3 min de lecture Marseille

À Marseille, le sentiment d'impuissance des policiers perdure

Face au deal et aux armes, les policiers de la cité phocéenne luttent contre un sentiment d'impuissance. Et les récents événements survenus à Marseille ne font qu'alimenter cela.

Une vue des quartiers nord de Marseille
Une vue des quartiers nord de Marseille Crédit : AFP / Archives, Gérard Julien
ClaireGaveau
Claire Gaveau
et AFP

"On passe pour des guignols". Une phrase forte pour illustrer l'actuel sentiment des policiers marseillais. Malgré les centaines d'arrestations et les trafics démantelés, l'irruption lundi 21 mai d'un commando armé dans une cité, à la barbe des policiers, alimente chez certains fonctionnaires un sentiment d'impuissance face au deal.

Dans la nuit de vendredi à samedi, un probable nouveau règlement de comptes a fait deux victimes dans le quartier de l'Estaque. Au total, onze hommes ont été tués dans ce type de crimes dans la cité phocéenne et sa région depuis le début de l'année, contre 14 en 2017 et 29 en 2016. "J'aime mon métier et je suis fier quand j'arrive à arrêter des trafiquants, même si je ne me fais pas d'illusion : je sais qu'à peine un réseau démantelé, un autre prend sa place", résume un policier de patrouille de nuit, interrogé avant ce nouveau règlement de comptes.

Le buzz autour de la vidéo de la fusillade de lundi cité de la Busserine, captée par un témoin, a renforcé ce sentiment. Le commando n'a pas fait de blessé mais a pu s'enfuir à bord de puissantes berlines après avoir mis en joue des policiers.

À lire aussi
Le Vieux-Port à Marseille, le 21 avril 2017 bouches-du-rhône
Marseille : un homme blessé par balle et poignardé sur le Vieux-Port

Il faut que "la peur change de camp"

Pour le fonctionnaire, si le trafic repousse toujours là où la justice est passée, c'est que "la réponse pénale n'est pas à la hauteur". "Pour éviter d'être démotivé, je ne regarde pas les condamnations (...). Il faudrait que ces personnes prennent 25 ans de prison au lieu de trois et que la peur change de camp".

Certains ne voient l'incarcération, que comme un accident du travail

Un enquêteur spécialisé
Partager la citation

Même son de cloche du côté des enquêteurs spécialisés dans la lutte contre les "gros poissons" du deal à Marseille, ces bandes armées qui n'hésitent pas à s'entretuer pour le contrôle d'un point de vente. "On peut s'interroger sur le degré de sévérité de la justice", soulève l'un d'eux. Et de poursuivre : "Il y a de gros enjeux financiers et certains ne voient l'incarcération, pas toujours très longue, que comme un accident du travail".

Quant au commando de la Busserine, malgré les images impressionnantes, la police marseillaise "en a vu d'autres". "On est organisés, et on est prêts. Plus de 50% des règlements de comptes sont élucidés. Du côté des services d'enquête, on a le personnel et le matériel", souligne ce responsable.

19 réseaux démantelés en 2018

Depuis le début de l'année à Marseille 61 personnes ont été écrouées et 19 réseaux démantelés, selon la préfecture de police. La fusillade, qui a donné lieu à une avalanche de réactions politiques, a en tout cas apporté de l'eau au moulin des syndicalistes policiers, qui dénoncent un manque de moyens. "Y a pas match avec ce genre d'individus, ils sont en Ligue des champions et nous en L2. Ils arrivent avec des véhicules surpuissants, des armes de guerre, face à eux on ne peut pas lutter", commente Rudy Manna, délégué départemental du syndicat Alliance. 

Y a pas match, ils sont en Ligue des champions et nous en L2

Délégué du syndicat Alliance
Partager la citation

"Depuis quatre à cinq ans on sent que les malfaiteurs montent en gamme et que nous on stagne ou on régresse", poursuit Rudy Manna, selon qui l'une des voitures des policiers mis en joue à la Busserine affichait 179.000 km au compteur. "Ce ne sont pas les 60 policiers supplémentaires annoncés par le ministre de l'Intérieur qui feront la différence" pour juguler le trafic de drogue qui gangrène les quartiers Nord, estime-t-il.

Si les policiers veulent bien apporter "leur pierre à l'édifice", la lutte contre les réseaux "ne peut pas reposer sur leurs seules épaules", abonde de son côté Bruno Bartocetti, responsable régional du syndicat SGP Police FO. Il pointe "l'abandon" par les politiques de cités où chaque trafic peut générer "entre 30.000 et 60.000 euros par jour", selon lui. "La justice doit apporter des réponses fermes, mais quand on voit qu'ils n'ont pas peur de mourir jeunes (...) on peut s'interroger", observe le syndicaliste qui appelle les politiques à "plus de courage face à un problème sociétal lourd". 

La rédaction vous recommande
Lire la suite
Marseille Société Police
Restez informé
Commentaires

Afin d'assurer la sécurité et la qualité de ce site, nous vous demandons de vous identifier pour laisser vos commentaires. Cette inscription sera valable sur le site RTL.fr.

Connectez-vous Inscrivez-vous

500 caractères restants

fermer
Signaler un abus
Signaler le commentaire suivant comme abusif
500 caractères restants
article
7793540315
À Marseille, le sentiment d'impuissance des policiers perdure
À Marseille, le sentiment d'impuissance des policiers perdure
Face au deal et aux armes, les policiers de la cité phocéenne luttent contre un sentiment d'impuissance. Et les récents événements survenus à Marseille ne font qu'alimenter cela.
https://www.rtl.fr/actu/debats-societe/marseille-le-sentiment-d-impuissance-des-policiers-perdure-7793540315
2018-05-26 13:28:32
https://cdn-media.rtl.fr/cache/0jrd6OXbFWuUtzZ526DYIg/330v220-2/online/image/2018/0526/7793540512_une-vue-des-quartiers-nord-de-marseille.jpg