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Coronavirus en Afrique : 4 questions sur une catastrophe redoutée

ÉCLAIRAGE - L'Afrique reste pour l'heure relativement épargnée par l'épidémie, avec un total de quelque 15.300 cas officiellement recensés pour 835 morts. Mais le pire est encore à venir selon les experts.

Un arrêt de bus à Nairobi au Kenya, le 6 avril 2020
Un arrêt de bus à Nairobi au Kenya, le 6 avril 2020 Crédit : Dr Matshidiso Moeti,
Photo-Thomas-Pierre
Thomas Pierre et AFP

La catastrophe sanitaire annoncée sur le continent africain aura-t-elle lieu ? Il y a deux semaines, les prévisions des experts étaient effrayantes. L'Afrique allait être rapidement submergée par la pandémie de coronavirus, un cataclysme en puissance dans un continent pauvre et systèmes de santé défaillants.

En prévision du pire encore à venir, Emmanuel Macron a indiqué lundi que la France et l'Europe devraient aider l'Afrique à lutter contre le Covid-19 en "annulant massivement sa dette". Le Fonds monétaire international (FMI) a annoncé le même jour le versement d'une aide d'urgence à 25 pays parmi les plus pauvres du monde.

Pourtant, le continent semble jusqu'à présent relativement épargné par le Covid-19. Selon le dernier décompte établi par l'AFP, plus de 15.300 contaminations et près de 835 morts ont été recensés officiellement en Afrique, dans 52 de ses 54 pays. Seuls l'archipel des Comores et le petit royaume du Lesotho y ont échappé.

1. Où en est l'épidémie ?

Le pays le plus touché d'Afrique subsaharienne, l'Afrique du Sud, a dépassé mardi 14 avril les 2.200 cas confirmés pour 27 morts, tandis que dans le nord du continent l'Algérie compte 313 morts pour près de 2.000 cas. Sans commune mesure avec les 120.000 décès recensés dans le monde entier. Mais la marée monte, alertent les experts.

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"Certains pays pourraient très bientôt connaître un pic important", a averti Michel Yao, chargé des situations d'urgence en Afrique à l'Organisation mondiale de la Santé (OMS). "Le virus se répand au-delà des grandes villes. Cela veut dire qu'un nouveau front s'est ouvert", s'est inquiétée de son côté la cheffe de l'OMS pour le continent, la Dr Matshidiso Moeti.

2. Les chiffres reflètent-ils la réalité ?

C'est la grande inconnue, qui pose la question de la disponibilité des tests de dépistage. Malgré la générosité du milliardaire chinois Jack Ma, qui a promis d'en faire livrer plus d'un million, leur insuffisance est criante. 

L'Afrique du Sud, qui dispose du système de santé le plus développé d'Afrique subsaharienne, revendiquait plus de 73.000 tests réalisés le week-end passé pour une population de 57 millions d'habitants. "C'est beaucoup trop peu pour le type de défi auquel (notre pays) est confronté", a toutefois estimé la semaine passée son ministre de la Santé Zweli Mkhize, qui a prévu de monter la capacité quotidienne à 30.000.

À titre de comparaison, le Nigeria n'affiche à son compteur officiel que 5.000 tests pour... 190 millions d'habitants. "Le système de dépistage est complètement saturé", confie un médecin d'une clinique privée de Lagos, "et on ne sait même pas si les résultats sont fiables".

Faute de tests, de nombreux pays sont incapables d'estimer l'ampleur de l'épidémie sur leur sol. Jusque-là réduit aux projections au doigt mouillé, le Kenya espère bientôt lancer un dépistage plus systématique de sa population. Le Dr John Nkengasong, chef du Centre africain de contrôle et de prévention des maladies, concède que, faute de tests, les statistiques ne sont pas "parfaites". Mais il écarte l'idée que de nombreux cas passent sous les radars. Les hôpitaux "seraient envahis de malades", ce qui n'est pas le cas, s'est-il réjoui.

3. La prévention est-elle efficace ?

L'épidémie a gagné l'Afrique quelques semaines après l'Europe, permettant à ses dirigeants d'adopter des mesures de prévention plus tôt. La plupart des gouvernements ont fermé leurs frontières et sévèrement restreint les déplacements et les contacts publics sur leur territoire. Couvre-feu, état d'urgence, confinement, toute la gamme a été utilisée.

Ces mesures ont souffert de nombreux accrocs dans les quartiers les plus densément peuplés et les plus pauvres, où la distanciation sociale relève de l'illusion et rester chez soi équivaut à mourir de faim. Ces décisions ont-elles toutefois ralenti l'épidémie ? "Il est trop tôt pour le dire", répète la Dr Matshidiso Moeti, la cheffe de l'OMS pour le continent. 

Chiffres à l'appui, le président sud-africain Cyril Ramaphosa en est lui convaincu. "Avant le confinement, la hausse moyenne du nombre de cas quotidiens était de 42%. Depuis le début du confinement, la hausse quotidienne est passée à 4%", a-t-il détaillé.

4. L'Afrique a-t-elle eu le temps de se préparer ?

Faute de moyens, le temps peut-être gagné sur la pandémie grâce aux confinements et autres quarantaines n'a pas permis aux systèmes de santé africains de boucher leurs trous, loin s'en faut. "Il y a une grave pénurie de structures de traitement pour les cas critiques de Covid-19", a relevé l'OMS.

Le nombre de lits disponibles dans les unités de soins intensifs ne dépasse pas 5 pour un million d'habitants, contre 4.000 en Europe. Et celui des "respirateurs" dans les hôpitaux publics est inférieur à 2.000. Ce constat fait, personne n'ose pronostiquer l'ampleur que l'épidémie prendra sur le continent. "Le Covid-19 peut non seulement causer des milliers de morts mais aussi semer la dévastation économique et sociale", rappelle la Dr Matshidiso Moeti. 

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