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Algérie : plusieurs figures du "Hirak" libérées par la justice

Plusieurs figures du "Hirak", mouvement populaire de contestation, ont été libérées jeudi 2 juillet, dont le militant Karim Tabbou.

Karim Tabbou, militant du Hirak, a été libéré par la justice algérienne le 2 juillet 2020
Karim Tabbou, militant du Hirak, a été libéré par la justice algérienne le 2 juillet 2020
Crédit : RYAD KRAMDI / AFP
Ryad Ouslimani & AFP

Trois jours avant la fête nationale du 5 juillet, la justice algérienne a libéré jeudi quatre militants du "Hirak", considéré comme des opposants au régime. Personnalités du mouvement populaire ayant mis fin au règne d'Abdelaziz Bouteflika, les détenus étaient des symboles. Parmi eux ont retrouve Karim Tabbou, dont l'incarcération avait provoqué une levée de boucliers des opposants au pouvoir. 

En quelques heures, Karim Tabbou, Amira Bouraoui, Samir Benlarbi et Slimane Hamitouche ont bénéficié d'une remise en liberté provisoire, après plusieurs mois de répression menée par le pouvoir pour tenter d'empêcher un retour du mouvement de contestation "Hirak", suspendu en mars en raison de la pandémie de Covid-19.

"La demande de liberté provisoire de Tabbou a été acceptée", a déclaré à l'AFP l'un de ses avocats, Abdelghani Badi. Le militant était incarcéré à la prison de Koléa, situé près de la ville de Tipaza, à 70 km à l'ouest d'Alger. Il est sorti en compagnie d'Amira Bouraoui et Samir Benlarbi, selon des journalistes de l'AFP sur place.

Un appel à libérer d'autres détenus

Mère de deux enfants de 12 et 16 ans, Mme Bouraoui a étreint ses proches, tandis que ses deux compagnons s'enveloppaient dans des drapeaux algériens. Une petite foule de sympathisants a scandé des slogans pro-"Hirak". "Notre bonheur n'est pas complet, en sortant j'ai laissé des frères en prison", a brièvement commenté Samir Benlarbi, un opposant de longue date au régime.

Parmi les personnalités les plus connues du "Hirak" toujours derrière les barreaux figure le journaliste Khaled Drareni, directeur du site d'information en ligne Casbah Tribune et correspondant de la chaîne de télévision française TV5Monde. Sa demande de mise en liberté lui a été refusée.

Malgré tout, la joie de voir les militants libérés n'a pas occulté le combat pour la démocratie et le changement de régime porté par le "Hirak". "La décision de libérer quelques détenus d'opinion, qu'elle soit politique ou judiciaire, n'est pas une charité de la part du pouvoir. C'est leur droit d'être libres", a commenté Me Badi devant la prison. "Si le pouvoir a une réelle volonté politique, il devrait arrêter ces arrestations politiques".

Karim Tabbou, un symbole du "Hirak"

Emprisonné depuis le 26 septembre 2019, Karim Tabbou avait été condamné en appel le 24 mars à un an de prison ferme pour "atteinte à l'intégrité du territoire national". L'opposant est également poursuivi pour "atteinte au moral de l'armée" dans le cadre d'une autre affaire, dont le procès a été reporté au 14 septembre.

Plusieurs ONG, dont Amnesty International, se sont félicitées de cette libération, à quelques jours du 58e anniversaire de l'Indépendance, célébré dimanche. "Algérie, Karim Tabbou enfin libéré. Grand soulagement en attendant les autres", a twitté Saïd Salhi, le vice-président de la Ligue algérienne pour la défense des droits de l'homme.

"Karim Tabbou relâché par ses ravisseurs. Il reste tous les autres. Il restera, ensuite, à libérer la justice", a tempéré Abdellah Benadouda, fondateur de Radio Corona Internationale, une station pro-"Hirak" basée aux États-Unis.

La personnalité de Karim Tabbou, chef d'un petit parti d'opposition non enregistré, l'Union démocratique et sociale (UDS), a fini par devenir une icône du "Hirak", son portrait étant brandi lors des manifestations hebdomadaires interrompues par la crise du Covid-19. 

Un geste du pouvoir en place ?

Amira Bouraoui, opposante farouche au président déchu Abdelaziz Bouteflika, a bénéficié elle aussi d'une remise en liberté provisoire. Son procès en appel a été reporté au 24 septembre. Elle était emprisonnée après une condamnation d'un an ferme pour "offense à l'islam" et "offense" au président de la République. Amnesty International a réclamé "la libération immédiate et sans condition de tous les détenus d'opinion en Algérie".

Selon le Comité national pour la libération des détenus (CNLD), près de 70 prisonniers d'opinion sont actuellement derrière les barreaux, la plupart pour des publications sur Facebook. "On est content pour Tabbou et sa famille (...). On attend la libération de tous les détenus, ça serait un bon geste d'apaisement", a réagi l'avocat Mustapha Bouchachi.

Il semble que le pouvoir, représenté par le président Abdelmadjid Tebboune, ait choisi de faire des gestes d'apaisement. Ainsi, mercredi, six détenus ont bénéficié d'une grâce. Trois d'entre eux étaient liés au "Hirak". C'est la première fois depuis son élection en septembre 2019 que le président gracie des membres du mouvements populaire. 

Ces derniers mois, la justice avait multiplié les poursuites judiciaires et les condamnation de militants du "Hirak", d'opposants politiques, de journalistes et de blogueurs.

Né en février 2019 d'un immense ras-le-bol des Algériensle "Hirak" réclame un changement du "système" en place depuis l'indépendance en 1962. En vain jusqu'à présent, même si la contestation a obtenu en avril 2019 le départ d'Abdelaziz Bouteflika après 20 ans au pouvoir.

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