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"La question est plus dans l'insinuation" : le chercheur Emmanuel Carré décrypte sur RTL la polémique autour de la prononciation d''Epstein"

Invité de RTL Soir, Emmanuel Carré, chercheur en sciences de l’information, revient sur la controverse née des propos de Jean-Luc Mélenchon lors d’un meeting à Lyon, jeudi 26 février. Le leader de La France insoumise a ironisé sur la manière de prononcer le nom de Jeffrey Epstein, déclenchant de nouvelles accusations d’antisémitisme.

Jean-Luc Mélenchon, fondateur de La France insoumise (LFI), prononce un discours lors d'un meeting électoral de son candidat tête de liste aux élections municipales de Lyon en 2026, le 26 février 2026.

Crédit : OLIVIER CHASSIGNOLE / AFP

Invité de RTL Soir, Emmanuel Carré, chercheur en sciences de l'information décrypte la prononciation d'Epstein

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Vincent Parizot

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Lors de son meeting à Lyon, Jean-Luc Mélenchon a lancé ce jeudi 26 février : "L’affaire Epstein… Ah, je voulais dire 'Epstine', pardon ! Ça fait plus russe, 'Epstine'". Avant d’ajouter, devant une salle hilare : "Alors maintenant, vous direz 'Epstine' au lieu d’'Epstein', 'Frankenstine' au lieu de 'Frankenstein' (…) Eh bien voilà, tout le monde comprend comment il faut faire".

Des propos qui ont suscité de vives réactions alors que l’affaire Epstein continue de provoquer des remous aux États-Unis comme en Europe.

Interrogé sur la bonne manière de prononcer ce nom, Emmanuel Carré, invité de RTL Soir ce vendredi 27 février, appelle d’abord à la nuance. "En Allemagne, il faut dire Epstein. Aux États-Unis, Jeffrey 'Epstine' se présentait avec ce nom-là. Quand on est français, forcément, on hésite entre les deux. Et c’est là où il y a cette ligne un peu de démarcation qui fait qu’on a l’impression de devoir choisir un camp."

Pour le chercheur, la difficulté phonétique n’est pas en soi problématique. Mais le contexte change la portée des mots.

"L’insinuation est dans la phrase qui suit"

Selon lui, tout se joue dans la suite du propos. "Oui, si je peux me permettre, c’est la phrase qui suit qui était importante. Parce qu’on peut avoir une hésitation, mais là, le clin d’œil était appuyé. Jean-Luc Mélenchon est assez intelligent pour savoir que c’est un matériau inflammable."

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Il insiste sur la conclusion du leader insoumis : "La phrase qui suit, c’est 'Eh bien voilà, non, tout le monde comprend comment il faut faire'. Et là, il y a l’idée de 'Suivez mon regard, on se comprend, je me comprends, il n’y a pas besoin d’aller plus loin'. Et je pense que l’insinuation, elle est dans cette phrase plus que dans la question de la prononciation."

Pour Emmanuel Carré, la plaisanterie ne serait donc pas neutre. "C’est là où on a l’idée, le tabou antisémite. On est dans l’affaire Epstein-'Epstine', comme on voudra, avec derrière la pédocriminalité, les dossiers qui ont été déclassifiés et qui mettent en cause la famille Rothschild, Ariane de Rothschild. Donc le sous-entendu… Il apparaît en plaisantant sur les noms."

L'effet "shibboleth", un mot pour trier les camps

Dans sa tribune publiée sur les réseaux sociaux, le chercheur évoque la notion de "Shibboleth".  

Il explique : "L’effet Shibboleth, ça intéresse entre autres les littéraires, les historiens ou les spécialistes de la communication, parce que c’est une histoire qui a 3.000 ans, qui est racontée dans la Bible. Et qui dit que pour protéger la traversée du Jourdain, alors qu’il y avait une guerre entre deux tribus, on faisait prononcer ce mot 'shibboleth', qui veut dire 'épis de blé'. Et ceux qui n’avaient pas dans leur lexique phonétique le son 'ch', disaient 'sibboleth', et à ce moment-là, ils étaient exécutés."

La référence renvoie à cet épisode, devenu au fil des siècles un symbole du mot qui permet d’identifier l’appartenance à un groupe.

Quand la prononciation devient marqueur idéologique

Pour Emmanuel Carré, l’histoire regorge d’exemples similaires. "On a beaucoup de cas dans l’histoire, soit pour démasquer quelqu’un, soit pour le traiter à distance."

Il cite notamment le cas de Frits Bolkestein. "On a déjà eu, avec les Stein et Stin, une histoire avec le commissaire néerlandais qui s’appelait Bolkestein, selon la façon de le prononcer. Là, il n’y avait pas d’arrière-pensée antisémite, mais c’est celui qui, vous vous souvenez, faisait le plombier polonais, avait fait la directive pour que les plombiers polonais viennent travailler chez nous en traversant les frontières."

Il poursuit : "Ceux qui prononçaient 'Bolkestein', ils insistaient bien sur le caractère rugueux du 'Stein' de 'Frankenstein'. Et d’ailleurs, la directive s’était appelée finalement 'Directive Frankenstein' par ses opposants. Et ceux qui voulaient montrer que c’était une mesure qui était un petit peu logique et qu’elle n’était pas dangereuse, appelaient ça la directive 'Bolkenstin'."

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