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Cette photographie montre les prix des carburants affichés dans une station-service Avia à Paris le 18 septembre 2026.
Crédit : Kenzo TRIBOUILLARD / AFP
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En 1975, le prix d'un litre d'essence était à 1,85 franc, équivalent à 28 centimes d'euros. Cela fait rêver. Pourtant, ce qui compte, à l'époque comme aujourd'hui, c'est le pouvoir d'achat, autrement dit le rapport entre le prix et le salaire. En 1975, une heure de travail payée au SMIC pouvait acheter un peu plus de trois litres d'essence. En 2026, une heure de SMIC peut acheter un peu plus de quatre litres de carburant, même aux prix actuels.
Exprimé en temps de travail payé au salaire minimum, l'essence coûte bien moins cher aujourd'hui qu'il y a 50 ans. Il faudrait également tenir compte du fait que les voitures d'aujourd'hui consomment en moyenne 30% de moins que celles de l'époque. En réalité, le coût du kilomètre fait en voiture a énormément baissé sur le dernier demi-siècle, lorsqu'on tient compte de la hausse des salaires et de l'amélioration technique des moteurs.
Comment se fait-il que de nombreux Français soient étranglés depuis la hausse ? Parce que tout a changé entre temps. D'abord, les trajets entre le domicile et le travail ont explosé. Dans les années 60, les Français faisaient en moyenne trois kilomètres. En 2026, cela représente six fois plus, et davantage en zone rurale.
Pourquoi ? Parce que les villes se sont considérablement étendues, en ayant attiré l'essentiel de l'activité économique du pays. Il a fallu construire des logements en périphérie, loin des centres. Et des supermarchés dans des zones commerciales, où l'on ne peut se rendre qu'en voiture. Les usines étaient encore nombreuses dans les années 70, plutôt installées à la campagne, là où il y a de l'espace. Les habitants de ces zones pouvaient travailler près de chez eux.
Souvent, l'employeur organisait les transports, avec des cars de ramassage qui écumaient la région. Les usines ont évidemment disparu, et les ruraux doivent parcourir des dizaines de kilomètres tous les jours pour travailler en ville. L'exode rural a également rétréci les réseaux des services publics et celui des professions de santé et des hôpitaux. Là encore, il faut rouler davantage.
Cela signifie que la crise s'explique aussi par la géographie de l'activité économique. Notre crise de l'essence s'explique par la métropolisation, la désindustrialisation, ou encore le creusement de la diagonale du vide, celle des zones à très faible densité démographique. Avec un paradoxe. Il y a 50 ans, l'automobile était un luxe. Seuls les riches roulaient beaucoup. En 2026, ils vivent dans les centres villes et n'ont plus besoin de voiture. Désormais, ce sont les Français modestes qui font le plus de kilomètres pour travailler.
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