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Sécurité sociale : faut-il dérembourser certains médicaments ?

INVITÉS RTL - Philippe Even, professeur honoraire de l’hôpital Necker et coauteur du "Guide des 4000 médicaments utiles, inutiles ou dangereux" (éditions du Cherche Midi) et Patrick Errard, président de la Fédération française des entreprises du médicament (LEEM).

Pour le professeur Philippe Even, il ne faut pas définir le remboursement d'un médicament à partir de la gravité de la maladie
Pour le professeur Philippe Even, il ne faut pas définir le remboursement d'un médicament à partir de la gravité de la maladie
Crédit : GILE MICHEL/SIPA
Sécurité sociale : faut-il dérembourser certains médicaments ?
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Yves Calvi & Philippe Peyre

C'est d'ores et déjà un des thèmes de la campagne présidentielle : l'état de la Sécurité sociale. Peut-on encore rembourser les médicaments et les soins les moins efficaces ? Le fait de dérembourser certains médicaments représente-t-il une mise en péril de la santé des patients ? "Ça peut l'être et tel que cela a été présenté initialement, ça n'a aucun sens", tranche Philippe Even, professeur honoraire de l’hôpital Necker et coauteur du Guide des 4000 médicaments utiles, inutiles ou dangereux (éditions du Cherche Midi). 

Le professeur réfute l'idée selon laquelle on distinguerait des maladies qui seraient graves de maladies qui le seraient moins : "Il y a des malades qui souffrent ou qui croient souffrir, mais c'est la même chose. Il y a des maladies qui ne sont pas graves mais qui font souffrir trente ans et des maladies graves qui tuent en une minute", martèle Philippe Even. Autrement dit, pour le professeur, il ne faut pas définir le remboursement d'un médicament à partir de la gravité de la maladie : "Il faut décider à partir de l'efficacité et la pertinence de l'indication car un médicament peut être efficace mais servir à rien chez certains malades et ça conduit à des sur-traitements gigantesques". Ce sont justement ces "sur-traitements" qu'il faut combattre selon le professeur Philippe Even : "Je pense que c'est là-dessus qu'il y a beaucoup d'économies à faire et elles devraient être réinjectées dans les priorités de santé : l'hôpital, les médecins et la recherche aux côtés de l'industrie pharmaceutique".

D'emblée, Patrick Errard, président de la Fédération française des entreprises du médicament (LEEM), s'aligne sur la pensée de Philippe Even : "J'ajouterai que le sujet qui est important c'est de faire en sorte que les soins soient bien utilisés en France, c'est la meilleure façon d'améliorer notre système de soin", estime-t-il. "Un médicament n’est pas bon ou mauvais, il peut devenir mauvais s'il est mal utilisé et inversement. Tout effet thérapeutique s'accompagne d'un bénéfice et d'un risque, c'est le rapport entre ce bénéfice et ce risque qui fait que l'on doit ou pas prendre en charge ces produits dans le panier de soin", indique le président du LEEM. 

L'indépendance de la Haute Autorité de Santé (HAS) en question

À partir de quels critères peut-on faire la distinction entre médicaments remboursables et non remboursables ? "C'est la Haute Autorité de Santé qui est chargée de cela en examinant chaque dossier de médicament et en lui attribuant deux indicateurs : le service médical rendu, qui fixe le taux de remboursement, et l'amélioration du service médical rendu, qui définit le prix", souligne Patrick Errard. 

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"Je ne suis pas d'accord sur ce point", rétorque Philippe Even, "c'est la HAS qui ne remplit pas ses missions et ce, faute d'organisation, de compétences de tous les membres et surtout, d'indépendance de ces membres". Le professeur fait en effet référence à d'éventuels conflits d'intérêts au sein de l'autorité sanitaire dont le président de la commission d'évaluation des médicaments aurait été lié par des contrats d'ordre financiers avec l'industrie pharmaceutique et ce, pendant une quinzaine d'années. 

Décentraliser le système de santé

Si le candidat de la droite, François Fillon, a proposé la création d'une agence de régulation qui se situerait au dessus de l'Assurance maladie et des organismes complémentaires, Patrick Errard se montre sceptique face à cette proposition : "Je ne suis pas certain que la réponse est de créer un mille-feuilles étatique. Je suis un fervent partisan de la décentralisation du système de soin, il faut faire confiance aux régions pour se réformer intelligemment dans le système de soin". Une vision que rejoint Philippe Even : "La grande loi, c'est la loi Bachelot, c'est la régionalisation de la santé", estime le professeur. "Les problèmes ne sont pas les mêmes dans les Ardennes que dans le golf de Gascogne...". 

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