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Brexit : récit de la nuit pendant laquelle le Royaume-Uni a abandonné l'Union européenne

ÉCLAIRAGE - Les sondages ne l'avaient pas vu venir et les politiques étaient mitigés. Pourtant, les Britanniques ont voté pour la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne.

Le Royaume-Uni s'est prononcé en faveur d'un brexit, le 23 juin 2016
Le Royaume-Uni s'est prononcé en faveur d'un brexit, le 23 juin 2016 Crédit : LEON NEAL / AFP
Marie-Pierre Haddad
Marie-Pierre Haddad
Journaliste RTL

C'est un coup de massue qui a frappé l'Union européenne. Le Royaume-Uni a voté en faveur du Brexit, ce vendredi 24 juin à 51,9%. Le pays est désormais divisé entre Londres, l'Écosse et l'Irlande du Nord, qui ont voté pour le maintien du pays, et le nord de l'Angleterre ainsi que le Pays de Galles, qui ont voté contre. Le premier ministre britannique, David Cameron, a tiré les conclusions du référendum et annoncé sa démission dans la foulée. Celle-ci sera effective en octobre. 

François Hollande a appelé à un "sursaut européen", dans un discours très solennel prononcé depuis l'Élysée. "L'Europe ne peut plus faire comme avant" et doit "se concentrer sur l'essentiel", à savoir sur une feuille de route dont les têtes de chapitre seraient "l'investissement pour la croissance et pour l'emploi", l'"harmonisation fiscale et sociale" ainsi que "le renforcement de la zone euro et de sa gouvernance démocratique", a-t-il déclaré.

Même constat du côté de Manuel Valls qui s'est exprimé quelques instants après le président de la République. D'après lui, le Brexit est "révélateur d'un malaise trop longtemps ignoré" au sein de l'Union européenne. "Nous voyons bien que nous ne pouvons plus continuer comme avant et le risque, c'est la dislocation pure et simple de l'Europe et défaire l'Europe, c'est pour nos nations s'affaiblir considérablement", explique-t-il. 

22h : le "remain" donné gagnant

Même si les Britanniques ont voté le jeudi 23 juin, c'est aux alentours de 22 heures que la situation a commencé à basculer et que le sort s'est scellé. Un sondage YouGov, réalisé à la sortie des urnes, donnait le maintien gagnant à 52% contre 48%. "Le résultat est serré et il est trop tôt pour donner un verdict. Mais ce sondage suggère qu'une victoire du 'remain' est l'issue le plus probable", expliquait le sondage. Un autre sondage publié en plein vote par l'institut Ipsos-Mori avait déjà partiellement rassuré les marchés financiers en donnant vainqueur le camp du "Remain" à 52% et la livre sterling est passée au plus haut depuis six mois face au dollar. 

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Tout semble joué. À tel point que Nigel Farage, leader du parti europhobe Ukip déclarait à Sky News: "Il semble qu'un maintien dans l'Union européenne ait l'avantage". Cette nouvelle a eu pour effet de rassurer les bourses asiatiques, ainsi que de renforcer la confiance des investisseurs. Autre indicateur : les bookmakers avaient en majorité plébiscité le maintien du pays dans l'Unin européenne et évaluaient ses chances à 85%

Minuit : la livre sterling passe au dessus de 1,50 dollar

C'est une première depuis le mois de décembre : la livre britannique a décollé, après la publication du sondage annonçant la victoire du "in". La livre cotait 1,4980 dollar mais elle était montée quelques minutes plus tôt jusqu'à 1,5018 dollar, contre 1,4737 dollar la veille au soir. Certains résultats commencent à tomber : à Newcastle, le "in" ne l'a emporté que par 50,7% contre 49,3%. À Suderland, le "out" l'a emporté avec 61,34% des voix contre 38,66%

02h02 : la peur s'empare des marchés boursiers déstabilisés

Un peu avant 2 heures du matin, les tendances s'inversent. la livre britannique a changé de courbe en Asie et finit par tomber sous 1,45 dollar. Cette volte-face de la livre est provoquée par des annonces qui ont refroidi les marchés. Les résultats du dépouillement local de Sunderland ont montré une nette majorité pour le Brexit (61%), contre 39% des votants qui ont souhaité un maintien dans l'Union européenne, un écart plus fort que pronostiqué. À Newcastle, la marge de la victoire pour que le Royaume-Uni reste au sein de l'Union a été plus faible que prévu (50,7%). 

En début de matinée, la ville de Tokyo est touchée par la peur des marchés, au moment où les premiers résultats commencent à sortir. Verdict : à Sunderland, le "out" l'a emporté à 61,34% contre 38,66%. À Newcastle le "in" s'imposait d'une courte tête, avec 50,7% des voix. La Bourse de Tokyo, qui est la première grande place financière à ouvrir après la fermeture des bureaux de vote, a soudainement changer de cap et a plongé de près de 3%. De son côté, la livre sterling continue de chuter pour atteindre son niveau le plus bas depuis 2009.

05h31 : le Brexit commence à émerger des premiers dépouillements

200 sur 385 : la moitié des bureaux de vote ont été analysés et le vote en faveur du Brexit émerge à 51,7%. Nigel Farage reprend du poil de la bête et tweete dans la foulée qu'il se prenait à "rêver que l'aube se lève sur un Royaume-Uni indépendant". La bourse de Tokyo continue sa chute et plonge de 5%. De même pour la livre sterling qui a atteint son plus bas niveau face au dollar depuis 1985.

05h50 : la victoire "des vrais gens, des gens ordinaires"

L'officialisation des résultats est proche et l'issu du scrutin ne fait plus de doutes. Les projections de la BBC et de Sky News penchent pour le Brexit à 52% des voix. Désormais, 302 centres sur les 382 ont été dépouillés. Nigel Farage continue de jubiler : "Si les prévisions se vérifient, ce sera la victoire des vrais gens, des gens ordinaires", poste-t-il sur Twitter. "Nous l'avons fait pour l'Europe entière. J'espère que cette victoire va faire tomber ce projet raté et nous guider vers une Europe de nations souveraines", ajoute-t-il dans un autre message. 

Les bookmakers ont changé leur fusil d'épaule et n'accordent plus de crédibilité au vote "Remain", et donne le "Leave" victorieux à plus de 90%. Le résultat des votes est encore inconnu dans des villes comme Londres. C'est surtout à cet instant précis que les contradictions du pays commencent à se faire sentir. La première ministre écossais, Nicola Sturgeon, déclare : "Alors qu'on attend encore le résultat final, le vote ici en Écosse montre clairement que les Écossais voient leur avenir au sein de l'Union européenne". Dans la foulée, le parti républicain irlandais a appelé à la tenue d'un référendum concernant la réunification de l'Irlande et indique  que ce vote a des "conséquences énormes sur la nature de l'État britannique". 

08h08 : le Royaume-Uni quitte l'Union européenne

C'est désormais officiel. Les Britanniques vont sortir de l'Union européenne. Les réactions des personnalités politiques s'enchaînent. Marine Le Pen la qualifie de "victoire pour la liberté" et change sa photo de profil sur Facebook et Twitter par l'Union Jack. À l'antenne de RTL, Florian Philippot accueille la nouvelle "extrêmement favorablement, comme, je crois, beaucoup de Français dans leur for intérieur qui sont très heureux de voir que de l'autre côté de la Manche on s'est livré à ce très bel exercice de démocratie et que le peuple, malgré toutes les intimidations, les chantages, les peurs agitées par les élites et le système, a tenu bon et a fait ce grand choix de liberté, de démocratie, de souveraineté. C'est un choix d'avenir".

Jean-Luc Mélenchon estime que l'Europe, "on la change ou on la quitte". "L'heure du plan B va sonner. Ma candidature pour l'élection présidentielle est celle de la sortie des traités européens. Plus que jamais l'intérêt de notre pays est celui d'une politique de coopération sur le vieux continent et avec le monde plutôt que le libre-échange et la concurrence libre et non faussée", a-t-il déclaré dans un billet posté sur son compte Facebook.  

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