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Une mutation génétique trouvée chez des Amish prolonge leur vie de 10 ans

Cette découverte ouvre la voie à la conception de traitements contre la dégénérescence liée à l'âge selon les chercheurs.

Une jeune fille Amish dans une plantation avant un rassemblement du Ku Klux Klan à Quarryville en Pennsylvanie le 14 mai 2017.
Une jeune fille Amish dans une plantation avant un rassemblement du Ku Klux Klan à Quarryville en Pennsylvanie le 14 mai 2017.
Crédit : Mark Makela / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP
Marie Zafimehy
Journaliste

Les Amish détiennent-ils le secret d'une possible cure de jouvence ? Une mutation génétique très rare découverte chez des individus appartenant à cette communauté religieuse vivant principalement aux États-Unis, explique leur espérance de vie supérieure. Les résultats de l'étude publiée dans la revue Science Advances mercredi 15 novembre ouvrent la voie à la conception de traitements contre la dégénérescence liée à l'âge

"C'est la première mutation génétique humaine qui se révèle avoir un impact multiple sur les changements biologiques résultant du vieillissement", explique à l'AFP le professeur Douglas Vaughan, président de la faculté de médecine Feinberg de l'université Northwestern à Chicago. 

L'étude a été menée auprès de 177 Amish âgés de 18 à plus de 85 ans appartement à la communauté de Berne, dans l'Indiana (nord des États-Unis). Elle a montré que les 43 hommes et femmes porteurs de la mutation du gène Serpine1 étaient en meilleure santé et vivaient en moyenne dix ans de plus (85 ans) que leurs congénères privés de cette variation génétique. Ce gène est responsable d'une forte réduction de la protéine PAI-1, signature de la sénescence et qui a déjà été liée aux maladies cardiovasculaires

Protéine de la sénescence

Les chercheurs ont également mis en lumière le rôle des télomères, morceaux d'ADN situés à l'extrémité de chaque chromosome pour le protéger et qui se réduisent à chaque division cellulaire. Ils ont notamment constaté que les télomères des cellules immunitaires de la population Amish étudiée étaient en moyenne 10% plus longs. Ce qui constitue un avantage : le raccourcissement progressif des télomères se traduit dans les cellules et les tissus de l'organisme par un accroissement de certaines protéines, dont la PAI-1 responsable du vieillissement.

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"Nous avons confirmé avec cette étude les résultats de précédentes études suggérant que la longueur des télomères est liée à l'âge chronologique et est en grande partie héréditaire", relèvent les auteurs de l'étude. "Le groupe d'Amish de Berne offre une occasion unique d'étudier les effets biologiques de cette mutation génétique et de la réduction de la protéine PAI-1 sur la longévité des humains".

Leur étude s'est appuyée sur les résultats de précédents travaux, menés en particulier sur des souris, qui ont montré le rôle important de la PAI-1 dans le sénescence. Ils ont notamment constaté une hausse du taux de cette protéine dans le sang et les tissus de souris génétiquement modifiées pour présenter un vieillissement accéléré. 

Vieillir en bonne santé

Le profil métabolique des personnes Amish étudiées était aussi plus sain et indiquait qu'elles souffraient nettement moins de diabète et de maladies cardiovasculaires, a relevé l'équipe scientifique internationale. Auparavant, des observations chez les humains avaient révélé que le niveau de la protéine PAI-1 était plus élevé chez les obèses et les diabétiques, mettant en évidence le rôle fondamental du métabolisme dans la biologie du vieillissement. Ce qui avait déjà été démontré lors d'expériences sur des vers, des mouches drosophiles et des mammifères. 
 
La lutte contre la sénescence se concentre de ce fait sur la réduction des calories absorbées, pour ralentir le métabolisme, et sur des molécules produisant les mêmes effets comme la Metformine, un antidiabétique, et le Resvératrol, un anti-oxydant abondant dans le raisin. Tous ces traitements réduisent la protéine PAI-1. 

La molécule expérimentale "TM5614", qui neutralise cette protéine, a fait l'objet d'un essai clinique de phase I au Japon, a précisé M. Vaughan. Les autorités nippones ont déjà autorisé un essai clinique de phase II. Des souris traitées avec cette molécule ont été épargnées de toutes les pathologies liées à l'âge et ont vu leur durée de vie quadrupler. Cette molécule anti-vieillissement représente donc un solide espoir de traiter ou de prévenir des maladies humaines résultant de la sénescence. 

"Nous pensons que ce médicament peut avoir un double effet en agissant sur les processus moléculaires du vieillissement mais aussi sur les maladies qui y sont liées", a indiqué le professeur Vaughan. Selon lui, "nous pouvons ainsi prolonger la vie en bonne santé... et aussi l'espérance de vie" comme le montre l'étude auprès des Amish. 

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