2 min de lecture Défense

Comment la France a manqué le tournant stratégique des drones militaires

Dans un rapport diffusé ce mardi 25 février, la Cour des comptes épingle la gestion française des drones militaires, entre "mésentente entre industriels", "manque de vision" et dépendance stratégique aux États-Unis.

Un drone Reaper utilisé par l'armée française (Illustration).
Un drone Reaper utilisé par l'armée française (Illustration).
Thomas Pierre
Thomas Pierre et AFP

Élimination du général iranien Soleimani, frappes contre des jihadistes au Sahel, les drones militaires sont devenus incontournables ces dernières années sur les théâtres d'opération. Un tournant stratégique que n'a pas su prendre à temps la France, à en croire un rapport de la Cour des comptes publié mardi 25 février. 

"La France a tardé, malgré la solidité de son industrie d’armement, à s’équiper, du fait de projets ponctuels, conduits sans vision stratégique cohérente sur le long terme", peut-on y lire. Conséquence, "le parc de drones militaires français reste limité, comparativement à celui d’autres pays, comme le Royaume-Uni." Et en la matière ce sont les Américains qui "disposent de la flotte la plus importante et la plus complète". 

Mais comment la France a-t-elle pu accumuler un tel retard ? Par "l'effet conjugué des mésententes entre industriels, du manque de vision prospective des armées et des changements de pied des pouvoirs publics", répond la Cour des comptes. Des contretemps qui ont eu des conséquences "dommageables et coûteuses", ajoute-t-elle. 

Achats de drones américains

Le rapport pointe notamment du doigt une vision trop court-termistePour faire face aux besoins, Paris a notamment été conduit en 2013, pour son intervention au Mali, à acheter aux États-Unis "sur étagère" six drones Reaper, une décision critiquée "en raison des atteintes à l'autonomie stratégique et industrielle de la France qu'elle comportait". 

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Une décision inscrite dans "le contexte du moment" et prise au détriment de "plusieurs options y compris nationales". L'armée de l'Air, qui ne dispose plus que de cinq Reaper, doit en recevoir six autres à partir de cette année, équipés de missiles américains Hellfire.

Mais les tentatives pour faire émerger une filière de drones MALE nationale ou européenne ont jusqu'ici échoué: projets EuroMALE (2004), Talarion (2006), Telemos (2010). Résultat: les armées européennes sont aujourd'hui dotées de drones américains ou israéliens. 

Nouvelle tentative européenne

Une nouvelle tentative est en cours avec le projet Eurodrone en coopération avec l'Allemagne, l'Italie et l'Espagne. Mais il y a des "signaux d'incertitude sur la capacité du projet à aboutir" en raison de son coût et de besoins opérationnels différents, selon la Cour.

La montée en puissance est malgré tout réelle. L'armée de l'Air disposera de 12 drones MALE d'ici à 2025, 24 en 2030, la Marine doit avoir un drone par navire en 2030 et l'armée de Terre recevoir à partir de cette année 14 drones tactiques Patroller et 105 mini-drones Spy'Ranger.

Les ressources humaines sont donc de fait un "enjeu majeur de transformation". Les effectifs dédiés aux drones doivent doubler d'ici à 2022, de 160 à plus de 300, et une filière spécifique a été créée. 

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