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Sécurité sociale : une carte vitale (illustration)
Crédit : PHILIPPE HUGUEN / AFP
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La publication du rapport de printemps de la commission des comptes de la Sécurité sociale a ravivé les inquiétudes autour de l’état des finances publiques françaises. Déjà fragilisée par le ralentissement économique et la hausse continue des dépenses de santé, la Sécurité sociale pourrait voir son déficit se creuser davantage encore sous l’effet des tensions géopolitiques au Moyen-Orient.
Selon la commission des comptes de la sécurité sociale, le déficit pourrait atteindre "23,2 milliards d'euros, soit 0,8 point de PIB", soit une dégradation de 3,8 milliards par rapport aux 19,4 milliards de déficit prévu dans le budget de la Sécurité sociale.
Sans mentionner directement la guerre en Iran, un rapport de la Cour des comptes sur l’application des lois de financement de la sécurité sociale publié le 27 mai, alerte également sur la "dégradation de la situation économique liée au contexte géopolitique". "La sécurité sociale ne dispose plus de marges de manœuvre pour absorber des chocs économiques", assure-t-elle.
À première vue, le lien entre un conflit au Moyen-Orient et le budget de la Sécurité sociale française peut sembler lointain. Pourtant, la situation financière de la sécurité sociale dépend étroitement de la situation économique mondiale. La guerre en Iran a provoqué une forte instabilité énergétique, notamment à cause des tensions autour du détroit d’Ormuz, passage stratégique où transite 20% du pétrole mondial.
La fermeture partielle de cette voie maritime et les craintes de perturbation de l’approvisionnement ont entraîné une hausse des prix de l’énergie et ravivé les tensions inflationnistes. Cette inflation a un impact direct sur les dépenses de la Sécurité sociale. Les hôpitaux, les établissements médico-sociaux et l’ensemble du système de santé subissent l’augmentation des coûts de fonctionnement : énergie, transports, alimentation, médicaments ou encore matériel médical.
À cela s’ajoutent les mécanismes automatiques de revalorisation de certaines prestations sociales et des rémunérations. La hausse générale des prix entraîne donc mécaniquement une hausse des dépenses publiques de santé. La Cour des comptes souligne d’ailleurs que les dépenses progressent déjà plus vite que les recettes, avec une augmentation de 3,6 % des dépenses contre seulement 2,6 % pour les recettes.
Le conflit agit aussi sur un autre levier essentiel : la croissance économique. En période de crise internationale, les entreprises investissent moins, la consommation ralentit et l’activité économique se tasse. Or la Sécurité sociale est principalement financée par les cotisations sociales prélevées sur les salaires ainsi que par la CSG. Si la croissance ralentit et que l’emploi progresse moins vite, les recettes sociales diminuent automatiquement.
"La progression spontanée des recettes a été faible en 2025 (1,6 %), inférieure à celle de la richesse nationale (2,1 %) : la masse salariale et la consommation des ménages, sur lesquelles repose une grande part des prélèvements sociaux, ont été peu dynamiques", écrit la Cour des comptes dans son rapport.
Le rapport met également en lumière un problème plus structurel. Même avant le déclenchement du conflit, la trajectoire des comptes de la sécurité sociale était déjà préoccupante. Le déficit de la Sécurité sociale a doublé en deux ans pour atteindre 21,6 milliards d’euros en 2025, un niveau inédit depuis 2012 hors période Covid."Le creusement du déficit tient aussi à l’insuffisance de mesures
structurelles visant à atténuer la progression des dépenses, l’essentiel de
l’effort portant sur les recettes", peut-on lire dans le rapport.
Dans ce contexte, la guerre en Iran agit comme un accélérateur de fragilités déjà existantes. La hausse des prix de l’énergie nourrit l’inflation, l’inflation augmente les dépenses de santé, tandis que le ralentissement économique réduit les recettes de la Sécurité sociale. Ce double effet risque de compliquer encore davantage l’objectif de retour à l’équilibre des comptes sociaux fixé pour la fin de la décennie.
Face à "une situation financière dégradée", la Cour des comptes appelle le gouvernement à renforcer rapidement les mécanismes de maîtrise des dépenses. Parmi les pistes évoquées figurent un durcissement des franchises médicales, une réforme des participations forfaitaires ou encore une meilleure régulation des dépenses de soins de ville et des arrêts maladie.
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