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Sports extrêmes : à la rencontre des base-jumpers du viaduc de Millau

Society est parti à la rencontre d'adeptes français du base-jump, sport extrême consistant à sauter en parachute depuis de falaises, d'immeubles ou de ponts, comme le viaduc de Millau.

Deux base-jumpers sautant de 300 mètres de haut, au-dessus de la ville de Kuala Lumpur, le 27 septembre 2013 (illustration)
Deux base-jumpers sautant de 300 mètres de haut, au-dessus de la ville de Kuala Lumpur, le 27 septembre 2013 (illustration)
Crédit : AFP / MOHD RASFAN
Sports extrêmes : à la rencontre des base-jumpers du viaduc de Millau
03:17
Sports extrêmes : à la rencontre des base-jumpers du viaduc de Millau
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Isabelle Choquet
Isabelle Choquet
Animateur

Ce mercredi, le grand saut dans le vide avec les adeptes du base-jump. Une communauté que l’on découvre dans le dernier Society. Leur Graal, c’est sauter le viaduc de Millau, dans l'Aveyron. Pendant quelques années, il a été le pont le plus haut sur terre. 

Ce n'est plus vrai, mais il reste “le plus beau de tous” pour Fify, 51 ans. Il a plus de 500 sauts du viaduc derrière lui, c’est le record. Pour les base-jumpers du monde entier, c’est l’objet à sauter au moins une fois dans sa vie", dit-il. "Il est mythique. Il est aussi très 'safe' (sûr), avec un atterrissage trois étoiles, et il est parfait pour s’entraîner"

Ils sont 12 gars en tout, serrés dans un camion, avec leurs parachutes. Avant d’y aller, la troupe se serre pour une photo de famille. Ils se marrent. “Et dans deux ans, on la regarde pour voir qui est encore vivant ?”

243 mètres de vide

Ce jour-là, ils ont décidé de sauter P3, c'est-à-dire la troisième pile du pont dans le sens nord-sud. Anthony roule aussi naturellement que possible, car les seize caméras du viaduc voient tout. Et puis soudain, il allume les feux de détresse, il se colle sur la bande d’arrêt d’urgence. Gillian déverrouille la porte, et tout le monde se jette sur les brise-vent pour se lancer dans l’escalade du Plexiglas, c'est presque le plus dur. 

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Ensuite, le vide est à eux : 243 mètres. Pendant quelques secondes, ils volent. Ouvrent le parachute, à six secondes max, sinon tu es dans le sol. Et puis voilà, c’est fini, il faut plier sa toile façon origami, bien soigneusement, pour recommencer le lendemain, se refaire un “big”, le surnom du viaduc. 

“J’ai construit ma vie autour du base-jump"

“J’ai construit ma vie autour du base-jump", dit Gillian. "Je saute tout le temps. C’est une forme de routine ou d’addiction. Parfois, j’ai un peu l’impression que je pars sauter comme l’alcoolique qui va prendre un verre au bar, tout seul”. Dopé à l'adrénaline...

Deedee le tatoueur, par exemple, se déplace en équilibre sur les rambardes comme s’il marchait sur le bord d’un trottoir. Parfois, il monte à 5h au viaduc pour commencer sa journée entre ciel et terre. “C’est pas facile de rester pour voir tout le lever de soleil parce que c'est à ce moment-là que les patrouilleurs d’Eiffage commencent leur service". 

Car pour pratiquer, il ne faut pas avoir peur du gendarme. Ou alors en être un. Momo a sauté du troisième étage de la tour Eiffel un matin de juillet, très tôt. Et puis quelques heures plus tard, il a repris son poste de soldat du plan Vigipirate au pied du monument, l’air de rien.

Un "cache-cache avec la police"

“L’urbain, c’est magnifique", dit-il. "Il y a le cache-cache avec la police, bien sûr, mais aussi les combines pour crocheter les portes, les opérations de reconnaissance en journée. C’est cette clandestinité qui fait monter l’adrénaline. Et le saut à la fin, c’est juste la cerise sur le gâteau”. 

Parfois, pour accéder aux sommets de certains immeubles prestigieux, les base-jumpers passent des jours et des nuits à travailler sur leurs plans, tels de grands braqueurs. “Mais si tu n’arrives pas à ouvrir un cadenas, et bien tu ne passes pas. C’est la règle. On a une éthique, on ne casse pas.”, assure-t-il. 

"Tout ce qu’on fait est très calculé"

Malgré tout, l’activité n’a pas spécialement bonne presse. Pour beaucoup cela reste un hobby quasi suicidaire pratiqué par des fêlés. “Mais on est des gens réfléchis", dit Fify. "Tout ce qu’on fait est très calculé. On a de l’excellent matériel, des lasers pour mesurer le vide, et on s’entraîne.”

Il n’empêche, le risque est là. “Quand j’ai commencé, mon mentor m’a gavé de vidéos de crash pour que je prenne bien conscience des risques", raconte-t-il. "J’étais prêt. Mais ce à quoi je n’avais pas pensé, c’est tous les copains que j’allais perdre. Aujourd'hui je ne vais plus aux enterrements, c’est trop lourd” À ce jour, la Base Fatality list, qui recense les accidents mortels de base-jumpers à travers le monde, comptabilise 402 noms. 

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