3 min de lecture Syrie

Daesh : pourquoi malgré la fin de son "califat" l'EI garde son pouvoir de nuisance

Si la chute du "califat" de Daesh marque une étape majeure, le groupe terroriste peut encore compter sur des jihadistes déterminés et sur une organisation qui a d'ores et déjà entamé sa mue en organisation clandestine.

Des forces de l'antiterrorisme irakiennes brandissent un drapeau de Daesh à l'envers dans la vieille ville de Mossoul, le 2 juillet 2017
Des forces de l'antiterrorisme irakiennes brandissent un drapeau de Daesh à l'envers dans la vieille ville de Mossoul, le 2 juillet 2017 Crédit : AHMAD AL-RUBAYE / AFP
Eleanor Douet
Eléanor Douet
et AFP

La fin du "califat" du groupe État islamique, proclamée samedi par les forces arabo-kurdes aidées par les États-Unis, a été saluée comme une victoire cruciale. Toutefois, si ce succès signe une date marquante dans la lutte contre les mouvements jihadistes dans le monde, commandants kurdes et Occidentaux estiment que le combat n'est pas terminé et que Daesh garde son pouvoir de nuisance.

Après s'être emparé de vastes régions en Syrie et en Irak, l'EI avait proclamé en juin 2014 un "califat" sur un territoire grand comme le Royaume-Uni, instaurant sa propre administration et collectant des impôts avant de lancer une campagne de propagande pour attirer des recrues étrangères.

Mais l'organisation jihadiste la plus brutale de l'histoire moderne y avait aussi fait régner la terreur : décapitations, exécutions massives, rapts et viols... Sans compter les enlèvements d'étrangers et les attentats meurtriers revendiqués en Syrie, dans d'autres pays arabes ou asiatiques et en Occident ainsi que la destruction de trésors archéologiques.

À Baghouz, les combats ont été très violents, avec au sol les FDS soutenues par des raids aériens de la coalition, face aux derniers irréductibles de l'EI, acculés dans une étroite bande de terre sur une rive de l'Euphrate, près de la frontière irakienne.

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En six mois de combats, plus de 630 civils dont 209 enfants et 157 femmes ont été tués, d'après l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH). Quelque 1.600 jihadistes et 750 combattants des FDS ont également péri.

Des cellules dormantes à travers le monde

Lors d'une cérémonie à Al-Omar pour célébrer la victoire, le commandant en chef des FDS, Mazloum Kobane, a souligné que la fin du "califat" marquait "le début d'une nouvelle phase" dans la lutte anti-EI. Elle consistera, selon lui, à éliminer les cellules dormantes des jihadistes, qualifiées de "grande menace pour (...) le monde entier".

Présent à la même cérémonie, l'envoyé américain de la coalition internationale dirigée par les États-Unis, William Roebuck, a salué une "étape cruciale" et souligné "l'indéfectible engagement de nos partenaires locaux et de la coalition à défaire l'EI".

Parmi les premières réactions de pays membres de la coalition, Paris a jugé qu'un "danger majeur" avait été "éliminé" et Londres a parlé d'une "étape historique".

L'EI a entamé sa mue en organisation clandestine

Ces dernières années, l'EI a été la cible de multiples assauts : des FDS soutenues par la coalition internationale d'une part, du régime de Damas appuyé par l'armée russe d'autre part. Le "califat" désormais réduit à néant, des jihadistes restent disséminés dans le désert s'étendant du centre syrien jusqu'à la frontière irakienne, ainsi que dans le désert de l'autre côté de la frontière, en Irak.

Des cellules dormantes parviennent aussi encore à mener des attentats meurtriers, disent les experts, selon lesquels l'EI a déjà entamé sa mue en organisation clandestine. "Nous resterons vigilants (...) jusqu'à ce que l'organisation soit vaincue, où qu'elle soit", a prévenu samedi soir le président américain Donald Trump, se félicitant de la fin du "califat".

Ils attendent le bon moment pour ressurgir

Le général Paul LaCamera, commandant des forces de la coalition anti-EI
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Pour le général Paul LaCamera, commandant des forces de la coalition anti-EI, "la lutte contre Daech et sa violence extrémiste est loin d'être finie". "Ne vous y fiez pas, Daesh préserve ses forces", a-t-il déclaré dans un communiqué, utilisant un acronyme arabe pour désigner l'EI.

"Ils ont pris des décisions en calculant ce qui leur reste de forces vives et de capacités, pour tenter leur chance dans des camps pour déplacés et en allant dans des zones reculées. Ils attendent le bon moment pour ressurgir".

Encore de nombreux groupes affiliés

Selon un récent rapport du patron de l'ONU Antonio Guterres, l'EI peut compter dans le monde sur plusieurs groupes affiliés, qu'il qualifie de "provinces", pour perpétuer son idéologie et combat sanglant.

Surnommé le "fantôme", le chef de l'EI, l'Irakien Abou Bakr al-Baghdadi, se terrerait lui dans le désert syrien, selon Hicham al-Hachémi, spécialiste des mouvements jihadistes. Les États-Unis offrent 25 millions de dollars pour la capture de l'homme le plus recherché au monde.

La bataille contre l'EI était le principal front de la guerre aux multiples acteurs en Syrie qui a fait plus de 370.000 morts depuis mars 2011 et des millions de déplacés, le régime de Bachar al-Assad ayant reconquis près des deux tiers du pays. 

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