriche, la Suède. Et même une partie de l'Allemagne. Il faut ensuite s'accorder sur les modalités techniques - quels projets financer - et financières - s'agira-t-il de purs transferts, c'est à dire de dons, ou de prêts à taux très faibles. Et il faut parallèlement que les 27 s'accordent sur le budget de l'Union de 2021 à 2027, c'est la condition mise par Merkel. Cela fait deux ans qu'ils essayent, sans succès.
 
Mais sur le fond, la mutualisation des dettes est un pas vers le fédéralisme, et on peut douter que cela soit une bonne idée. Cela n'est pas du tout le moment, alors que la demande politique des peuples est à l'opposé. Cela peut même exacerber le nationalisme, de la part des pays qui payent, au Nord. Ensuite, au plan économique, les pays fédéraux sont souvent les plus endettés. Regardez l'Italie ou la Belgique, parce que l'endettement est le seul moyen de compenser les écarts de niveau de vie entre les régions.
 
Obtenir cette dette commune est une obsession des Français. Pour une raison idéologique d'abord, la passion européenne de nos dirigeants politiques, quel que soit leur bord. Pour eux, l'Europe, c'est la France en grand, cela permet à la France de se grandir. Et il y a une autre raison, plus prosaïque. Mutualiser les dettes, c'est dissimuler le bazar de nos propres finances publiques, et, qui sait, peut-être récupérer quelques milliards qui ne seraient pas inutiles.

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