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Aquarius : torture, excisions, guerres... Que fuient les migrants arrivés en Espagne ?

ÉCLAIRAGE - Soudanais, Érythréens, Nigérians, Sierraléonais... Tous ne fuient pas forcément la guerre, mais tous poursuivent le rêve de se sentir en sécurité dans leur pays de résidence.

Une femme et son enfant débarquent de l'Aquarius dimanche 17 juin à Valence en Espagne après une traversée de huit jours
Une femme et son enfant débarquent de l'Aquarius dimanche 17 juin à Valence en Espagne après une traversée de huit jours Crédit : Kenny Karpov/AP/SIPA
Ceciledeseze75
Cécile De Sèze
Journaliste RTL

Les migrants qui se retrouvent en Méditerranée, parfois à bord de l'Aquarius, viennent de nombreux pays. D'après plusieurs sources sur place en Espagne, on compte entre 20 et 30 nationalités différentes à bord du bateau de S.O.S Méditerranée qui a finalement accosté à Valence dimanche 17 juin, transportant 629 migrantsaprès avoir été refusé par l'Italie. 541 hommes et garçons, 88 femmes et filles, 140 mineurs, un bébé... 

Ils ont passé huit jours supplémentaires en mer pour atteindre les côtes espagnoles et ressentir la terme ferme sous leurs pieds, après des kilomètres de traversée, des naufrages, ou encore la torture et l'esclavage en Libye...

Tous tentent de troquer un quotidien impossible, de guerre, de dictature, de traditions barbares, de lois liberticides, de répression, contre une vie meilleure en Europe. Soudanais, Érythréens (la majorité des migrants à bord) ou Sierraléonais, ils espèrent recevoir l'asile. D'après Madrid, près de la moitié serait intéressée par la France. 

La torture au Soudan du Sud

Tout le Soudan du Sud est en rouge sur le site officiel du ministère des Affaires étrangères. Un code couleur qui veut dire que la zone est "formellement déconseillée". Le quai d'Orsay précise que le pays est "en proie un conflit interne depuis 2013" qui donne lieu à des "affrontements violents". 

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Sur le site de l'ONG Amnesty International, ça donne des témoignages effrayants. Gatwich témoignait au début du mois de juin. Il a été arrêté par la Direction du renseignement militaire du pays. Il raconte avoir été torturé pendant son interrogatoire : "Ils nous frappaient avec des rondins, des tiges de bambou et des ceintures. S’ils décidaient de tuer quelqu’un, ils lui enfonçaient un clou dans la tête et nous obligeaient à regarder".

Des hommes, des femmes et des enfants sont abattus et brûlés vifs chez eux

Donatella Rovera, conseillère spéciale sur les crises au sein d’Amnesty International
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L'ONG fait ainsi part de plusieurs centaines de personnes "arrêtées et détenues arbitrairement". Un autre, Joseph, ajoute : "C’est pour ça que des gens meurent sur les côtes italiennes. Je n’ai même pas 50 dollars à envoyer à ma famille pour la nourriture. Je ne peux pas subvenir aux besoins de ma famille, et ça me stresse. Mieux vaut mourir"

Amnesty International avait publié une synthèse en 2017 qui fait état de traitements inhumains à l'égard des civils : viols collectifs, civils brûlés vifs, ou tués à la machette, enlèvements... "Des hommes, des femmes et des enfants sont abattus, tués à coups de machettes et brûlés vifs chez eux. Des femmes et des jeunes filles sont victimes de viols collectifs et enlevées", raconte ainsi Donatella Rovera, conseillère spéciale sur les crises au sein d’Amnesty International. 

La Commission des droits de l’homme de l'ONU a également publié un rapport évoquant des "crimes de guerre" et "possibles crimes contre l'humanité". Et tient pour responsable de la majorité des crimes commis les forces gouvernementales.

Le service militaire à durée indéterminée en Érythrée

Les Érythréens représentent, comme les Soudanais, une large partie des migrants qui tentent d'obtenir l'asile en Europe. Un pays qui, d'après le quai d'Orsay, est touché par des risques de piraterie sur les côtes, de délinquance dans les villes, de violences de groupes armés, de mines, pour les ressortissants étrangers. Il déconseille de fréquenter le pays, comme l'indiquent les couleurs sur la carte ci-dessous.

L'Érythrée
L'Érythrée Crédit : Ministère des Affaires étrangères

En ce qui concerne les habitants du pays, il est difficile de partir. Amnesty International rapporte que le gouvernement tente de limiter les départs en restreignant le droit de quitter le territoire. Ces Érythréens fuient tout de même. Ils fuient une répression "arbitraire" qui ne passe pas par la justice, notamment en rapport à l'opinion politique, mais aussi, au service militaire à durée indéterminée. 

Comme le raconte Hassiba Hadj-Sahraoui, conseillère aux affaires humanitaires pour Médecins sans frontières, à RTL, c'est une mesure du pays qui fait fuir de nombreux jeunes hommes. "On a beaucoup de jeunes érythréens qui cherchent à éviter le service militaire obligatoire à durée indéfinie, donc des jeunes qui partent entre 15 et 17 ans, juste avant de finir l'école", rapporte-t-elle.

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Où en sont les migrants de l'Aquarius après une semaine de traversée ? Crédit Image : RTL.fr | Crédit Média : RTL.fr | Date :

D'après Amnesty International, l'État d'Érythrée interdit à toutes les personnes entre 5 et 50 ans de se rendre à l'étranger. Passer la frontière est puni d'emprisonnement. L'ONG fait également état de travail forcé et d'esclavage. Notamment pour les femmes, qui, dans les camps militaires, sont victimes "d’esclavage sexuel, d’actes de torture et d’autres violences sexuelles."

L'excision au Sierra Leone

À première vue, la situation sociale et politique est plus stable au Sierra Leone. Le pays est sorti de la guerre civile depuis plus de dix ans. Mais d'autres facteurs poussent une partie de la population à fuir. Les conditions climatiques, d'abord. En août dernier, une coulée de boue impressionnante avait fait entre 400 et 600 morts, ainsi que beaucoup d'habitants qui se sont retrouvés sans rien. 

Mais ce qui fait fuir cette maman, à bord de l'Aquarius, c'est la peur des mutilations génitales sur ses deux filles, raconte Julien Fautrat, envoyé spécial de RTL à Valence. En effet, l'excision (ablation partielle ou totale des organes sexuels externes de la femme) est une pratique courante au Sierra Leone. Près de 90% des jeunes filles et femmes du pays ont subis ces mutilations selon Amnesty Internationale

Une pratique qui met en danger la vie de ces personnes. Le site Excision parlons-en énumère les conséquences de ces ablations : douleurs intenses, saignements, infections, transmission du VIH, et même la mort.

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2018-06-18 11:58:00
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