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Une décision qui n'a pas été prise depuis 14 ans : pourquoi le coup de pouce envisagé sur l'augmentation du SMIC risque de ne pas calmer la colère sociale

Pour tenter d’apaiser la grogne sociale, le gouvernement envisage d’avancer l’augmentation du SMIC et d’y ajouter un coup de pouce, une mesure qui n’a plus été utilisée depuis 14 ans. Mais avec à peine quelques euros de plus par mois pour les salariés concernés, l’effet sur le pouvoir d’achat pourrait rester limité, tandis que les entreprises alertent déjà sur le coût du travail.

Un bulletin de paie. (Illustration)

Crédit : SEBASTIEN LAPEYRERE / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP

Coup de pouce envisagé au SMIC : pourquoi la hausse de 1,5% reste risquée

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Coup de pouce envisagé au SMIC : pourquoi la hausse de 1,5% reste risquée

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Pierre Herbulot

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Pour calmer la grogne sociale, le gouvernement envisage d’avancer la hausse du SMIC et surtout de l’accompagner d’un coup de pouce. L’idée est politiquement forte, d’autant qu’une telle décision n’a plus été prise depuis 14 ans. Mais sur le terrain économique et social, la mesure apparaît beaucoup moins spectaculaire qu’elle n’en a l’air.

Le principe du coup de pouce est simple : il s’agit d’aller au-delà de la revalorisation automatique du salaire minimum. Le SMIC augmente déjà chaque année en fonction de l’inflation, au 1er janvier, avec une nouvelle hausse possible en cours d’année si les prix franchissent un certain seuil. Sur cinq ans, la hausse cumulée dépasse déjà 20%, soit environ 300 euros brut supplémentaires.

Une hausse un peu plus forte que prévu

D’après les discussions menées au ministère du Travail avec les syndicats et le patronat, le gouvernement pourrait relever le SMIC de 1,5%, contre 1% prévu automatiquement. Le bonus serait donc de 0,5 point. Ce n’est pas anodin : cela représente une hausse moitié plus importante que celle initialement attendue.

Dans les faits, le gain resterait toutefois modeste. Avec ce coup de pouce, le SMIC augmenterait d’environ 20 euros net par mois, contre 14 euros sans mesure supplémentaire. Le salaire minimum approcherait ainsi les 1.500 euros mensuels. Pour les salariés qui vivent à l’euro près, ces quelques euros comptent. Mais ils ne changent pas fondamentalement la donne en matière de pouvoir d’achat.

Une réponse partielle à la colère sociale

C’est toute la limite de cette piste. La mesure ne concernerait que les 2,5 millions de salariés payés au SMIC. Elle laisserait de côté tous ceux qui gagnent un peu plus, notamment ces classes moyennes modestes qui expriment elles aussi leur malaise. Autrement dit, le gouvernement pourrait envoyer un signal, sans pour autant répondre à l’ensemble de la contestation.

Le risque est donc de créer une réponse trop étroite face à une colère beaucoup plus large. Le coup de pouce sur le SMIC peut apparaître comme un geste en faveur du pouvoir d’achat, mais il ne garantit pas une sortie de crise. Son impact serait ciblé, limité, et sans doute insuffisant pour apaiser à lui seul la tension sociale.

Le coût pour les entreprises en ligne de mire

Autre difficulté : cette hausse serait financée par les entreprises. Or, avant même cette hypothèse de coup de pouce, elles alertaient déjà l’exécutif sur les effets des mesures prévues dans le budget de l’État. Selon elles, ces dispositions vont renchérir le coût du travail de 550 euros par salarié, avec à la clé 200.000 emplois menacés.

Michel Picon, président de l’U2P, estime de son côté que le coup de pouce sur le SMIC pourrait coûter 2,5 milliards d’euros supplémentaires par an. Une charge qui pèserait particulièrement sur les très petites entreprises, celles qui emploient le plus de salariés au salaire minimum.

Ces TPE sont aussi parmi les plus fragiles. Elles disposent de peu de trésorerie, subissent elles aussi la hausse des carburants et s’interrogent déjà sur leur capacité à boucler leurs fins de mois à l’équilibre. Dans ce contexte, une augmentation supplémentaire des salaires peut être perçue comme un soutien aux ménages les plus modestes, mais aussi comme une pression de plus sur des employeurs déjà sous tension.

Au final, le gouvernement mise sur une petite mesure de pouvoir d’achat, ciblée sur une partie seulement des Français mobilisés, avec un effet social incertain et un coût assumé par des entreprises qui ne sont pas en grande forme.

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