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Précarité menstruelle : 10% des étudiants ont déjà fabriqué leurs propres protections faute d'argent

Un rapport de la FAGE publié lundi 8 février met en lumière la précarité menstruelle chez les étudiants : un tiers d'entre eux estiment avoir besoin d'une aide pour financer leurs protections périodiques.

Les règles, un tabou sociétal qu'il est important de faire tomber
Les règles, un tabou sociétal qu'il est important de faire tomber
Crédit : Erol Ahmed
Marie Zafimehy

Files interminables devant les restaurants universitaires, appels à l'aide sur les réseaux sociaux, foule aux distributions de repas solidaires... En pleine pandémie, la précarité des étudiants s'accroît et montre l'ampleur de ses dégâts. Et ce, jusque dans l'intimité des concernés : une enquête menée par la FAGE (Fédération des associations générales étudiantes) met en lumière la précarité menstruelle dans laquelle se trouvent un grand nombre d'entre eux. Sur les plus de 6.000 étudiants interrogés, 13% déclarent ainsi avoir déjà dû, faute de moyens, choisir entre acheter des protections périodiques et un produit de première nécessité.

"Ces résultats nous ont coupé le souffle, réagit Anna Prado De Oliveira, vice-président de la FAGE auprès de RTL.fr. Cela nous a horrifiés de savoir que des jeunes de notre âge devaient choisir entre manger et vivre dignement à un certain moment du mois." 

Une situation de précarité aggravée par la crise du coronavirus : depuis la rentrée, la FAGE  a observé une augmentation de la fréquentation de ses épiceries solidaires, qui vendent des produits, dont des protections hygiéniques, à moins de 20% de leur prix en grande surface. Ce constat associé à une médiatisation accrue du problème de la précarité menstruelle a d'autant plus encouragé la FAGE à mener cette enquête auprès des étudiants.

Des prix peu abordables

Au total en France, l'association Règles élémentaires estime à 1,7 millions le nombre de personnes en situation de précarité menstruelle. Dans le cas des étudiants, révèle la FAGE dans son enquête, la charge financière des protections périodiques leur revient personnellement dans 55% des cas et la dépense moyenne pour celles-ci s'élève entre 5 et 10 euros pour 46% d'entre eux.

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Faute de moyens, 10% des étudiants interrogés expliquent avoir déjà fabriqué leurs propres protections hygiéniques, et 5% déclarent utiliser du papier toilette. "On a eu des personnes nous racontant qu'elles utilisaient des torchons, des produits absorbants ou qu'elles cousaient du coton dans des draps en guise de protections hygiéniques", explique Anna Prado De Oliveira. D'autres sont amenées à garder leurs tampons plus longtemps pour les économiser, ce qui favorise les risques chocs toxiques. Une conséquence sanitaire qui conduit la FAGE à réclamer en plus de "prix accessibles", la transparence des marques de protections périodiques sur leurs compositions.

On pourrait imaginer une allocation menstruelle

Anna Prado De Oliveira

En 2018, la taxe sur les protections hygiéniques a été abaissée de 20 à 5,5% les considérant comme produits de première nécessité. Un premier pas, loin d'être suffisant. Car en plus du coût direct des protections périodiques, s'ajoutent des coûts indirects comme les rendez-vous médicaux liés aux règles, l'achat d'antidouleurs pour apaiser les maux de ventre et de tête, ou encore l'achat de draps et de vêtements pour remplacer ceux qui peuvent être tâchés par le sang menstruel.

Pour couvrir tous ces coûts, la FAGE souhaite que les étudiants bénéficient de meilleures aides financières. "On pourrait imaginer une allocation menstruelle", suggère Anna Prado De Oliveira. Plus largement, la FAGE milite pour une refonte des aides sociale à destination des étudiants, un public précaire trop souvent oublié des politiques publiques. 

Un tabou sociétal

En 2020, l'Écosse est devenu le premier pays a rendre les protections hygiéniques gratuites pour toutes et tous, investissant l'équivalent de 9,7 millions d'euros. La même année, le gouvernement français a annoncé débloquer 5 millions d'euros pour lutter contre la précarité menstruelle. "Si on compare les montants, en prenant en compte le nombre d'habitants concernés, on voit bien qu'on est loin du compte ici", ironise Anna Prado De Oliveira. 

Par ailleurs, les premiers publics concernés en France sont les femmes précaires (sans-abris ou en milieu carcéral), les collégiens et les lycéens, mais pas les étudiants. "Certaines universités ont mis en place des distributeurs de protections gratuites [à Rennes ou à la Sorbonne par exemple, NDLR] mais c'est encore trop disparate", explique Anna Prado De Oliveira. Et lorsque ces distributeurs existent, ils ne sont pas toujours bien exposés et accessibles. "Il faut les mettre là où il y a du passage", insiste le vice-président de la FAGE.

Ce tabou, pouvant créant une véritable, honte vient fragiliser l'image de soi

Enquête de la FAGE sur la précarité menstruelle

Problème : les règles sont encore un sujet tabou qu'il faut cacher. Ainsi, 10% des étudiants interrogés dans l'enquête déclarent avoir déjà manqué le travail ou les cours par peur des fuites et que leurs règles soient vues. "Ce tabou, pouvant créer une véritable honte, vient fragiliser l’image de soi, et peut avoir de véritables conséquences sur la vie des individus ayant leur règles", écrit la FAGE. 

Face à cela, elle préconise davantage de sensibilisation au sujet que ce soit à l'université, au collège ou au lycée. Et ce, non seulement autour de la biologie, mais aussi de la sociologie "pour comprendre ce qui se passe socialement quand on a ses règles", précise Anna Prado De Oliveira. Dans certaines cultures, cite la FAGE, les personnes menstruées sont exclues de leur communauté pendant la période des règles et partout les mythes et le tabou perdurent... jusqu'à user de périphrases douteuses ("Ragnagna", "les Anglais qui débarquent"...) pour éviter d'appeler les règles par leur nom

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