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Précarité menstruelle : le gouvernement débloque 4 millions d'euros en plus

RÉACTIONS - Les associations de lutte contre la précarité menstruelle saluent la décision, mais restent vigilantes sur l'allocation des fonds.

Des protections périodiques (illustration)
Des protections périodiques (illustration) Crédit : iStock
Coline Daclin Journaliste

Emmanuel Macron avait brièvement évoqué le sujet lors de son interview sur Brut le 4 décembre dernier. Le gouvernement souhaite agir contre la précarité menstruelle, la difficulté pour certaines femmes à se procurer des protections périodiques par manque de ressources financières. Pour ce faire, le ministre de la Santé Olivier Véran et la ministre déléguée en charge de l’Égalité entre les femmes et les hommes, Elisabeth Moreno, ont annoncé mardi 15 décembre une augmentation du budget alloué à la lutte contre le phénomène.

Ce ne sera donc pas un million d'euros que le gouvernement consacrera à ce sujet, comme annoncé en mai par Marlène Schiappa, mais cinq millions d'euros

"Nous sommes contentes de voir que ce sujet qu'on a amené dans le débat public il y a cinq ans est enfin pris au sérieux", commente auprès de RTL.fr Ophélie Latil, fondatrice de Georgette Sand. Le collectif féministe fait du lobbying sur le sujet depuis plusieurs années auprès des ministères, et a salué dans un communiqué la décision du gouvernement. 

Développer des dispositifs en place

Ce budget servira à développer "les dispositifs mis en place en 2020 à l'attention des femmes incarcérées ainsi que des femmes et des filles en situation de précarité et de très grande précarité [...] ou dans les collèges et les lycées en éducation prioritaire". En pratique, il s'agit par exemple des initiatives de l'académie de Lille pour proposer des protections périodiques gratuites au collège et au lycée dans certaines zones, des distributions de protections périodiques lors des maraudes de la Croix-Rouge ou de l'Armée du Salut, ou encore des mesures de collecte auprès du grand public et des fabricants. 

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"C'est un très bon début", déclare auprès de RTL.fr Tara Heuzé-Sarmini, fondatrice de l'association Règles Élémentaires, tandis que Louise Claverie, co-fondatrice de Menstruation and You (M.A.Y) salue "un premier pas" contre la précarité menstruelle. Les activistes attendent de voir comment vont être concrètement utilisés les fonds. 

Dans son communiqué, le gouvernement promet notamment de continuer à soutenir Règles Elémentaires, qui lutte contre la précarité menstruelle notamment grâce à des distributions pour les femmes dans le besoin. "Nous sommes ravies de cette décision", assure Tara Heuzé-Sarmini. "Avec la crise sanitaire, les sollicitations augmentent et on est à moyens constants. On espère que ce soutien du gouvernement nous permettra de développer nos ateliers de sensibilisation autour des règles", indique la militante, qui souligne l'importance d'éduquer les jeunes sur le sujet.

Le collectif Georgette Sand assure aussi avoir été sollicité par de nombreuses collectivités locales pour intervenir sur le sujet, et compte demander au gouvernement des financements pour ces actions. 

Les associations vigilantes

Les trois associations promettent d'être vigilantes sur l'allocation des cinq millions d'euros. "Il faut qu'ils soient mobilisés de manière intelligente, et pas pour acheter des protections périodiques à prix fort aux distributeurs, ou au détriment de la qualité", signale Tara Heuzé-Sarmini. "Les dons ou les appels d'offres doivent être conditionnés à une liste très exhaustive de la composition des protections", souligne pour sa part Ophélie Latil. De nombreuses associations réclament en effet depuis plusieurs années aux industriels de fournir la composition de leurs produits. En 2018, l'Agence de sécurité sanitaire (Anses) avait d'ailleurs épinglé les fabricants sur les produits chimiques contenus dans les serviettes et tampons. 

À travers ce nouveau budget contre la précarité menstruelle, Olivier Véran et Elisabeth Moreno assurent vouloir faire tomber "un tabou". "Les règles ne sont pas un sujet de honte. La précarité menstruelle, si", indique le ministre de la Santé. 

"Ce sont nos éléments de langage", souffle à RTL.fr Ophélie Latil. Elle craint toutefois un possible "effet d'aubaine" de la part du gouvernement, alors que l'Ecosse a voté le 24 novembre dernier un texte, plébiscité par de nombreuses associations féministes françaises, qui doit permettre à toutes les Ecossaises d'obtenir des protections périodiques gratuitement. Elle estime qu'il faudrait "plusieurs dizaines de millions d'euros" pour aboutir à une politique complète de lutte contre la précarité menstruelle.

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