6 min de lecture Présidentielle américaine 2016

Présidentielle américaine : en quoi l'échec de Clinton symbolise celui de la pop culture

DÉCRYPTAGE - Hillary Clinton a voulu surfer sur l'image "cool" et branchée de Barack Obama pour être élue, multipliant les apparitions dans des shows télévisés ou des séries. Une tactique qui ne lui a pas réussi.

Kim Kardashian était l'un des soutiens de Hillary Clinton
Kim Kardashian était l'un des soutiens de Hillary Clinton Crédit : Instagram/Kim Kardashian
MorganeGiuliani
Morgane Giuliani
Journaliste RTL

Contre toute attente, Donald Trump sera bien le 45e président des États-Unis. L'homme d'affaires de 70 ans a défié tous les sondages, qui voyaient son absence d'expérience politique (il n'a jamais été élu) et les nombreux scandales qu'il traîne comme des obstacles infranchissables à sa victoire. Surtout, Donald Trump ne pouvait pas gagner car il n'est jamais apparu comme "cool".

Hargneux, égocentrique, tenant des propos stigmatisants envers les étrangers, les musulmans et les femmes, accusé de multiples agressions sexuelles, il a vite été présenté par les médias et les stars comme une figure dangereuse et détestable. Le candidat n'a pas bénéficié du soutien de Hollywood, qui l'a dénoncé, pourfendu, moqué. Sous-estimé. Clint Eastwood est la seule star de stature mondiale à lui avoir apporté un soutien indéfectible - le réalisateur a toujours voté républicain. Le 9 novembre, il semble bien seul à se réjouir de sa victoire, sur Twitter, alors que la majeure partie des stars s'affole.

Barack Obama, président réélu grâce aux stars

Dans une époque où la pop culture n'a jamais été aussi puissante, l'équipe de Hillary Clinton a beaucoup misé sur l'impopularité de Donald Trump auprès du show business. La candidate a voulu être l'héritière de l'image très cool que Barack Obama a su apporter à la fonction présidentielle, et plus largement, au parti démocrate. Enfin, c'est ce qu'elle croyait.

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Pour comprendre l'échec de Hillary Clinton, il faut d'abord revenir en arrière. Barack Obama est "cool" parce que son ascension à la Maison blanche a été tout aussi fulgurante qu'historique, l'incarnation même du rêve américain. Premier Afro-Américain à accéder à Washington, le sénateur de l'Illinois a prononcé un discours porteur d'espoir lors de sa victoire en 2008. Un élan qui n'a pas manqué de lui attirer les faveurs de nombreuses stars, membres d'une "élite" majoritairement progressiste. Après tout, ne rêvent-elles toutes pas de faire partie de l'Histoire ? Le soir de son investiture, le 20 janvier 2009, Beyoncé, très émue, chante At Last, standard d'Etta James, pour la première danse de Barack et Michelle Obama en tant que nouveau couple présidentiel. 

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Beyonce - "At Last"

Dans les dîners mondains de la Maison blanche, des vieux sénateurs croisent des rappeurs comme Jay Z, Kanye West ou A$AP Rocky, et des popstars comme Beyoncé, Katy Perry ou Kim Kardashian. Un mélange des genres détonnant, que seul Barack Obama pouvait susciter.

Barack Obama a su faire de ces soutiens V.I.P. une force, notamment quand son action est sévèrement remise en cause, à la fin de son premier mandat. Les stars se mobilisent en masse pour l'aider à se faire réélire : Bruce Springsteen, Katy Perry, Lady Gaga, Madonna, Cameron Diaz, Anne Hathaway, Alicia Keys, George Clooney, Quentin Tarantino, Scarlett Johansson... Les incontournables Beyoncé et Jay Z récoltent 4 millions de dollars pour financer sa campagne. Il est plus facile de compter lescélébrités qui ne le soutiennent pas, tant elles sont rares. "Vous êtes le leader qui nous mènera là où nous devons être", lui écrit Beyoncé sur Instagram. Pour sa première photo postée sur le réseau social, en 2012, elle pose avec un T-shirt orné d'un slogan : "Les Texans derrière Obama". Tout un symbole.

En 2016, Barack Obama se lâche. Ne pouvant pas se présenter à nouveau, l'homme le plus puissant de la planète a poussé sa "cool attitude" jusqu'au bout. Il se retrouve ainsi à défendre son bilan en rappant sur le plateau du présentateur Jimmy Fallon. Une scène hallucinante. Plus tôt dans l'année, il a partagé un café avec Jerry Seinfield dans la cantine de la Maison Blanche. En toute décontraction.

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"Slow Jam the News" with President Obama

Michelle Obama mise aussi sur cette attitude décomplexée. On se souvient notamment d'une course en sac à patates mémorable, toujours avec Jimmy Fallon, pour promouvoir son action en faveur d'une alimentation équilibrée et d'une activité physique pour les enfants et adolescents. Elle participe aussi à des sketchs où elle imite des "danses de maman"La First Lady se prête même au Carpool Karaoke de James Corden, devenu incontournable pour les stars.

La tentation Bernie Sanders

De son côté, Hillary Clinton n'est pas une "petite nouvelle" fraîchement débarquée en politique. À 69 ans, elle a été un appui de taille durant la carrière politique de son époux, Bill. Président de 1993 à 2001, ses mandats ont été marqués par le scandale Monica Lewinsky, et des soupçons de connivence avec le milieu des affaires et financier. Sénatrice de New York, Hillary Clinton s'est ensuite retrouvée en charge de la politique extérieure des États-Unis dans le gouvernement d'Obama. Elle a dû se justifier à propos l'attaque contre Benghazi en 2012, avant de faire face à l'affaire des mails.

Pas très sexy pour Hollywood. L'unité affichée derrière Barack Obama explose  lors de la primaire pour élire le candidat démocrate à la Maison Blanche, à l'été 2016. De nombreuses stars préfèrent soutenir Bernie Sanders, outsider de 75 ans pourfendant les grosses entreprises, les collusions d'intérêt et un libéralisme trop prononcé.

Il devient rapidement la coqueluche des jeunes, et des célébrités. Présenté comme plus intègre que Hillary Clinton, il s'attire le soutien de Shailene Woodley (Divergente), Spike Lee (Malcolm X), Neil Young, Miley Cyrus, Susan Sarandon ou encore, Flea, bassiste des Red Hot Chili Peppers. Un site, regroupant 120 "artistes et leaders culturels soutenant Bernie Sanders", est créé pour faire entendre leur voix. Une fois Hillary Clinton investie, c'est plus ou moins à contre-cœur que ces personnalités se sont rangées derrière elle. 

Rattraper son retard

Face aux infidélités hollywoodiennes, Hillary Clinton fait tout pour changer son image, et au passage, faire oublier les casseroles qu'elle traîne. Tout comme Barack Obama, elle apparaît à plusieurs reprises dans les "late-shows". Mais elle va plus loin que le président en place. Il y a un an, la candidate crée la surprise en jouant une tenancière de bar pour l'incontournable Saturday Night Live, pendant que l'actrice Kate McKinnon l'incarne façon candidate au bout du rouleau... Un meta-sketch permettant d'étayer son programme à coup de blagues et d'auto-dérision.

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Hillary Clinton Bar Talk - SNL

Auprès de Jimmy Fallon (encore lui), grimé en Donald Trump, Hillary Clinton se déchaîne dans une fausse conversation téléphonique hilarante, va jusqu'à saisir un verre d'alcool pour signifier son ras-le-bol face à un adversaire aux propos sans limites. De quoi laisser sous-entendre qu'une victoire de l'homme d'affaires est peu probable.

À mesure que l'échéance approche, l'équipe d'Hillary Clinton passe à la vitesse supérieure. Un épisode de la série humoristique Broad City, surtout regardée par les jeunes actifs urbains et progressistes, s'invite dans son QG de campagne. La femme politique apparaît comme dans un rêve aux deux actrices principales. À côté, les stars multiplient les appels au vote en faveur de leur candidate et Kim Kardashian est l'une des premières à se prêter au jeu du selfie avec elle.

En 2016, impossible d'être cool sans savoir ce qui fait rire les internautes. C'est ainsi qu'en janvier, la candidate démocrate apprend à "daber" sur le plateau d'Ellen DeGeneres. Ce mouvement de bras inventé par des rappeurs d'Atlanta, popularisé par des sportifs, est alors très populaire en ligne. Mais Hillary Clinton n'a pas l'aisance d'un Barack Obama arrivant sur quelques pas de danse improvisés à son interview avec la même présentatrice, lors de sa première campagne, en 2007.

Dans la dernière ligne droite, Hillary Clinton ne lâche rien sur sa communication. Elle organise plusieurs concerts avec des stars d'envergure comme Bruce Springsteen, Jon Bon Jovi et Lady Gaga pour ses tout derniers meetings. Le "Mannequin challenge" - consistant à filmer un groupe de personnes figées - débarque à peine sur les réseaux sociaux que son équipe s'y prête, à bord de son avion de campagne. Nous sommes le 8 novembre, et il s'agit de l'un des ultimes appels au vote de la candidate. Le lendemain, le parti démocrate essuie un échec inattendu. Et les mèmes fleurissent. L'un d'eux montre une Hillary Clinton à la mine déconfite, avec la légende "Mais j'ai dabé !" Cela n'aura pas suffi. 

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2016-11-09 12:23:00
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