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Marché Vélib' attribué à Smoove : ce qui va changer pour les Parisiens

ÉCLAIRAGE - Le marché des Vélib, confié au groupe JCDecaux depuis sa création, a été attribué à Smoove à compter de 2018.

Des Vélib dans le centre de Paris, le 14 mars 2014
Des Vélib dans le centre de Paris, le 14 mars 2014 Crédit : AFP / KENZO TRIBOUILLARD
Félix Roudaut
Félix Roudaut
et AFP

La fin d'un cycle. Au même titre que les kiosques à journaux ou les bouches de métro, les stations Vélib' abritant de robustes vélos gris font partie du décors parisien. Depuis près de dix ans, les Franciliens ont pris plaisir à sillonner les rues de la capitale au guidon de ces bicyclettes estampillées JCDecaux. Mais ce mercredi 12 avril, une page se tourne. Le géant français de l'affichage publicitaire fondé par Jean-Claude Decaux vient de perdre le marché des vélos en libre service au profit de Smoovengo pour la période 2018-2032. Le consortium franco-espagnol fait ainsi main basse sur un juteux marché de 600 millions d'euros toutes taxes comprises, selon le syndicat mixte Autolib' et Vélib'.

La délibération a été approuvée à une majorité "écrasante", a précisé la présidente du syndicat mixte Marie-Pierre de la Gontrie, lors d'un point de presse à l'hôtel de ville de Paris. JCDecaux, qui était associé à la SNCF et la RATP, n'a eu de cesse depuis de critiquer cette décision et la proposition de son concurrent, et a annoncé mardi 11 avril avoir déposé un recours en référé auprès du tribunal administratif de Paris pour contester l'attribution du marché à Smoovengo. Toujours est-il que ce passage de relais douloureux constitue un véritable séisme urbain qui risque fort de bouleverser les habitudes des Parisiens.

Des vélos plus légers, parfois électriques

Créée en 2008 près de Montpellier, la société Smoove était donnée favorite pour le marché parisien des vélos depuis le début de l'appel d'offres. Déjà implantée dans 26 villes en France et à l'étranger dont Avignon, Grenoble, Montpellier ou Helsinki, la start-up fondée par trois frères passionnés de vélo vante ses bicyclettes robustes, mais légères, aux design variables selon les villes. Élargi à la Métropole du Grand Paris, le nouveau marché proposera également un tiers de vélos électriques.

Concernant les stations, la fiche technique mentionne un objectif de 50% de remplacement au 1er janvier 2018 et de 100% le 31 mars suivant.

Des tarifs à la hausse ?

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Mais toutes ces nouveauté ont un prix. D'après nos confrères du Parisien, le tarif des abonnements pourrait subir une hausse de 35%. Sous l'ère JCDecaux, le forfait annuel pour grimper sur la selle d'un Vélib s'élevait à 29 euros, avec la première demi-heure gratuite. Sous le règne de Smoove, pédaler pourrait coûter jusqu'à 49 euros, prix du tarif Premium, avec les quarante-cinq premières minutes gratuites. Et pour monter sur la selle d'un vélo électrique en toute sérénité, il sera possible de souscrire à la formule vélo à assistance électrique pour 99 euros.

Les technologies embarquées sur les bicyclettes et l'apparition de modèles électriques ne sont pas les seuls facteurs qui expliquent cette hausse conséquente des abonnements. Le quotidien francilien rapporte en effet que Smoove est pourvu d'un modèle économique différent de son prédécesseur. Alors que JCDecaux misait sur les "recettes d'affichage et de mobilier urbain de la Ville de Paris", Smoove préfère investir dans les stations, les équipements et les systèmes informatiques en contrepartie d'un "forfait de plusieurs millions d'euros par ans" versés par le syndicat mixte. Ce dernier espère se financer par des aides des communes et des sommes payées par les usagers.

La Mairie de Paris a aussitôt démenti cette rumeur de hausse, arguant que cette grille tarifaire, présente dans le cahier des charges, avait pour but de "permettre aux différents candidats (de l'appel d'offre, ndlr) de se positionner sur le modèle économique et de comparer leurs offres sur une base commune". Malgré ses précisions, Le Parisien a annoncé maintenir ses informations.

Une transition dans la douleur

Le passage de flambeau entre les deux firmes se fait dans la douleur. Le groupement JCDecaux/SNCF/RATP, voyant que le marché lui échappait, avait déposé mardi 11 avril un recours en référé auprès du tribunal administratif de Paris. La signature du contrat, bien qu'entérinée par le vote de mercredi 12 avril, est donc suspendue à la décision de la juridiction administrative. Une décision qui pourrait intervenir dans un délai maximum de 20 jours, selon Marie-Pierre de la Gontrie.

La semaine passée, une centaine des salariés de Cyclocity, filiale de JCDecaux, avaient manifesté devant la Mairie de Paris pour que toutes les parties prenantes au renouvellement du marché s'engagent à garder, ou à inciter à garder, l'effectif actuel de 315 personnes. Marie-Pierre de la Gontrie a qualifié de "totalement légitime" l'inquiétude de ces salariés, mais souligné que l'échéance du contrat au 31 décembre 2017 était "connue du groupe Decaux et que Cyclocity étant membre d'un groupe qui a plus de 10.000 salariés, le groupe Decaux aura à cœur de faire en sorte que ces salariés puissent poursuivre leur contrat de travail".

Toutefois, Smoovengo a "déjà indiqué qu'il entendait se tourner prioritairement, évidemment, en direction des salariés" de Cyclocity pour gérer la nouvelle mouture du service, a-t-elle relevé, saluant un "état d'esprit constructif" même si juridiquement rien n'impose au vainqueur de l'appel d'offre de reprendre les employés actuels.

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