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Lille : pourquoi des professeurs de terminale sont-ils en grève ?

Le 29 juin à 18h, les professeurs de philosophie devaient rendre les copies de l’épreuve de philo. Et pourtant, certains, et notamment dans l’académie de Lille, font de la rétention de copies.

Lille : pourquoi des professeurs de terminale sont-ils en grève ?
Lille : pourquoi des professeurs de terminale sont-ils en grève ?
Crédit : MARTIN BUREAU / AFP
Céline Morin

Sur les 270 correcteurs que compte l’académie de Lille, ce ne serait pas moins de 70 à 80 enseignants correcteurs qui ont initié le 29 juin un mouvement de grève, se joignant à l'appel des syndicats, selon Hubert Sauvage professeur de philosophie au lycée Henri Darras de Liévin et membre du Snes Pas-de-Calais. Ils manifestaient déjà la veille devant le rectorat, et ils ont décidé de reconduire la grève ce 30 juin. 

L’appel à la grève a été lancé par plusieurs syndicats notamment Sud Éducation Nord, SNES-FSU et SNFOLC 59, à la suite d'une motion signée par près de 80 enseignants du Nord et du Pas-de-Calais qui faisait été de leur colère. En cause : le délai de correction trop court, mais pas que. Ils dénoncent un bac de moins en moins valorisé ainsi qu’une écoute de moins en moins présente envers le corps professoral vis-à-vis de l’Éducation nationale. 

Plusieurs mécontentements grondent parmi le corps enseignant. Et en premier lieu, le délai de correction trop court explique Hubert Sauvage (SNES-FSU), professeur au lycée Darras à Liévin, à la Voix du Nord : "Un temps normal de correction, c’est dix jours ouvrables, pour corriger chacun environ 120 copies". Ayant reçu les copies le soir du 18 juin, et devant les rendre corrigées le 29, les correcteurs réclament donc "à minima 48h de plus pour faire notre travail". Et même si dans la soirée du 19, 24h de délai supplémentaire ont été accordés, pour les syndicats, il s’agit néanmoins d’une prolongation insuffisante. 

La numérisation des copies a engendré bien des erreurs

"Tout ça parce que les algorithmes qui vont déterminer la meilleure note entre le contrôle continu et l’épreuve vont commencer à tourner le soir du 30 juin. La note finale sera donnée par un jury. Cela veut dire que ce n’est pas le correcteur de la copie qui la détermine !" s’insurge encore Hubert Sauvage. D’autant plus que la numérisation des copies a engendré bien des erreurs, notamment dans l’anonymisation de certaines copies. D’autres étaient quant à elles illisibles.

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La numérisation elle-même est un problème pour les enseignants. Cette année, pour la première fois les correcteurs devaient corriger les écrits de philosophie et de français grâce au logiciel d’aide à la correction Santorin. Mais "passer sa journée sur écran est usant" disent-ils, demandant donc un accès aux versions papier. 

Un bac et des enseignants méprisés

Mais de manière plus générale, c’est la réforme du Bac mise en place par Jean-Michel Blanquer qui est remise en cause : plus de contrôle continu, moins d’épreuves écrites, instauration d’une épreuve orale, le Grand Oral… Brice Casanova, professeur de philo dans l’académie de Poitiers, constate : "une mise en balance de la note de l'épreuve terminale et celle du contrôle continu rend notre travail de correction inutile dans la grande majorité des cas". 

Contrôle continu qui a encore récemment été renforcé par le ministre de l’Éducation qui annonçait le 20 juin la suppression des épreuves communes. "Petit à petit, la réforme Blanquer arrive à ce qu'elle voulait : un Bac extrêmement inégalitaire d'un établissement à l'autre, avec une part importante de contrôle continu et très peu d'épreuves terminales qui sont pour nous la seule garantie d'une justice et égalité de traitement entre les élèves" dénonce Vincent Perlot, professeur d'histoire géographie au lycée Paul Duez de Cambrai (Nord). Il évoque également une dévalorisation du bac s’inquiétant pour les élèves, car tout passé en contrôle continu, "ce n’est ne pas leur rendre service pour l'entrée dans le supérieur".

Les professeurs se sentent méprisés et pas écoutés par l’Éducation nationale : "On reçoit les convocations au dernier moment, c'est couac sur couac, il y a une sorte de désintérêt du bac. On ne fait rien pour que ça se passe bien" dit encore Hubert Sauvage. Et d’ajouter : "on a l'impression que le ministre voudrait qu'on ne fasse pas sérieusement notre métier". 

En attendant, les 715.000 candidats devraient recevoir leurs résultats le 6 juillet prochain à partir de 8h30

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