3 min de lecture Réforme des retraites

Pénibilité au travail : c'est "le patronat col blanc contre le patronat col bleu", dit Martial You

ÉDITO - La prise en compte de la pénibilité dans la réforme des retraites fait renaître de vieux clivages.

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Pénibilité au travail : c'est "le patronat col blanc contre le patronat col bleu" pour Martial You Crédit Image : JEAN-SEBASTIEN EVRARD / AFP | Crédit Média : RTL | Date :
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L'Eco and You - Martial You
Martial You édité par Chloé Richard-Le Bris

Les partenaires sociaux se sont réunis hier, jeudi 13 février, à Matignon. Il y avait un sujet central  : la prise en compte de la pénibilité, et on a vu renaître les vieux clivages.

La pénibilité, c'est un des combats historiques de la CFDT et une de ses grosses défaites du quinquennat Macron puisque le syndicat de Laurent Berger avait bataillé pour obtenir 10 critères de pénibilité qui permettaient de changer de métier en cours de carrière ou de partir plus tôt à la retraite.

À l'arrivée d'Emmanuel Macron, on a acté que le dispositif ne marchait pas, c'est vrai, que les branches professionnelles ne jouaient pas le jeu, c'est vrai aussi, et on a mis de côté quatre des dix critères. Alors finalement, aujourd'hui, à la faveur d'une réforme des retraites compliquée à conduire pour le gouvernement et d'une CFDT qui est centrale bien sûr pour faire passer cette réforme, le dossier pénibilité reprend de la vigueur et il rouvre le front classique digne de l'ancien monde : les syndicats de salariés contre le patronat.

La CPME plutôt d'accord pour financer la pénibilité

C'est comme si on avait tiré les enseignements de l'échec des années Hollande sur la pénibilité. Du coup, les lignes ont bougé, y compris au sein du patron. C'est un peu comme si, sur ce dossier, vous aviez aujourd'hui les syndicats "réformistes" derrière la CFDT et le "patronat réformiste" emmené par la CPME.

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Car la CPME est plutôt d'accord pour financer la "pénibilité" et laisser partir ses salariés plus tôt. Mais les lignes ont bougé. Aujourd'hui, on laisse de côté les 10 critères et on part sur une liste de métiers pénibles. Les fédérations de métiers physiques ou manuels ont déjà ces listes. On sait qu'un aide-soignant qui travaille avec des personnes âgées ou handicapées passe son temps à porter les patients, qu'un déménageur porte des colis ou qu'un plombier passe une partie de sa vie allongé par terre. Mais ça, en réalité, tout le monde sait déjà que ces métiers sont pénibles.

En réalité, sur ce dossier de la pénibilité, vous avez les petits contre les gros... Le patronat en col bleu contre le patronat en col blanc, et ça, c'est nouveau. Au MEDEF, ceux qui ont du poids, ce sont les banquiers, les assureurs, les grandes entreprises du tertiaire. Pour ces fédérations-là qui représentent des emplois de bureau, la pénibilité n'a pas la même signification que dans l'industrie ou le bâtiment.

Pas question pour le Medef de prendre en charge la pénibilité

Et, au MEDEF, on sait très bien que la question qui va suivre le listing de tous les métiers reconnus comme pénibles, c'est qui paie la prise en charge des salariés usés en fin de carrière ? Et si les syndicats des petites entreprises ou des entreprises du bâtiment, des services de nettoyage sont plus ou moins prêts à envisager une taxe "pénibilité" prélevée sur les salaires, le MEDEF ne veut pas en entendre parler.

La pénibilité n'intéresse en fait que ceux qui sont concernés. Même si c'est une vision de myope car on sait très bien qu'aujourd'hui on parle des métiers physiques, des troubles musculo-squelettiques. Mais dans quelques années, la pénibilité concernera les risques psycho-sociaux, les maladies liées au stress notamment, et là, ça touchera les grandes fédérations du tertiaire comme les bureaux, les banques, les assurances. Ne pas y répondre aujourd'hui, c'est engager la responsabilité morale de l'employeur dans quelques années.

La prise en compte de la pénibilité peut aussi rendre ces emplois attractifs. Pour les emplois manuels dans des petites PME, traiter la pénibilité, offrir des perspectives d'évolution de carrière pour ne pas rester maçon ou couvreur de 14 à 64 ans, c'est résoudre la question des métiers en tension. Il faut se rendre compte que c'est LE problème numéro 1 de nombreux patrons aujourd'hui. 700.000 postes sont non pourvus, plus d'un recruteur sur deux qui ne trouve pas de candidat quand il cherche.

Voilà la question à résoudre pour réduire le chômage, profiter de la dynamique de reprise, créer des emplois qui financent le système de retraite... Parce qu'il y a quand même quelque chose d'aberrant à vouloir parler de pénibilité dans le cadre d'une réforme des retraites alors que c'est précisément un problème de parcours professionnel tout au long de la vie et pas uniquement un curseur de départ anticipé à la retraite.

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