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Travail le 1er mai : vers une fin de ce jour chômé dès 2026 ? Une proposition de loi clivante à l'Assemblée

L'Assemblée nationale examine ce vendredi 10 avril une proposition de loi visant à élargir les possibilités de travailler le 1er-Mai, seul jour férié obligatoirement chômé en France. Le texte, déjà adopté au Sénat, suscite de vifs débats et une forte opposition syndicale.

Des pains dans une boulangerie

Crédit : Thomas SAMSON / AFP

Jérémy Descours & AFP

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C'est un sujet hautement symbolique - voire tabou - qui arrive ce vendredi 10 avril à l'Assemblée nationale. Les députés vont débattre de la possibilité d'élargir le travail des salariés le 1er mai, seul jour férié obligatoirement chômé en France. 

Déjà adoptée au Sénat, la proposition de loi entend tirer les leçons de la fronde des boulangers l'an dernier, tout en s'adaptant aux besoins spécifiques de certains secteurs. Initialement portée par le groupe Les Républicains, elle n'avait pas pu être examinée en janvier, faute de temps.

Le camp de Gabriel Attal a depuis repris le texte à son compte, soutenant cette initiative sénatoriale qui vise à élargir les dérogations possibles : encadrer plus clairement des pratiques déjà existantes et s'adapter aux réalités économiques, sans remettre en cause le principe du repos dominical généralisé.

Qui pourra travailler le 1er mai ?

La proposition de loi a donc pour objectif de clarifier la législation actuelle et de "permettre aux salariés de certains établissements et services de travailler", en particulier dans les commerces de proximité. 

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Seraient ainsi concernés les métiers de bouche comme les boulangeries, pâtisseries, boucheries, poissonneries, fromageries ou encore chocolateries. Mais aussi les commerces spécialisés dans l'alimentaire, tels que les primeurs ou les établissements dont l'activité exclusive est la vente de produits alimentaires. 

Le texte inclut également les fleuristes, notamment en raison de la tradition du muguet du 1er-Mai, ainsi que les jardineries et les établissements culturels comme les cinémas et les théâtres. 

Plus largement, le texte vise "les établissements assurant la fabrication ou la préparation de produits alimentaires destinés à la consommation immédiate", "les établissements dont l'activité exclusive est la vente de produits alimentaires au détail" et "les établissements exerçant une activité culturelle". 

En revanche, la grande distribution et les magasins d'outillage ou de travaux resteraient exclus du dispositif. Le nombre de salariés potentiellement concernés varie selon les estimations, allant d'environ 400.000 à plus de 1,4 million selon les syndicats.

Quels salariés seront concernés ?

Le texte prévoit un encadrement strict du travail le 1er mai. Il repose d'abord sur le principe du volontariat : "seuls les salariés volontaires ayant donné leur accord par écrit à leur employeur peuvent travailler". Cet accord devra être formalisé, par exemple, via un avenant au contrat de travail ou une déclaration signée. 

Le texte insiste également sur la protection des salariés, en précisant que le refus "de travailler le 1er-Mai ne constitue pas une faute ou un motif de licenciement" et qu'aucune "mesure discriminatoire" ne pourra être prise à leur encontre.  

En contrepartie, les salariés travaillant ce jour-là bénéficieront d'une rémunération doublée, comme le prévoit déjà la législation actuelle. En revanche, aucun jour de repos compensateur n'est prévu.

Une application du texte dès 2026 ?

Concernant le calendrier, le texte est examiné à l'Assemblée nationale ce vendredi 10 avril 2026. À l'ouverture des débats, les députés macronistes ont demandé le rejet préalable de leur propre texte pour ainsi éviter une "obstruction" de la gauche.

Pour permettre l'adoption de ce texte, dès le 1er mai de cette année, le groupe souhaite en effet aller vers un rejet préalable du texte avant son examen, qui permettrait la convocation d'une commission mixte paritaire (CMP), c'est-à-dire un accord entre députés et sénateurs. 

L'objectif est "d'éviter des discussions sans fin et l'impossibilité de voter ce texte" avant 17h30, heure prévue de fin de la séance, a précisé la députée Nicole Dubré-Chirat (Renaissance).

Avant cette journée, Jean-Pierre Farandou, le ministre du Travail a, par ailleurs, assuré que "nous ne souhaitons pas revenir sur l'acquis du 1er-Mai, chômé pour l'immense majorité des salariés de notre pays", mais simplement adapter et sécuriser les règles existantes.

Une forte opposition syndicale

Malgré ces garanties du ministre, la réforme continue de susciter une vive opposition syndicale. Les organisations de salariés rappellent que le 1er mai constitue un symbole fort des droits sociaux et des luttes historiques du monde du travail. Elles craignent qu'en ouvrant la voie à de nouvelles dérogations, même encadrées, le principe d'un jour férié obligatoirement chômé ne soit progressivement remis en cause.

C'est une "remise en cause du 1er mai" dont on célèbre les 140 ans, ont dénoncé les huit confédérations syndicales.

Pour elles, cette évolution pourrait marquer une étape vers une banalisation du travail ce jour-là, au détriment du droit au repos et des garanties collectives. L'intersyndicale alerte notamment sur le risque que 'la dérogation s'étende progressivement', transformant en profondeur l'esprit même de cette journée.

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