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Pénurie de carburants : à quoi faut-il s'attendre ces prochains jours ?

ÉCLAIRAGE - La mobilisation contre la loi Travail prend de l'ampleur. Cinq raffineries sont à l'arrêt ou en cours d'arrêt. La pénurie de carburant concerne désormais 1.500 stations-service.

La CFDT entre dans le conflit qui oppose les routiers au patronat (illustration)
La CFDT entre dans le conflit qui oppose les routiers au patronat (illustration)
Crédit : DAMIEN MEYER / AFP
Ludovic Galtier
Ludovic Galtier

La France va-t-elle être victime d'une importante pénurie de carburant ? Alors que la mobilisation contre la loi Travail, adoptée par 49.3 le 12 mai dernier, n'a jamais été aussi intense, plus de 1.500 stations-essence ne sont plus ou seulement partiellement ravitaillées en carburant par les chauffeurs routiers ce lundi 23 mai. Ces derniers, inquiets pour la rémunération de leurs heures supplémentaires, ont rejoint les rangs de la contestation le 16 mai.

Le texte de Myriam El Khomri prévoit, en effet, que les modalités de majoration des heures supplémentaires seront fixées par accord d’entreprise, qui prennent le dessus sur l'accord de branche, sans pouvoir être inférieures à 10%. Les taux légaux de 25 et 50% ne s’appliqueraient qu’à défaut d’accord. Bien qu'Alain Vidalies, secrétaire d'État aux Transports, a stipulé, au micro de RTL, que "le régime spécial dont ils bénéficiaient depuis 1983 ne serait pas impacté par la mise en oeuvre de la nouvelle loi", les chauffeurs routiers, comme la CGT de Philippe Martinez et Force ouvrière demandent le retrait pur et simple de ce texte contesté depuis près de trois mois dans la rue et par le mouvement Nuit Debout. Combien de temps le mouvement des chauffeurs peut-il perturber l'approvisionnement en carburant des stations-service ? A-t-on les moyens d'éviter la pénurie totale ? Et quelles seront les conséquences concrètes de cette grève ?

Le mouvement peut-il s'inscrire dans la durée ?

Au micro de RTL, Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT, pointait du doigt d'autres problèmes que la rémunération des heures supplémentaires chez les routiers comme "le comptage des heures de nuit". Il a d'ores et déjà annoncé que le mouvement s'inscrirait dans la durée. De son côté, Patrice Clos, secrétaire général de Force ouvrière Transports, qui était jusque-là aux côtés de la CGT, souhaite provisoirement au moins cesser les blocages même s'il reste opposé à la loi Travail. "FO Transports n'est pas dans l'action puisqu'on a demandé à nos syndicats de lever les barrages vendredi à midi (20 mai, ndlr)", assure-t-il sur RTL. FO Transports rejoindra de nouveau la CGT si le Congrès de la Fédération, qui se déroulera du 25 au 27 mai au Cannet valide le principe.

D'autre part, depuis le 18 mai, la CGT et Sud reconduisent chaque mercredi et jeudi leur mouvement de grève à la SNCF. L'objectif est de continuer à peser sur les conditions de travail des cheminots. L'état du trafic ferroviaire pour ces deux journées devrait être connu dans la soirée du 23 mai. La situation devrait sans doute se compliquer dans les transports franciliens. La CGT RATP appelle à une grève illimitée à partir du 2 juin. 

Les ports tournent, eux aussi, au ralenti. Dans Le Monde, Tony Hautbois, secrétaire général de la Fédération des ports et docks a prévenu : "L’activité sera à zéro dans la plupart des ports". Le quatrième port français, Nantes-Saint-Nazaire, a reconduit son mouvement jusqu'au lundi 30 mai. Le point d'orgue de cette semaine sociale sera atteint jeudi 26 maiUne huitième journée de mobilisation se déroulera dans les grandes villes de France. Dans le même esprit, une manifestation nationale est déjà programmée à Paris, le 14 juin.

Cinq raffineries sont à l'arrêt ou en cours d'arrêt

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La grève des chauffeurs routiers a débuté le 16 mai à 22h. Ce soir-là, ils ont mené des opérations escargot et bloqué des centrales d'achat, des ports ou encore des raffineries. Dans le même temps, les syndicats CGT du pétrole mettaient en garde contre l'arrêt des huit raffineries françaises. Pour l'heure, cinq raffineries sur huit sont en grève dont celles de Gonfreville-l'Orcher en Seine-Maritime, Donges en Loire-Atlantique et Feyzin dans le Rhône, trois sont bloquées. La CGT maintient la pression puisqu'une sixième pourrait tourner au ralenti. Remettre en marche une raffinerie qui a été arrêtée peut prendre plusieurs jours.

Face à l'amplification du mouvement, les préfectures d'Ille-et-Vilaine, des Côtes-d'Armor, du Finistère, de l'Orne, de Loire-Atlantique, de Vendée, de Mayenne ou encore de l'Eure ont pris des arrêtés limitant à 20 ou 30 litres le volume maximal de carburant pour les véhicules et à 40 ou 150 litres pour les poids lourds. Le stockage de carburant dans des bidons a été interdit en Seine-Maritime, dans le Calvados, le Nord, la Somme et le Pas-de-Calais.

17,4 millions de tonnes de pétrole brut disponibles dans les stocks stratégiques

Pour Alain Vidalies et le gouvernement, la pénurie de carburant est une illusion : "Il y a les stocks stratégiques auxquels nous n'avons pas touché pour l'instant. Ils permettent à la France d'avoir plusieurs semaines de consommation devant elle. Il n'y a pas de risque de pénurie pour la semaine prochaine." 

En cas de poursuite des blocages, le gouvernement aurait tout prévu. Selon le quotidien Le Monde, il serait possible de "s'adresser à une autre raffinerie, ou faire plus appel à l'importation", comme l'indique Frédéric Plan, le délégué général de la Fédération française des combustibles. D'après l'Union des importateurs indépendants pétroliers, "les autres sites pourraient donc augmenter de 10% leur débit pour compenser l'arrêt de Total et augmenter de 2 à 5 points les importations de carburants."

La dernière pénurie de carburant remonte en France à 1968. Selon le quotidien Le Monde, la France pourrait recourir à ses stocks stratégiques, qui n'ont toujours pas été entamés, si la situation l'exigeait. 17,4 millions de tonnes de pétrole brut et de produits pétroliers sont disponibles, ce qui correspond à 98,5 jours de consommation. Le quotidien explique qu"en cas de recours à une telle mesure, la France devrait se coordonner avec l'Union européenne et l'Agence internationale de l'énergie (AIE). Fondée pour faire face au choc pétrolier de 1973 et aux perturbations graves des approvisionnements en pétrole, cette dernière gère et coordonne ces stocks pour les 28 pays membres de l'UE. Chaque État a pour obligation d'entretenir trois mois de stock (98 jours).

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