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Comment Kim Jong-Un a-t-il remis la Corée du Nord au centre du jeu international ?

ÉCLAIRAGE - Le 17 décembre 2011 disparaissait Kim Jong Il, le père de l'actuel dictateur nord-coréen. En dix ans, Kim Jong-Un aura poursuivie la stratégie nucléaire du pays tout en alignant quelques succès internationaux.

Kim Jong Un, le dirigeant nord-coréen, le 7 mars 2021.
Kim Jong Un, le dirigeant nord-coréen, le 7 mars 2021.
Crédit : STR / KCNA VIA KNS / AFP
Thomas Pierre & AFP

À seulement 37 ans, Kim Jong-Un a déjà l'expérience du pouvoir. Cela fait une décennie, et la mort de son père Kim Jong-Il le 17 décembre 2011, qu'il s'est installé à la tête de la Corée du Nord. 

Dix ans lors desquels ce successeur juvénile a affirmé son autorité implacable en faisant assassiner des membres de sa famille, en poursuivant coûte que coûte sa stratégie nucléaire ou en parvenant à s'assoir à la table des négociations internationales avec le frère ennemi ou le diable lui-même : les États-Unis. 

Soit, contrairement à nombre de ses homologues, Kim Jong-Un n'a pas à s'inquiéter d'élections, d'une limitation de ses mandats ni même de son âge. Si sa santé le lui permet, le jeune maître de Pyongyang pourrait encore rester en poste pendant plusieurs dizaines d'années. 

Selon les experts, le chemin déjà parcouru laisse ainsi entrevoir la trajectoire à venir, entre isolement et développement de la technologie nucléaire, s'invitant de nouveau sur la scène diplomatique auprès des dirigeants les plus puissants du monde.

Son demi-frère assassiné

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D'abord perçu comme l'homme à la main des généraux nord-coréens et des bureaucrates du Parti des travailleurs, le fils et successeur de Kim Jong Il a installé son autorité avec brutalité, faisant exécuter son oncle par alliance Jang Song Thaek pour trahison en 2013. Il a aussi été accusé d'avoir commandité l'assassinat de son demi-frère Kim Jong Nam, tué à l'aéroport de Kuala Lumpur à l'aide d'un agent neurotoxique en 2017.

Dans le même temps, Kim Jong-Un a procédé à quatre essais nucléaires et au lancement en 2017 de missiles balistiques pouvant atteindre l'ensemble du territoire continental des États-Unis, défiant au passage les sanctions de plus en plus sévères du Conseil de sécurité des Nations unies.

Pendant des mois, il a déployé une rhétorique virulente à l'encontre du président américain Donald Trump, laissant craindre un conflit armé dans la péninsule coréenne. Il a ensuite déclaré l'arsenal nucléaire nord-coréen "complet" et est venu frappé à la porte des autres puissances.

Rencontre avec Trump et Moon

Avec l'aide du président pacifiste de Corée du Sud Moon Jae-in, Kim Jong-Un est devenu en 2018 le premier dirigeant nord-coréen à rencontrer un président américain en exercice lors du sommet de Singapour. Cette rencontre a été possible en grande partie du fait de l'arsenal nucléaire de Pyongyang, selon Soo Kim, analyste chez Rand Corporation. 

"Le développement par la Corée du Nord de son programme d'armement, la crédibilité de la menace nucléaire et des missiles, ainsi que l'alignement fortuit des dirigeants - Trump, Moon et Kim - ont contribué à créer les conditions nécessaires", explique-t-elle. En une seule rencontre, le jeune dirigeant a charmé l'Américain, ex-homme d'affaires de près de 40 ans son aîné.

Donald Trump a soudain loué "le lien spécial", parlant parfois d'"amour", avec celui qu'il surnommait auparavant "little rocket man". La même année, Kim Jong-Un a échangé avec Moon Jae-in lors d'une promenade et a rencontré à plusieurs reprises le président chinois Xi Jinping, principal soutien de la Corée du Nord.

Le stratège nucléaire

"L'effet était séduisant", a déclaré Sung-yoon Lee, professeur d'études coréennes à l'université Tufts. "Le dictateur cruel, à l'allure cocasse s'était transformé en un réformateur enclin à la paix, un intendant responsable d'armes nucléaires et de goulags, peut-être disposé à la dénucléarisation".

L'esprit amical a fait long feu. Le second sommet Trump-Kim, à Hanoï, a achoppé sur l'assouplissement des sanctions et sur ce que Pyongyang était prêt à céder en échange. Une autre rencontre dans la zone démilitarisée qui sépare les deux Corées n'a pas permis de sortir de l'impasse.

Les diplomates et les experts estiment que Kim Jong-Un n'a jamais eu l'intention d'abandonner entièrement l'arme nucléaire, pour lequel la Corée du Nord a consacré beaucoup d'argent et qui lui vaut en grande partie son isolement, et Pyongyang entendrait même continuer à développer cet arsenal.

Avec Pékin, un adversaire commun

Les liens entre Pyongyang et Pékin, forgés pendant la guerre de Corée, sont "une relation d'amour-haine entre deux 'frères ennemis'", selon le professeur Lee de la Tufts University. "Aucun des deux n'adore l'autre, mais chacun reconnaît que l'autre est son allié le plus proche en termes de stratégie, d'idéologie, d'histoire, et pour apprivoiser les États-Unis, l'adversaire commun", ajoute-t-il.

Il suffit au maître de Pyongyang de regarder de l'autre côté de sa frontière septentrionale pour constater que l'augmentation des richesses peut renforcer la popularité d'un Etat dirigé par un parti unique. Mais, si la Corée du Nord a développé un large éventail d'armement, son économie dirigée est piètrement gérée depuis des décennies, même avant les sanctions, et sa population souffre de pénuries alimentaires chroniques.

Un "succès considérable" de Pyongyang

À ces difficultés s'ajoutent la fermeture totale des frontières pour empêcher l'importation du coronavirus apparu pour la première fois en Chine. "Sur le plan économique, la Corée du Nord est tout en bas de l'échelle de l'ordre international", assure Park Won-gon, professeur d'études nord-coréennes à l'université Ewha Womans de Séoul. "Mais avec son arsenal nucléaire, elle est capable d'exercer son influence entre deux puissances mondiales, les États-Unis et la Chine", a-t-il ajouté. "Je qualifierais cela de succès considérable de la part de Pyongyang".

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