4 min de lecture Présidentielle américaine

Donald Trump président, "un désastre" pour la Silicon Valley

La Silicon Valley va devoir cohabiter avec un nouveau président qui l'a régulièrement brocardée pendant la campagne.

Le milliardaire Donald Trump est devenu le 45e président des États-Unis
Le milliardaire Donald Trump est devenu le 45e président des États-Unis Crédit : AFP
Benjamin Hue
Benjamin Hue
Journaliste RTL

Mardi soir, Donald Trump est devenu le 45e président des États-Unis et la Silicon Valley s'est couchée avec la gueule de bois. Les Américains ont élu à la Maison Blanche un homme détesté par les représentants du coeur de l'industrie des technologies de pointe de la première puissance mondiale tandis qu'ils barraient la route à Hillary Clinton, leur favorite démocrate, élue à plus de 60% en Californie.

Comme les sondeurs et les médias, jamais les patrons des entreprises technologiques n'avaient imaginé le milliardaire accéder à la fonction suprême. Les géants de la tech avaient choisi leur camp et fait ouvertement campagne contre le républicain tout en arrosant sa rivale. Cet été, une centaine de personnalités du secteur - des entrepreneurs, des développeurs et des investisseurs - s'étaient fendues d'une lettre ouverte pour avertir que son élection serait "un désastre pour la tech et l'innovation".

Au cours de la nuit, alors que la victoire de Donald Trump se faisait de plus en plus inéluctable, les réactions incrédules se sont multipliées sur les réseaux sociaux. "Vous vous souvenez quand on regardait les autres pays en disant : "Oh mec, ces gens sont fous". Merde, c'est nous maintenant", a lâché le PDG de l'entreprise de stockage Box, Aaron Levie. Le PDG de l'éditeur de jeux en ligne Zynga, Mark Pincus, s'est lui demandé si "tout cela ressemble à ce que les gens ont ressenti, en réalisant pour la première fois qu'Hitler pouvait réellement accéder au pouvoir". "Je ne peux pas me rappeler la dernière fois que je me suis senti si anxieux", a écrit pour sa part le président de l'incubateur de start-up Y Combinator, Sam Altman.

Il incarne l'opposé des valeurs de la Silicon Valley

Si Donald Trump inquiète autant la Silicon Valley, ce n'est pas pour son programme, dont les contours sont peu tangibles sur la question, mais parce qu'il incarne l'opposé des valeurs du secteur. Son patriotisme économique, fondé sur la relocalisation des usines sur le sol américain, va à l'encontre de leur modèle, qui repose en grande partie sur la délocalisation de la production en Asie. Donald Trump a régulièrement assuré en meeting qu'il obligerait Apple à fabriquer ses téléphones et ses ordinateurs aux États-Unis s'il est élu. Le magnat de l'immobilier a aussi plaidé pour que les services de renseignement puissent installer des portes dérobées afin de contourner le chiffrement des smartphones. Lors du conflit entre Apple et le FBI, il s'est toujours placé du côté des autorités, appelant au boycott de la marque à la pomme.

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La politique anti-immigration du nouveau locataire de la Maison Blanche est un autre sujet d'inquiétude. Durant la campagne, le milliardaire n'a eu de cesse de stigmatiser les étrangers, promettant de construire un mur entre les États-Unis et le Mexique et de tarir les sources d'immigration en général. Il souhaite également diminuer le nombre de visas H-1B délivrés aux travailleurs qualifiés et expérimentés. La Silicon Valley, qui emploie une grande main d'oeuvre étrangère diplômée en informatique, voit au contraire la diversité comme une chance. Les signataires de la lettre ouverte rappelaient cet été que "près de 40% des 500 plus grosses entreprises américaines ont été fondées par des immigrants ou leurs enfants". 

Pendant la campagne, Donald Trump a aussi proposé de fermer une partie d'Internet pour lutter contre la radicalisation en ligne. L'homme d'affaires populiste s'est posé en opposant au principe de neutralité du Net, qui interdit toute discrimination à l'égard du web. Il s'est aussi attaqué aux impôts d'Amazon et à son fondateur Jeff Bezos, l'accusant de se servir du Washington Post pour obtenir des avantages fiscaux. Le réveil fut d'autant plus brutal pour les entrepreneurs de la tech, mercredi, que sa rivale Hillary Clinton avait dédié un long programme au numérique afin de consolider le leadership des États-Unis en la matière.

Un entrepreneur appelle la Californie à faire sécession

L'élection de Donald Trump plonge la Valley dans l'inconnu et ouvre une ère d'incertitude qui pourrait bouleverser les équilibres du secteur. Il n'en fallait pas plus pour raviver les tentations indépendantistes de certains patrons et leurs vieux rêves de société libertarienne libérée des freins de l'État fédéral. Shervin Pishevar, l'un des fondateurs de la société Hyperloop One qui construit le train supersonique, a déjà lancé une campagne pour que la Californie fasse sécession et invite les partisans du Calexit à se rassembler devant le parlement de Californie jeudi. 

Sur la Côte Ouest finalement, la victoire de Donald Trump est un peu celle de Peter Thiel. Le co-fondateur de Paypal, financier de la première heure de Facebook et argentier controversé du secteur, est l'un des rares entrepreneurs à soutenir le candidat républicain. Libertarien (un courant qui prône le marché libre et une intervention minimale de l'État dans les affaires) et résolument provocateur, il a pris le contre-pied du secteur et donné 1,25 million de dollars pour la campagne du milliardaire, se coupant de beaucoup d'autres acteurs du secteur. Donald Trump a aussi reçu les félicitations du fantasque fondateur de MegaUpload, Kim Dotcom, qui lui a sobrement demandé "d'être gentil avec Internet".

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