1. Accueil
  2. Actu
  3. International
  4. Colombie : pourquoi l’arrestation d'Otoniel ne devrait rien changer au trafic de cocaïne
3 min de lecture

Colombie : pourquoi l’arrestation d'Otoniel ne devrait rien changer au trafic de cocaïne

ÉCLAIRAGE - La Colombie est le plus grand pays exportateur de cocaïne au monde. Et la situation ne devrait pas changer après la mise à l'écart du puissant narcotrafiquant "Otoniel".

Le narcotraficant "Otoniel" lors de son arrestation dans le nord-ouest de la Colombie, le 23 octobre 2021
Le narcotraficant "Otoniel" lors de son arrestation dans le nord-ouest de la Colombie, le 23 octobre 2021
Crédit : Handout / Colombian army / AFP
Thomas Pierre & AFP

C'est un coup majeur porté à l'empire colombien de la cocaïne, mais loin d'être fatal. Le puissant narcotraficant "Otoniel" est tombé samedi lors d'une opération policière et militaire d'envergure dans le nord-ouest du pays. Sauf qu'au-delà de la joie du gouvernement d'avoir arrêté le leader du plus grand gang de Colombie, son trafic est loin d'être remis en cause par cette seule arrestation.  

Inculpé par la justice américaine, Dairo Antonio Usuga, alias "Otoniel", 50 ans, chef du Clan del Golfo était l'homme le plus recherché du pays. Le président Ivan Duque a salué son arrestation comme le coup le plus dur porté aux trafiquants de drogue depuis la mort de Pablo Escobar. Chef du cartel de Medellin qui a contrôlé jusqu'à 80% du commerce mondial de cocaïne, Pablo Escobar aurait été abattu par la police colombienne en 1993 (au micro de RTLsa veuve assurait récemment qu'il s'était "suicidé").

Après cinq décennies de guerre contre la drogue, et des milliers de morts, la Colombie continue d'être le pays qui exporte le plus de cocaïne au monde, et les États-Unis, son principal consommateur. Et aucun analyste ne pense que cela va changer avec la mise à l'écart d'"Otoniel". 

Le Clan del Golfo, une force de 1.600 combattants

Cette interpellation représente "une excellente nouvelle pour le gouvernement de Duque, mais sur le terrain cela ne va pas changer grand-chose", estime l'analyste Ariel Avila, de la fondation Paz y Reconciliation. "C'est une organisation très décentralisée", avec cinq commandants et un réseau régional d'opérations, ajoute-t-elle. 

À lire aussi

Le Clan del Golfo garde en effet le contrôle de la frontière colombo-panaméenne, une route clé pour la contrebande de cocaïne vers les États-Unis. D'autres groupes armés poursuivent parallèlement leur expansion dans les régions reculées où l'on cultive la feuille de coca, principal ingrédient de cette drogue. Et Ivan Duque n'a pas réussi à faire autoriser la reprise des pulvérisations de glyphosate sur ces plantations illicites, une nécessité selon lui pour les éradiquer. 

Et alors que son plus haut dirigeant s'enfuyait dans la jungle, le Clan del Golfo, composé d'anciens paramilitaires d'extrême droite, a maintenu ses positions. Le gang disposerait ainsi d'une force d'environ 1.600 combattants et serait présent dans près de 300 (sur 1.100) communes, selon le centre d'études indépendant Indepaz. Il contrôle aussi les routes d'exportation de drogue vers l'Amérique centrale et profite également du trafic massif de migrants à travers la frontière avec le Panama vers les États-Unis.

Quel successeur à "Otoniel" ?

D'autres voix, comme Elizabeth Dickinson, chercheuse à l'ONG Crisis Group, mettent aussi en garde contre des possibles violences dans la "lutte pour le contrôle" du clan après la chute d'"Otoniel". Celui-ci est le dernier d'une longue lignée de barons de la drogue à être écartés après Escobar. Le frère aîné d'Usuga, Juan de Dios, a été promu à la tête du clan et "Otoniel" lui a succédé après sa mort lors d'affrontements avec la police en 2012.

Le gouvernement d'Alvaro Uribe (2002-2010) a aussi extradé plusieurs chefs paramilitaires vers les États-Unis. Mais le trafic de drogue colombien n'a guère ressenti les coups. L'année dernière, le pays a enregistré des records de culture (245.000 hectares) et de production (1.010 tonnes) de cocaïne, selon la Maison Blanche.

Avec "Otoniel" en prison, deux successeurs possibles se dessinent. "Le premier est celui qui est surnommé 'Chiquito Malo'" et dirige les réseaux du clan dans la région d'Urabá, près de Panama, a expliqué sur une radio locale l'expert Esteban Salazar. "L'autre qui est surnommé 'Siopas', a été proche d'Otoniel' pendant 15 ans", précise encore Salazar.

La rédaction vous recommande

Commentaires

Afin d'assurer la sécurité et la qualité de ce site, nous vous demandons de vous identifier pour laisser vos commentaires.
Cette inscription sera valable sur le site RTL.fr.

Signaler un commentaire

En Direct
/