4 min de lecture Géopolitique

Comment Poutine a réimposé la Russie dans le jeu des superpuissances mondiales

ÉCLAIRAGE - Le président russe a promis à ses rivaux occidentaux une riposte "dure" en cas de provocations. Un discours de fermeté que construit Vladimir Poutine depuis 20 ans.

Le président russe Vladimir Poutine.
Le président russe Vladimir Poutine. Crédit : Alexey NIKOLSKY / Sputnik / AFP
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Thomas Pierre et AFP

Si Vladimir Poutine a une obsession depuis son arrivée au pouvoir en 2000, c'est bien celle-ci : réimposer la Russie en tant que superpuissance mondiale. Et ce quel qu'en soit le coût. "Personne ne voulait nous parler, personne ne voulait nous écouter. Écoutez-nous maintenant !". Ces mots, il les prononce en 2018, durant son adresse annuelle au Parlement. 

L'avertissement du président russe, qui vient de présenter des missiles "invincibles", marque alors les esprits. Trois plus tard, ce mercredi 21 avril, ce discours de fermeté ne surprend plus quand il met en garde les Occidentaux, avec lesquels il croise actuellement le fer sur de multiples dossiers, les appelant à ne pas "franchir la ligne rouge avec la Russie"

"J'espère que personne n'aura l'idée de franchir une ligne rouge", avertit-il, promettant une riposte "asymétrique, rapide et dure". "Nous déterminerons nous-mêmes par où elle passe", prévient-il encore. Plus que jamais, le maître du Kremlin se veut aussi le maître de l'échiquier géopolitique. 

Une opposition intérieure muselée

Incontestablement, Vladimir Poutine aura en 20 ans laissé son empreinte dans l'arène internationale, quitte à ce que les crises s'accumulent. Avec à chaque fois, comme du temps de la Guerre froide, Moscou et l'Ouest s'accusant et se menaçant.

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En Russie, Vladimir Poutine, à 68 ans, a fait le vide. Dans toutes les institutions, il n'y a que des fidèles, dénonçant comme lui un complot occidental russophobe. Pour certains pays, "s'en prendre à la Russie pour tout et n'importe quoi est devenu une sorte de sport", raillait-il encore mercredi.

Seul grand opposant au Kremlin, depuis l'assassinat de Boris Nemtsov en 2015, Alexeï Navalny se meurt actuellement en prison, alertent ses partisans. Accusé d'avoir fait de ses amis des milliardaires et de s'être fait bâtir un palais sur la mer Noire, Vladimir Poutine ne vacille pasmême quand les manifestants envahissent les rues de Moscou et de Saint-Pétersbourg, ou lorsque les sanctions internationales de Bruxelles et Washington tombent. 

"Redonner à la Russie sa grandeur"

Entre les Occidentaux et l'ex-officier du KGB qui a servi en Allemagne de l'Est pendant la Guerre froide, le dialogue est d'ailleurs au plus mal. On se teste et on provoque, comme lorsque Poutine rétorque "c'est celui qui le dit qui l'est" au président américain Joe Biden qui le qualifiait de "tueur".

En 2000, l'arrivée au Kremlin de cet homme de 47 ans au front dégarni laisse d'abord présager de bonnes relations avec l'Ouest. L'américain George W. Bush salue même un "dirigeant remarquable". Ses amitiés avec l'Allemand Gerhard Schröder et l'Italien Silvio Berlusconi s'affichent alors publiquement.

"De tous les dirigeants en exercice, il n'y en a probablement pas un avec qui il a une relation aussi étroite aujourd'hui" qu'à l'époque, reconnaissait en mars le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov. Car Poutine honnit "l'hégémonisme" occidental. Et les élargissements successifs de l'Otan jusqu'aux frontières russes sont vécus comme une agression.

Pour lui, ses rivaux veulent maintenir la Russie à l'arrière-plan, prolonger l'humiliation de la chute de l'URSS, de la crise économique et des dernières années de Boris Eltsine, marqué par l'alcool et la maladie. "Il se voit comme un homme en mission (...) Et celle-ci est de redonner à la Russie sa grandeur", se défaire "des influences étrangères", note le politologue Konstantin Kalatchev.

Interventions en Syrie et en Crimée

Convaincu d'avoir été trahi quand les Occidentaux bombardent la Libye en 2011, il s'engage militairement en Syrie en 2015, changeant le cours de la guerre. Et qu'importe si le régime de Bachar al-Assad est accusé d'attaques chimiques et la Russie de bombarder des civils.

L'année précédente, il s'était fait le héraut de la "grande Russie", annexant, sous les yeux d'Européens et Américains impuissants, la péninsule ukrainienne de Crimée pour répliquer à une révolution en Ukraine, fomentée selon lui par l'Occident. L'opération accroît son prestige à domicile, mais avec l'Ouest, les vagues de sanctions et contre-sanctions fusent.

Si l'économie russe souffre et les revenus des Russes stagnent, sa popularité subsiste, même si elle n'est plus au sommet de 2014. Pour beaucoup de ses compatriotes, il a rendu au pays son honneur, mis au pas les oligarques, maté le séparatisme islamiste de la Tchétchénie. Tant pis si cela implique une répression politique brutale à l'égard de ceux qui ont une autre opinion.

Poutine "se voit en tsar"

La liberté d'expression est jugulée. Les mouvements de protestation de 2011, 2018 ou 2020 aussi. Et lui manœuvre pour rester au pouvoir: il devient Premier ministre en 2008 pour mieux retourner au Kremlin en 2012, la durée du mandat présidentiel est prolongée, puis il s'autorise finalement, par référendum, à rester jusqu'en 2036.

S'il est omniprésent au quotidien via la télévision, de sa vie privée, on ne montre que des virées viriles dans la taïga. On ne mentionne plus son ex-femme, et de ses deux filles on ne sait presque rien. "Il se voit en tsar, pas comme un président, et son entourage le voit ainsi aussi", note Konstantin Kalatchev.

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