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Le drapeau cubain. (illustration)
Crédit : STR / AFP
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Après 24 heures dans le noir, l'électricité est revenue à Cuba. Le réseau électrique, qui s'était déconnecté lundi 16 mars à la mi-journée, a été rétabli mardi 17 mars au soir sur l'île des Caraïbes. Les délestages ont ensuite repris pour faire face à la faible production électrique. Cette panne générale est la sixième en près d'un an et demi, dans un contexte de fortes tensions avec les États-Unis, accusés de chercher à faire plier le régime communiste. Donald Trump a notamment affirmé "croire" qu'il "aura l'honneur de prendre Cuba".
Depuis janvier, le pays de 9,6 millions d'habitants est confronté à un blocus énergétique imposé par Washington. "Il y a un blocus à Cuba depuis 1960 en termes de restriction économique, mais depuis le mois de janvier, il prend des allures de blocus pétrolier", souligne Thomas Posado, co-auteur de Révolutions à Cuba de 1968 à nos jours (Syllepse), interrogé par RTL.fr.
Cuba, qui vit sa pire crise économique depuis plus de trente ans, a vu sa situation s'aggraver depuis la capture du président vénézuélien Nicolas Maduro en janvier par les forces américaines, et la fin des livraisons de pétrole que Caracas envoyait à son allié. Le locataire de la Maison-Blanche menace également de représailles tout pays qui enverrait du pétrole à l'île des Caraïbes.
"Le gouvernement américain empêche l’arrivée de produits pétroliers dans l’île en coupant l’approvisionnement depuis le Venezuela et en mettant la pression sur le Mexique pour qu’ils ne fournissent pas non plus d’hydrocarbures à Cuba", précise Alexandre Marc, expert à l'Institut Montaigne, à RTL.fr, "alors que le gouvernement cubain n'a pas les moyens de s'approvisionner auprès d'autres ressources".
Ainsi, depuis deux mois, les livraisons de pétrole en provenance du Venezuela, principal fournisseur de La Havane, sont interrompues. "Les pénuries de pétrole s'ajoutent au fait qu'il y avait déjà des coupures d'électricité", précise Thomas Posado, maître de conférences en civilisation latino-américaine à l'université de Rouen. Ces pannes de quelques heures à La Havane, peuvent aller jusqu'à 20 heures par jour dans certaines localités.
Des coupures aussi causées par la vétusté des infrastructures, poussant Cuba à se tourner vers la Chine pour développer l'énergie solaire, des centrales qui "ne seront pas opérationnelles avant 2030". "Les centrales électriques fonctionnaient déjà mal, mais avec les pénuries d'essence, c'est dramatique. Cela entraîne des difficultés d'approvisionnement en eau, des risques sanitaires liés au ramassage des déchets et des problèmes de santé publique au sein des hôpitaux", liste Thomas Posado.
"C'est une crise humanitaire sans précédent car Cuba dépend de ses importations de fuel pour plus de 50% de ses besoins", complète Alexandre Marc, évoquant une désorganisation généralisée des services essentiels.
Alors qu'aucun pétrolier n'est arrivé sur l'île depuis plus de deux mois, les secteurs clés que sont le tourisme, l'extraction du nickel, l'agriculture et le tabac sont aussi touchés de plein fouet par les restrictions énergétiques. "Sans courant, ni pétrole, les principales sources de devises comme le tourisme s'effondrent. La Habana Vieja est vide", pointe Thomas Posado.
Le spécialiste évoque aussi une "asphyxie en termes de service", citant la suspension des cours et la mise en télétravail de certains enseignements et activités, confrontée alors aux pannes de courant.
Selon l'expert, l'exportation des services médicaux à l'étranger est aussi la cible de l'administration Trump, "qui fait pression sur les pays pour suspendre leur collaboration à Cuba". "Le renvoi de médecins cubains, c'est un manque à gagner de plusieurs milliards de dollars", souligne-t-il.
Lundi 16 mars, La Havane a annoncé que les Cubains résidant à l'étranger et notamment aux États-Unis allaient pouvoir investir sur l'île dont l'économie est au bord du gouffre. Le président américain a lui parlé de "prendre" Cuba "d'une manière ou d'une autre", sans préciser exactement ce qu'il entendait par ce verbe. Il a également dit vouloir "libérer" l'île, lors d'un échange avec des journalistes dans le Bureau ovale de la Maison-Blanche à Washington.
"Pour les États-Unis, l'objectif est d'arriver à un changement de régime à La Havane. C'est extrêmement symbolique", explique Thomas Posado. Depuis 1959, les présidents américains ont tenté de renverser le régime, en vain. "Pour Donald Trump, ça serait un signe de prestige, y compris en Amérique latine. À l'heure de la doctrine Monroe, il n'y a pas meilleur symbole que le renversement de l'île qui incarne cette subordination." La capture de Nicolas Maduro lors d'une opération nocturne à Caracas a été présentée par Donald Trump comme une remise au goût du jour de la doctrine Monroe, considérant que l'Amérique latine est la chasse gardée des États-Unis.
"Cuba a une économie qui ne fonctionne pas et le système politique et gouvernemental est incapable d'y remédier. Il leur faut donc opérer un changement radical", a également déclaré le chef de la diplomatie américaine Marco Rubio, lui-même d'origine cubaine et fervent opposant au pouvoir communiste à La Havane, instauré par Fidel Castro à la suite de la révolution conclue en 1959.
Selon Thomas Posado, Marco Rubio a fait de Cuba "une question personnelle". "Il a fondé sa carrière politique sur le changement politique à Cuba et sur le soutien de la communauté cubaine en Floride. Pour lui, c'est presque l'objectif d'une vie", affirme-t-il.
Et de questionner : "Jusqu'à quel point cela peut se retourner contre les Américains eux-mêmes ?" Selon le spécialiste, "le risque migratoire" est important alors que plus d'un million de Cubains, soit 10% de la population, ont déjà émigré vers les États-Unis, ce qui pourrait représenter un coût politique, notamment à l'approche des élections de mi-mandat pour Donald Trump.
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