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Syrie : 9 scènes d'horreur de la vie quotidienne à Raqqa, capitale de Daesh

Voilà deux ans que la ville est devenue la capitale syrienne de Daesh. À cette triste occasion, et grâce à divers témoignages recueillis dans les médias français et internationaux, voici une illustration de la vie sous l'État islamique.

Une femme sur un marché en Syrie (illustration)
Une femme sur un marché en Syrie (illustration) Crédit : Capture d'écran
Ceciledeseze75
Cécile De Sèze
Journaliste RTL

La population syrienne est prise en otage. D'abord persécutés par leur dirigeant Bachar al-Assad, les habitants de Raqqa se trouvent désormais piégés entre les bombardements de la coalition internationale et la dictature islamique imposée par Daesh. Après Mossoul en Irak, le groupe terroriste en a fait sa capitale en Syrie en mars 2014. Deux ans que les Raqqawi subissent le quotidien de l'horreur entretenu par les fidèles de l'État islamique (EI), parmi lesquels de nombreux étrangers venus renforcés les rangs du califat auto-proclamé d'Abou Bakr al-Baghdadi.

Des étrangers qui ont pris en otage les maisons des riches Syriens, évacués de force, voire exécutés, selon des témoignages sur place. Certains bâtiments ont été envahis et complètement dénaturés de leur première vocation, comme l'église devenue fief de la police islamique. À l'occasion de ce triste anniversaire, et à l'aide de différents témoignages recueillis par des médias français et internationaux, voici quelques exemples de la vie quotidienne sous Daesh à Raqqa. "Pour l'EI, c'est leur capitale, pour les habitants, c'est l'enfer", résume l'un d'eux dans une vidéo qui raconte comment Daesh a pris le contrôle de la ville.

1 - "Elle mérite d'être punie par des coups de fouet"

Filmé en caméra cachée par des femmes qui ont risqué leur vie pour témoigner de leur enfer quotidien, un chauffeur de taxi se souvient d'un jour où il a résisté aux ordres des terroristes. En fond sonore dans la voiture, un discours à la radio fait l'éloge des "martyrs" qui se font exploser. Le père de famille se souvient qu'une fois, sa fille ne portait pas le niqab, la tenue obligatoire pour les femmes sous la charia. Elle se rendait chez son oncle. Ils ont fait acheter l'habit réglementaire à son père et lui ont demandé d'aller la chercher pour qu'elle soit punie. "Elle mérite d'être punie par des coups de fouets", ont-ils menacé. Mais l'individu ne s'est pas laissé impressionné et s'est interposé. "Vous ne frapperez pas ma fille", a-t-il lancé. 

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On le menace alors d'une amende. "Mettez-moi une amende ! Je m'en fous de ce que je dois payer, vous ne frapperez pas ma fille". Les punitions - comme les exécutions - se font en place publique, aux yeux de tous. La terreur s'impose ainsi à des ronds-points, des places publiques, autrefois lieux de vie, de rencontre et de jovialité. 

2 - "Ils roulent sur les corps jusqu'à ce qu'il ne reste que les vêtements"

Ces lieux sont désormais "drapés de noir", raconte un Syrien dans une série de vidéos animées intitulée Life Inside Islamic State (en français, La vie sous Daesh) qui illustrent comment son quotidien s'est teinté de noir. Le drapeau du jihad, devenu symbole de Daesh, flotte dans tous les coins de la ville. Régulièrement les habitants se font témoins malheureux des exactions du groupe terroriste. Homosexuels jetés du toit, têtes décapitées, femmes lapidées au milieu de la rue et corps crucifiés devant la maison familiale.

"Ils exécutent par balles, profanent les corps, les décapitent, mettent les têtes sur des pics placés sur les ronds points de la ville. Parfois ils laissent les corps au milieu de la route pour forcer les voitures à rouler dessus jusqu'à ce qu'il n'en reste plus rien, que le corps et la route ne fassent plus qu'un, et qu'il ne reste que les habits", témoignent l'une des deux femmes de Raqqa qui ont pris les vidéos en caméra cachée. 

3 - "Les enfants jouent avec les têtes décapitées"

L'horreur devient donc courante, à défaut d'être supportable. Les décapitations et autres punitions se font au regard de tous. Comme certains documents - tel que le documentaire Salafistes - le montrent au nord Mali, un temps contrôlé par des islamistes radicaux, les mains sont coupées dans la rue et les punis fouettés par terre au milieu des habitants. C'est la même chose dans la capitale syrienne de Daesh.

Tous racontent que les têtes et les corps décapitées trônent sur les rues et les places publiques en guise de trophée ou de menace contre celui qui osera défier le califat. "Les enfants jouaient avec, ça les fascinait complètement. Mais les grands, ça leur faisait plus peur", se souvient un jihadiste qui se dit repenti et qui se livre dans les colonnes du site Les Jours.

4 - Exhibé dans une "cage métallique" pour avoir été sur WhatsApp avec sa copine

L'accès Internet a été interdit. Mais avant cette mesure encore un peu plus liberticide, les cybercafés étaient remplis. Comme le montre une vidéo prise par une jeune femme dans Raqqa en caméra cachée en septembre 2014. Même si l'accès internet était autorisé, il était tout de même contrôlé. Comme en témoigne ce récit d'Omar, 18 ans, rapporté dans les colonnes du Libération du 11 mars 2016 : 

"Une patrouille de Daesh fait irruption dans le cybercafé. Les hommes se sont emparés des smartphones de tous les clients pour contrôler leurs connexions. Heureusement pour moi, j'étais en conversation sur WhatsApp avec mon frère dans le Golfe. Mais mon copain Nasser parlait avec sa chérie en Turquie. Il a été tabassé par les agents, qui l'ont emmené en prison (...) Au bout de dix jours, Amer a été exhibé dans une cage métallique en plein centre-ville du matin au soir, puis publiquement fouetté le lendemain, coupable de relations hors mariage".

5 - "Pour devenir soldat, les enfants doivent décapiter quelqu'un"

Les écoles publiques ont fermé leurs portes. La vie n'a plus rien de normale. Quand ils ne sont pas dans les rangs de l'école islamique, les enfants sont livrés à eux-mêmes pendant la journée, ce qui laisse l'opportunité à des recruteurs de les enlever pour les embrigader. C'est ce que raconte un membre de Raqqa is being slaughtered silently (RBSS, en français : "Raqqa se fait massacrer dans le silence") au New Yorker, relayé par Francetvinfo.

"Il y avait cet enfant qui a disparu pendant plusieurs mois. Il avait 13 ans. Son père a fini par découvrir qu'il avait été recruté par le groupe terroriste et était en camp d'entraînement pour rejoindre leurs rangs. Ils kidnappent ces enfants, les envoient à la mosquée pour leur laver le cerveau avec un islamisme ultra radical. Ensuite, ils sont dirigés vers des camps où on leur apprend à se battre, à porter des bombes. Pour devenir soldats, ils doivent décapiter quelqu'un". 

6 - Les visages des femmes gribouillés sur les emballages

Les femmes font sans doute partie des victimes les plus touchées par l'application stricte de la charia. Elles ne peuvent pas sortir de chez elle, sauf si elles sont accompagnées d'une autre femme ou d'un homme gardien. Interdictions évidemment d'aller à l'école, à l'université et encore moins de travailler. Prendre un taxi seule, c'est s'exposer à être fouettée, et le chauffeur aussi. 

Les visages des femmes gribouillés dans les magasins
Les visages des femmes gribouillés dans les magasins Crédit : Capture d'écran

Il faut également porter le niqab de manière correcte : on ne doit rien voir du visage. Les mains aussi sont gantées. La parfaite illustration se trouve dans cette image tirée de la vidéo prise en caméra cachée par les deux Syriennes. Elles entrent dans un magasins et demandent à acheter de la teinture pour les cheveux. Sur les emballages, les visages occidentaux des mannequins sont gribouillés au marqueur. "Elles portent le niqab", explique le marchand à ses clientes. 

7 - "As-tu fait tes prières du matin ?"

Pendant la prière, tout s'arrête. Contrairement à la période pré-Daesh, les magasins sont obligés de fermer leurs portes lors de la prière, à savoir au moins deux fois dans la journée. Les visites médicales aussi sont interdites pendant le namaz. Et la police islamique surveille la stricte application de la charia. La hisba est composée d'hommes et de femmes, certaines patrouilles féminines vont réprimander les autres femmes si elles sont mal couvertes ou maquillées. Les arrestations sont souvent arbitraires. 

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Life Inside ‘Islamic State’: Diary 4

Le Syrien militant dont la vie est racontée dans une série de vidéos Life Inside Islamic State témoigne : "J'allais au travail, confiant, quand un homme de Daesh m'arrête dans la rue pour me demander si j'ai fait mes prières du matin. 'Oui bien sûr'", lui a-t-il répondu. Mais ce n'est pas suffisant dans cet État régi par la paranoïa et la punition intempestive, il ne l'a pas cru et pensait qu'il mentait. "Quelle partie du Coran as-tu lu ?", lui a-t-il demandé pour vérifier. "J'ai été sauvé quand une femme est passée derrière moi, ses yeux n'était pas correctement couverts. L'homme est allé lui demander des explications. Je suis parti aussi vite que j'ai pu pour aller dans le magasin où je travaille."

8 - "On a vendu moins en deux mois sous Daesh qu'on le faisait en une semaine"

Dans les magasins justement, les produits s'entassent et ne s'écoulent plus. Les prix flambent car les routes bloquées et les kilomètres supplémentaires à faire pour aller chercher des vivres font monter la valeur des biens. "On a vendu moins en deux mois sous Daesh qu'on le faisait en une semaine avant", explique encore le militant.

Dans le détail, il prend notamment l'exemple du kilo de tomates, qui s'élève à 400 livres syriennes, environ 1,90 euro, une fortune pour la région. Le riz coûte, lui, 500 livres (2,30 euros) et la bouteille d'eau équivaut à 250 livres, soit 1 euro, selon un militant qui publie sur le site RBSS.

9 - "Ils se servent de la population comme d'un bouclier humain"

"Ici, le quotidien, c'est d'entendre des rafales voler au-dessus de nos têtes. Les habitants ont peur, ils ont vu la ville de Kobané être réduite en cendres, ils ne veulent pas le même sort pour Raqqa. Nous aimons notre ville. Les Occidentaux veulent bombarder Daesh. Mais ils ne peuvent pas. C'est une prison à ciel ouvert et les habitants de Raqqa sont des boucliers humains", témoigne un rédacteur de RBSS au New Yorker.

De nombreux témoignages vont en effet dans ce sens. D'après les habitants qui résistent en racontant leur quotidien, les combattants étrangers venus faire le jihad se sont installés dans les maisons des riches Raqqawi, dans les quartiers résidentiels. Souvent avec violence. "Il s'agissait d'une réquisition puisque des hommes de Daesh se sont installés à ma place : ils vivent dans la terreur des bombardements aériens et s'installent parmi les civils pour être épargnés", raconte Khaled dans les colonnes de Libération. Il affirme aussi que les camps d'entraînement, autrefois aux périphéries, sont désormais en centre-ville. "Ils se protègent en se servant de la population comme bouclier humain. Ce qui rend la conquête de Raqqa difficile", conclut-il.

Le quotidien qui s'est installé dans cette ville du nord de la Syrie ne se limite malheureusement pas à Raqqa. Les hommes d'Abou Bakr al-Baghdadi sont aussi présents en Irak, dans l'autre fief de Daesh. Les Yézidis sont notamment persécutés, violés, tués, torturés, vendus, achetés... Les minorités sont massacrées, comme le confirment de nombreux témoignages, tel que celui de Nadia Murad. La jeune femme raconte son histoire d'ancienne esclave sexuelle de Daesh dans le monde entier pour aider les siens restés au pays. Les horreurs commises par Daesh ne connaissent pas de frontières.

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2016-03-29 14:08:00
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