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Pollution, "mouillage de lait" : Lactalis accusée de "méthode frauduleuses"

Le groupe laitier est mis en cause par une enquête d'envergure publiée lundi 19 octobre. Une association de victimes demande l'ouverture d'une enquête judiciaire.

Une vue du siège de Lactalis à Laval, le 12 janvier 2018
Une vue du siège de Lactalis à Laval, le 12 janvier 2018 Crédit : AFP / Damien Meyer
Marie Zafimehy
Marie Zafimehy
et AFP

"L'Ogre du lait". C'est ainsi que le média d'investigation Disclose qualifie l'entreprise Lactalis. Selon une enquête qu'il publie lundi 19 octobre, des usines du groupe laitier français ne respectent pas le code de l'environnement en France, avec des pollutions de diverses natures. Une association de victimes demande l'ouverture d'une enquête judiciaire.

Pour réaliser cette enquête, Disclose a travaillé dans le cadre d'un partenariat avec Mediapart, Brut, France Culture, The Guardian, "Envoyé Spécial" (France 2) et le site d'investigation Le Poulpe. Ces médias se sont intéressés notamment aux installations industrielles en France du géant laitier, qui en compte 250 à travers le monde. 

Selon Disclose, "entre 2010 et aujourd'hui (...) 38 usines Lactalis ont été ou sont toujours en violation du code de l'environnement" en France, "soit plus de la moitié des 60 établissements recensés et analysés dans le cadre de cette enquête". Des conclusions basées sur des documents issus des Directions régionales de l'environnement (DREAL) et des Directions départementales de la cohésion sociale et de la protection des populations (DDCSPP). 

Pollution des rivières

Les usines mises en cause sont des installations classées pour la protection de l'environnement, aussi appelées IPCE. L'enquête cite en exemple une fromagerie du groupe Lactalis en Isère, condamnée en 2019 à 100.000 euros d'amende, dont 50.000 avec sursis pour ses rejets d'effluents dans une rivière, la société laitière de Retiers, en Ille-et-Vilaine, filiale de Lactalis, condamnée à 250.000 euros pour avoir pollué la rivière La Seiche, ou encore des rejets de la société fromagère de Riom. 

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"Il est vrai que certains de nos sites peuvent présenter des non-conformités ponctuelles, mais à chaque fois nous proposons une solution rapidement pour résoudre ces incidents", a déclaré une porte-parole du groupe Lactalis à l'AFP, mettant en avant "60 millions d'euros investis depuis 2010" pour la modernisation des outils environnementaux. 

Disclose cite aussi des cas où les analyses de rejets polluants effectuées par Lactalis ne correspondraient pas à ceux réalisés par des inspecteurs. "À un moment ou à un autre, il peut y avoir des non-conformités, mais ça ne reste pas comme ça. On a des inspections, on a des procédures", réagit la ministre de la Transition écologique Barbara Pompili, selon le script d'une interview avec Disclose transmis par le ministère à l'AFP. Les entreprises effectuent des auto-contrôles au niveau des stations d'épuration des usines, mais "il y a aussi des contrôles inopinés", complète Pascal Lagrabe, directeur adjoint de la Direction de la police à l'Office français de la biodiversité (OFB). 

Des suites judiciaires ?

France Nature environnement (FNE), qui fédère 3.500 associations, compte porter plainte concernant le site de Riom, a fait savoir une porte-parole, qualifiant les documents dévoilés par Disclose de "solides". Des associations locales font état de pollutions liées à des sites Lactalis dans les Pays-de-la-Loire ou encore en Bretagne, a-t-elle encore indiqué. 

Jeudi 22 octobre, l'association pour la santé des enfants, qui avait défendu les familles victimes du lait contaminé aux salmonelles, a réclamé l'ouverture d'une enquête judiciaire. Elle dénonce "méthodes frauduleuses" de Lactalis. "Au vu de ce qui est évoqué dans les articles, il y a matière à ce que le parquet se saisisse", a déclaré à l'AFP Quentin Guillemain, président de l'association, citant aussi les atteintes au droit de l'environnement reprochées au groupe laitier. "Cette entreprise bénéficie d'une certaine impunité, il va falloir que ça cesse", a-t-il ajouté. 

Des soupçons de "mouillage du lait"

À ce sujet, l'enquête publiée par Disclose cite aussi une experte qui affirme que les documents obtenus par le média en ligne attesteraient que l'entreprise pratique le "mouillage du lait", une pratique consistant "à standardiser le taux de protéines dans le lait en y ajoutant du perméat, un liquide à faible teneur en protéines, permettant d'augmenter les volumes pour un coût de production moindre". Ce qui est interdit par la réglementation nationale et européenne.

Contacté par l'AFP jeudi, Lactalis a affirmé que le document présenté par Disclose comme portant sur le lait concernait en réalité le fromage dont le procédé de fabrication n'est pas le même. "Lactalis respecte scrupuleusement la réglementation européenne en matière de lait ou de fabrication de fromage", a assuré le groupe. En avril 2000, Lactalis avait démenti des informations similaires parues dans Le Canard Enchaîné

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