4 min de lecture Irak

Daesh est-il réellement vaincu en Syrie ?

DÉCRYPTAGE - La récente offensive du groupe État islamique (EI) sur al-Boukamal (Syrie) le 8 juin dernier, finalement repoussée, montre que l'action armée n'est pas terminée. L'organisation terroriste est loin d'être terrassée, tout comme la menace terroriste.

Des militaires russes devant une photo officielle des dirigeants syrien et russe, Bachar al-Assad et Vladimir Poutine
Des militaires russes devant une photo officielle des dirigeants syrien et russe, Bachar al-Assad et Vladimir Poutine Crédit : George OURFALIAN / AFP

"Je pense que, d'ici mi, fin février, nous aurons gagné la guerre en Syrie" contre Daesh. Voilà la promesse d'Emmanuel Macron prononcée fin 2017 lors d'une interview sur France 2. Quelques mois plus tard, en avril, Vladimir Poutine affirmait que "l'État islamique en Syrie a été vaincu". Le dirigeant russe qui soutient et épaule militairement Bachar al-Assad dans sa guerre civile, précisait que le groupe terroriste "conserve un potentiel destructeur important". 

Les deux chefs d'État se trompaient. Si l'EI a été chassé de Raqqa, sa capitale syrienne, en octobre 2017, il n'a pas été éliminé territorialement. Bien qu'affaibli, il conserve encore des poches qui lui permettent de conduire des actions. Le 8 juin dernier, ils ont mené une offensive sur la ville d'al-Boukamal, où ils sont restés pendant deux trois jours avant que des renforts viennent épauler les miliciens de la frontière avec l'Irak, et chassent le groupe jihadiste. 

L'EI toujours présent territorialement

Il s'agit tout de même de l'offensive la plus importante menée depuis des mois. Et d'après l'agrégé d'histoire et analyste de la propagande jihadiste qui se cache derrière le compte Twitter Historicoblog, "on le voyait pointer depuis trois mois". Selon lui, le groupe terroriste s'est installé notamment dans le désert syrien où "il mène des attaques depuis trois mois et reste une menace". 

"La phase territoriale n'est pas finie", insiste-t-il. Il y a deux semaines, le journaliste à France 24 Wassim Nasr confirmait à RTL.fr que l'État islamique conserve encore quatre poches principales en Syrie, notamment proches de la frontière irakienne. 

Daesh toujours présent en Syrie
Daesh toujours présent en Syrie Crédit : Historicoblog
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Deux poches se trouvent près de la frontière irakienne, une troisième dans la région désertique entre Homs et Deir Ezzor, et une poche maîtrisée par l'armée Khalid Ibn al-Walid, qui a prêté allégeance à Daesh en 2016, à la frontière avec le Golan. 

Dans un article explicatif publié par France Soir, Historicoblog recense les différentes attaques menées par Daesh en 2018 qui montrent bien l'activité soutenue de l'organisation islamiste. 

Pas de risque de nouveau Raqqa, mais la guérilla comme en Irak

Toutefois, pas de risque d'un nouveau Raqqa selon Historicoblog. D'après l'agrégé d'histoire, "les consignes sont claires : le retour à la guérilla". Une logique d'ailleurs illustrée par son action en Irak, où "l'insurrection repart de plus belle depuis trois mois", notamment à Mossoul où "les attaques ont repris", ajoute-t-il.

En Irak, les jihadistes de l'État islamique "sont passés à l'insurrection et ils tiennent". Ils sont même implantés dans cinq wilayats (ou provinces), comme le montrent les cercles pleins sur cette carte :

Daesh revient en Irak
Daesh revient en Irak Crédit : Historicoblog

Les autres cercles représentent "6 autres secteurs où ils restent présents, de manière plus ou moins prononcée", précise le spécialiste. 

Et l'EI continue de semer la terreur. Cette semaine, les cadavres de sept agriculteurs et bergers ont été retrouvés dans la région désertique du centre de l'Irak. Selon le chef du conseil municipal, "des terroristes ont attaqué plusieurs villages ou hameaux dispersés, sont entrés dans des maisons et y ont kidnappé 30 personnes".  La présence territoriale et les actions menées montrent bien que l'État islamique est loin d'être anéanti. 

Une propagande encore active et une menace bien présente

Cette présence est d'ailleurs confirmée par une forte activité de propagande. Malgré l'action qui a visé son agence principale, Amaq, en avril dernier, cette dernière est toujours active comme l'a prouvé son communiqué après l'attaque au couteau à Paris le 12 mai dernier (qui a fait un mort). Historicoblog est spécialiste des vidéos de propagande jihadiste. Il en a relevé 21 publiées depuis le début 2018. Sans compter le réseau Telegram, préféré des jihadistes, sur lequel sont publiés des communiqués d'attaques et des appels à commettre des attentats

Depuis mars 2018, la France a d'ailleurs été victime de deux attentats, dans compter les attaques terroristes déjouées. La menace n'est pas éteinte, loin de là. L'analyste de vidéos jihadistes estime même que le risque d'attentats "d'ampleur" ne sont pas à écarter, "peut-être pas comme le 13 novembre, mais à l'explosif ou au camion", comme l'attentat évité à Villejuif et celui de Nice, qui a fait 89 morts en 2016. Il prévient même contre une attaque "coordonnée" sur plusieurs endroits en même temps. 

D'autant qu'en France, une quinzaine de revenants condamnés ont déjà été jugés et remis en liberté et que d'ici deux ans, 115 détenus condamnés pour des faits de terrorisme pourraient sortir de prison. Historicoblog ajoute que certains Français revenus de la zone irako-syrienne "font du renseignement et se constituent probablement des réseaux". Et de conclure : "Ils ont toujours un coup d'avance".

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