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Trappes : 3 questions pour comprendre la polémique qui agite la ville des Yvelines

ÉCLAIRAGE - Depuis une semaine, la ville de Trappes est au cœur de l'attention médiatique. À l'origine : un professeur de philosophie qui dénonce l'islamisation de la commune des Yvelines.

Des immeubles dans la ville de Trappes (Yvelines).
Des immeubles dans la ville de Trappes (Yvelines). Crédit : LOIC VENANCE / AFP
Marie Zafimehy
Journaliste

Trappes. Depuis une semaine, cette ville des Yvelines est au cœur de l'attention médiatique, et avec elle deux personnalités : Ali Rabeh, son maire, et Didier Lemaire, professeur de philosophie dans un lycée de la commune. Les deux sont aujourd'hui sous protection policière, à la suite de menaces de mort.

Tout est parti d'une tribune publiée dans L'Obs, le 1er novembre 2020. Deux semaines après l'attentat dans lequel le professeur d'histoire Samuel Paty a perdu la vie, Didier Lemaire publie sur le site de l'hebdomadaire une lettre ouverte. Il y alerte sur l'inaction de l'État face à l'islamisme radical, prenant pour exemple la ville dans laquelle il enseigne : Trappes

Dans cette ville, insiste Didier Lemaire dans son texte, il y a "400 fichés S de catégorie 'radicalisation' qui se promènent librement, sans compter les fichés pour terrorisme". Une situation qu'il juge "schizophrénique" pour les élèves et problématique pour le corps enseignant. "Comment enseigner les langues, les arts, les sciences et la culture générale à des enfants qui sont soumis, dès leur plus jeune âge, à la pression sociale phénoménale de ces idéologues ?", interroge-t-il.

Trappes a vu naître des célébrités comme l'humoriste Jamel Debbouze, l'acteur Omar Sy ou le footballeur Nicolas Anelka. Un récit qui a servi de point de départ à deux journalistes du Monde, Raphaëlle Bacqué et Ariane Chemin dans leur ouvrage La Communauté (Albin Michel, 2018). Elles y expliquent aussi que la direction générale des services intérieurs disposait, il y a une dizaine d'années, d'un dossier spécialement consacré à cette ville d'où les départs vers la Syrie de Daech ont été nombreux. Une réflexion qui a nourri celle de Didier Lemaire.

Qui est Didier Lemaire ?

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Didier Lemaire est professeur à Trappes depuis "vingt ans", écrit-il. Il y enseigne la philosophie au lycée La Plaine de Neauphle. Il est aussi, comme l'indique Le Parisien, secrétaire général du Parti républicain solidariste, un parti qui milite pour une laïcité ferme sans être "un parti d'extrême-droite", insiste l'organisation sur son site internet.

En 2018, Didier Lemaire a adressé à Emmanuel Macron une lettre ouverte dans laquelle il cite le livre de Raphaëlle Bacqué et Ariane Chemin. Il y fait déjà part de ses interrogations : "Nos jeunes sont livrés à des réseaux qui recrutent dans les quartiers au grand jour et sur internet. Comment se fait-il que notre République abandonne ses enfants ?" Un texte co-écrit avec Jean-Pierre Obin, ancien inspecteur de l'Éducation nationale, auteur d'un rapport sur les atteintes à la laïcité à l'école.

Depuis cette première missive, Didier Lemaire a pris la parole dans L'Obs, mais aussi plus récemment dans Le Point. Dans ce dernier article publié le 5 février, il raconte être la cible de "menaces" et être placé sous protection policière. Tout cela depuis la publication de sa tribune, mais aussi depuis la diffusion d'un reportage pour la télévision néerlandaise dans lequel il fait part de ses inquiétudes et affirme qu'il n'existe plus de "coiffeurs mixtes" à Trappes. Des propos réitérés sur LCI quelques jours plus tard... et contestés par le maire de la ville, Ali Rabeh.

Qui est Ali Rabeh ?

Ali Rabeh, ancien porte-parole de Benoît Hamon, a été élu maire de Trappes aux dernières municipales. À la suite des propos tenus par Didier Lemaire dans les médias, il a annoncé qu'il allait porter plainte pour diffamation et a adressé un message aux élèves du lycée La Plaine De Neauphle où exerce le professeur de philosophie. "Chacun a le droit de s'exprimer et je me battrai pour que, même celui avec qui je suis en désaccord puisse le faire, écrit-il. Mais je n'accepte pas les propos violents tenus contre vous et les Trappistes (habitants de Trappes, ndlr), qui condamnent par avance, qui relèguent, qui excluent".

Le lendemain de la publication de ce message, Ali Rabeh a été l'invité de l'émission de Jean-Marc Morandini sur CNews. Lors de cette édition spéciale en direct de Trappes, il a endossé le rôle de guide, organisant une visite de la ville accompagné de l'animateur, mais aussi du porte-parole du Rassemblement national Laurent Jacobelli, du député Éric Diard (LR) et de la députée Claire O'Petit (LaREM). Pendant l'émission, Ali Rabeh a notamment tenu à entrer chez un coiffeur pour montrer que les femmes comme les hommes y étaient bienvenues. Une mise en scène selon Laurent Jacobelli qui dénonce sur Twitter "un village de Potemkine"

Par ailleurs, le ton est monté entre Jean-Marc Morandini et Ali Rabeh. Comme le montre une séquence découpée par Puremedias, ce dernier n'a pas souhaité répondre aux questions sur les propos de Didier Lemaire, arguant que l'équipe de l'émission s'était engagée à ne pas aborder "ces sujets secondaires". Ce que Jean-Marc Morandini dément.

Quelles réactions politiques ?

À la suite de la publication de son message et de son passage télévisé, Ali Rabeh a lui-même dit faire l'objet de "menaces" et a déposé plainte. Des allégations qui ont poussé Benoît Hamon et son parti Génération.s à demander une protection policière pour le maire de Trappes. Ce dernier a également reçu pendant le week-end le soutien de deux élus EELV : Éric Piolle, maire de Grenoble et Yannick Jadot, député européen.

Au même moment, la présidente de la région Île-de-France Valérie Pécresse a demandé la révocation d'Ali Rabeh, sur la base d'un incident survenu jeudi 11 février. À cette date, le maire de Trappes et ses adjoints sont accusés de s'être introduits dans le lycée où exerce Didier Lemaire pour distribuer le message de l'édile aux élèves sous forme de tract. Selon les informations de BFMTV, le chef d'établissement a tenté d'empêcher les élus municipaux de pénétrer dans le lycée, en vain.

Dans la foulée, le ministère de l'Éducation nationale a apporté son soutien à Didier Lemaire. "Jean-Michel Blanquer condamne fermement cette intrusion dans un établissement scolaire et apporte son complet soutien à la communauté éducative choquée par cet acte, écrit-il dans un communiqué. Il réitère à Monsieur Lemaire l’assurance de la protection de l’institution face à toute menace dont il peut être l’objet du fait de sa dénonciation des menées de l’islamisme politique." De même, Gérald Darmanin a réagi en proposant au professeur une protection rapprochée.

Samedi 13 février, le parquet de Versailles a confirmé avoir ouvert une enquête sur les menaces visant Ali Rabeh, placé lui aussi sous protection policière. L'élu affirme faire l'objet d'intimidation et "d'insultes racistes" depuis son élection aux municipales de 2020. Sa liste l'avait alors emporté avec 40,40% des voix devant celle d'Othman Nasrou (DVD), mais le tribunal administratif vient d'annuler le scrutin. Ali Rabeh a fait appel de la décision. 

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