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Violences sexuelles et sexistes : quelles solutions pour les combattre à l'université ?

DÉCRYPTAGE - Selon un rapport publié le 12 octobre 2020, 1 étudiante sur 10 a été victime d'agression sexuelle. Un fléau contre lequel il est urgent de lutter, selon l'observatoire à l'origine de l'étude.

Des étudiants en sciences à l'université de Caen
Des étudiants en sciences à l'université de Caen Crédit : CHARLY TRIBALLEAU / AFP
Marie Zafimehy
Marie Zafimehy

"On ne s'attendait pas à des résultats de cette ampleur". Julie Tsangarakis fait partie de l'équipe de l'Observatoire étudiant des violences sexuelles et sexistes à l'origine d'une enquête publiée le 12 octobre dernier. Une étudiante sur vingt victimes de viol, une étudiante sur dix victime d'agression sexuelle... Le rapport met en lumière des chiffres alarmants et la nécessité de lutter contre ces violences au sein des établissements d'enseignement supérieur.

L'enquête de l'Observatoire a été réalisée grâce à un questionnaire diffusé en ligne entre avril et décembre 2019. Plus de 10.000 personnes, dont une majorité de femmes (76%), y ont répondu, étudiant dans une cinquantaine d'établissements différents - universités, prépas, grandes écoles, BTS, DUT. "Les faits subis sont majoritairement commis par des étudiants de genre masculin, en particulier pour les faits de violence physique", précisent les auteurs de l'étude.

À la suite de la publication de leur rapport, les membres de l'observatoire ont été largement sollicités. "On a reçu plusieurs mails d'étudiants qui veulent être formés et de professeurs qui ont envie de sensibiliser eux-mêmes les étudiants", indique Julie Tsangarakis à RTL.fr. Une preuve qu'il est nécessaire et urgent de s'emparer du sujet à tous les niveaux : du corps professoral aux bancs des amphithéâtres, en passant par les bureaux de l'administration.

Agression, viol... Savoir qualifier les actes

Constat le plus frappant : les étudiants et étudiantes ont tendance à confondre les différents actes de violences sexuelles. Harcèlement, agression sexuelle, viol... les personnes ayant répondu à l'enquête ont du mal à différencier des infractions décrites sous formes de cas pratiques. "Ainsi, 4 étudiants sur 5 reconnaissent une situation d’agression sexuelle, mais pratiquement 1 étudiant sur 5 ne connaît pas la distinction entre agression sexuelle et harcèlement sexuel", décrit par exemple l'étude. De même, "pratiquement 1 étudiant sur 5 ne connaît pas la distinction entre agression sexuelle et viol".

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Le harcèlement sexuel est qualifié dans le Code pénal par "le fait d'imposer à une personne, de façon répétée, des propos ou comportements à connotation sexuelle ou sexiste qui soit portent atteinte à sa dignité en raison de leur caractère dégradant ou humiliant, soit créent à son encontre une situation intimidante, hostile ou offensante". L'agression sexuelle est, elle, définie par "toute atteinte sexuelle commise avec violence, contrainte, menace ou surprise", elle diffère du viol qui lui qualifie nécessairement "un acte de pénétration sexuelle" commis dans les mêmes circonstances - "violence, contrainte, menace ou surprise".

Connaître ces différences permet de mieux appréhender la gravité des actes commis et prendre conscience des recours possibles, comme le dépôt de plainte. "Pour lutter contre un problème, il faut pouvoir le qualifier", résume Julie Tsangarakis. C'est pourquoi l'Observatoire plaide pour une meilleure formation et davantage de sensibilisation des étudiants et étudiantes sur le sujet.

Éduquer et sensibiliser

Au sein de son questionnaire l'Observatoire interrogeait les participants et participantes sur les solutions à apporter au problème des violences sexistes et sexuelles à l'université. En tête, arrive "l'éducation" avec 31% de réponses positives devant "la justice" (8%), et "la prévention" (8%).

Des résultats qui ne surprennent pas Marine Dupriez, fondatrice de Safe Campus, entreprise qui accompagne les établissements de l'enseignement supérieur dans la lutte contre les violences sexuelles et sexistes. "Les campagnes de communication sont très importantes, mais il faut les compléter par des formations", explique l'ancienne étudiante de l'EDHEC à RTL.fr. Cela signifie dédier du temps à des modules portant spécifiquement sur ces thèmes. "Ce temps est pris sur d'autres sujets comme l'alcool, ou les comportements à risque... Il faut étendre cela aux questions de violences sexistes et sexuelles, dire que tout cela a de l'importance", insiste-t-elle.

Il faut déconstruire les stéréotypes qui sont à la base des violences pour les éliminer

Marine Dupriez
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Les formations Safe Campus interviennent visent à informer les étudiants et étudiantes sur la manière dont ils doivent répondre aux situations de violences, mais aussi à les prévenir. "Il faut faire connaître l'aspect juridique [des violences sexuelles et sexistes], mais aussi aller plus loin et déconstruire les stéréotypes qui sont à la base des violences pour les éliminer", explique Marine Dupriez. Une fois ce travail de prévention accompli, encore faut-il savoir à qui s'adresser pour être accompagné.

Rétablir la confiance avec l'administration

En tout, une personne sur trois déclare avoir été victime ou témoin de violences sexuelles et une personne sur dix de viol. Seuls "11% des répondants indiquent avoir informé leur établissement des faits subis ou constatés", précise l'étude. Les raisons invoquées ? "Ça ne sert à rien" (22% des verbatims), "ce n’est pas pris au sérieux" (9% des verbatim). Des chiffres qui montrent un manque de confiance en l'administration. 

Il y a un dialogue qui est rompu entre les établissements et le corps étudiant

Julie Tsangarakis
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Par ailleurs, plus de 25% des victimes et témoins de violences ne savent pas s’il existe dans leur établissement, des structures prenant en charge ce type de situations et 18% d'entre eux considèrent qu'il n'existe aucune structure. "Il y a un dialogue qui est rompu entre les établissements et le corps étudiant, analyse Julie Tsangarakis de l'Observatoire. C'est pour cela qu'il faut mobiliser les différents acteurs et tous les niveaux des institutions". 

Pour ce faire Safe Campus, qui a accompagné une quinzaine d'établissements depuis un an, propose de faire suivre des formations au personnel. "La solution première est de mettre en place un protocole de signalement efficace et clair, explique Marine Dupriez, il faut ensuite que l'administration forme les encadrants et encadrantes sur la manière dont il faut accueillir les victimes de violences sexuelles et sexistes". Ce n'est qu'après ce travail qu'intervient la sensibilisation des étudiants et étudiantes selon elle : ainsi, ils savent à qui s'adresser et identifier les personnes susceptibles de les aider et les accompagner.

Des enquêtes à échelle locale

La collaboration de Safe Campus et des établissements universitaires se fait "sur le long terme", insiste Marine Dupriez et avec un suivi des mesures mises en place. Un travail que l'entreprise réalise en partenariat avec l'association En avant tou(te)s spécialisée sur le sujet des violences chez les jeunes, et autrice d'un rapport sur le sujet publié le 11 octobre dernier.

De son côté, l'Observatoire étudiant des violences sexuelles et sexistes souhaite donner suite à son étude. "Ce qu’on propose plus concrètement, c'est de faire des questionnaires personnalisés à échelle de l’établissement, à l’échelle du campus, pour ainsi mieux qualifier les violences sexuelles et sexistes localement", annonce Julie Tsangarakis. Ensuite, l'organisation prévoit des tables rondes, des conférences sur la prévention et la formation. 

"L'objectif de ce rapport était de provoquer une prise de conscience", explique l'étudiante. Une démarche qui semble fonctionner : depuis, de nombreux étudiants et étudiantes ont décidé de s'engager, selon Julie Tsangarakis. Pour les aider, l'Observatoire établit une cartographie des initiatives destinées à lutter contre les violences sexuelles et sexistes. Parmi elles, des organisations déjà reconnues comme #NousToutes ou HandsAway qui lutte contre le harcèlement de rue.

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