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Caricatures : Macron admet "qu'on puisse être choqué", mais veut protéger "nos libertés"

Dans un entretien accordé à Al-Jazeera, diffusé ce samedi 31 octobre, Emmanuel Macron revient sur les polémiques suscitées par ses propos sur le droit à la caricature et au blasphème. Il dénonce des "manipulations" de ses propos et souhaite l'apaisement.

Emmanuel Macron, le 23 octobre 2020
Emmanuel Macron, le 23 octobre 2020 Crédit : Ludovic MARIN / AFP / POOL
Ryad Ouslimani
Ryad Ouslimani
et AFP

Devant les réactions provoquées dans une partie du monde musulman par ses déclarations concernant les caricatures et le droit au blasphème, Emmanuel Macron a décidé de s'exprimer sur Al-Jazeera, la chaîne qatarie d'informations en continu très influente dans le monde musulman. Le petit émirat du Golfe est l'un des premiers pays où des appels à manifester contre la France, et son président en particulier, ont été lancés il y a une dizaine de jours. 

Appelant à l'apaisement, le chef de l'État a dit comprendre "qu'on puisse être choqué par des caricatures" mais qu'elles ne justifiaient pas la violence. "Je n'accepterai jamais qu'on puisse justifier la violence. Nos libertés, nos droits, je considère que c'est notre vocation de les protéger", a-t-il déclaré.

Le Président a dénoncé des "manipulations" autour de ses propos sur les caricatures de Mahomet, venant "parfois de dirigeants politiques et religieux" qui ont laissé penser que ces dessins seraient "une émanation du gouvernement français" contre l'islam. 

"Les réactions du monde musulman ont été dues à beaucoup de mensonges, et au fait que les gens ont cru comprendre que moi, j'étais favorable à ces caricatures", a-t-il affirmé. "Je suis favorable à ce qu'on puisse écrire, penser, dessiner librement dans mon pays parce que je pense que c'est important, que c'est un droit, ce sont nos libertés", a-t-il ajouté.

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Emmanuel Macron vise particulièrement le président turc Recep Tayyip Erdogan, qui a eu selon lui un "comportement belliqueux avec les alliés de l'Otan", mais il souhaite que les "choses s'apaisent" et que le président turc "ne dise pas de mensonges". Il souhaite que le chef d'État turc "respecte la France, respecte l'Union européenne, respecte ses valeurs, ne dise pas de mensonges et ne profère pas d'insultes".

Distinguer la position de la France des dessins des journaux

Dans l'entretien, Emmanuel revient longuement sur l'importance du principe de laïcité, "ce terme si compliqué qui donne lieu à tant de malentendus" et qui "fait de la France un pays où nous souhaitons que chacun soit citoyen quelle que soit sa religion".

"Contrairement à ce que j'ai beaucoup entendu ces derniers jours, notre pays n'a de problème avec aucune religion", et notamment l'islam, affirme-t-il, alors qu'il a été présenté comme "un ennemi de Dieu" par des manifestants à Jerusalem-est vendredi.

Détaillant les "fondements du modèle républicain", il cite aussi la liberté de la presse, soulignant que les caricatures n'ont pas été publiées à l'initiative du gouvernement mais par "des journaux libres et indépendants". Les caricatures se moquent "des dirigeants politiques", de lui "le premier, et c'est normal, et de toutes les religions", dit il. "Ça ne veut pas dire que je soutiens à titre personnel tout ce qu'on dit, qu'on dessine", souligne-t-il.

"Dans beaucoup de pays qui ont appelé au boycott" des produits français, "il n'y a plus de presse libre, c'est-à-dire qu'il n'y a plus de possibilité de caricaturer, pas seulement le prophète ou Dieu ou Moïse, mais les dirigeants mêmes du pays", fait-il remarquer.

Revenir sur ce droit en France reviendrait à "instaurer" une "forme d'ordre moral ou d'ordre religieux", avertit Emmanuel Macron, en regrettant que "beaucoup de pays dans le monde" aient "renoncé à la liberté d'expression ces dernières décennies parce qu'il y a eu des polémiques, par la peur, par le chaos des réactions".

La fronde contre la France a débuté après les propos tenus par Emmanuel Macron le 22 octobre, lors de l'hommage national à Samuel Paty, le professeur d'histoire décapité par un jihadiste pour avoir montré des caricatures de Mohamet publiées par Charlie Hebdo. Au nom de la "liberté" et de la "laïcité", "nous ne renoncerons pas aux caricatures, aux dessins, même si d'autres reculent", avait déclaré le président de la République.

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