1. Accueil
  2. Actu
  3. Société
  4. La hausse du prix des cigarettes est-elle vraiment dissuasive pour les fumeurs ?
3 min de lecture

La hausse du prix des cigarettes est-elle vraiment dissuasive pour les fumeurs ?

DÉCRYPTAGE - Le gouvernement a annoncé une augmentation du prix du tabac pour suivre l'inflation. Cette mesure a-t-elle déjà porté ses fruits en terme de santé publique ?

Un homme allume une cigarette (illustration).
Un homme allume une cigarette (illustration).
Crédit : AFP / KHALED DESOUKI
La hausse du prix des cigarettes est-elle vraiment dissuasive pour les fumeurs ?
00:04:24
Odile Pouget

Le paquet de cigarettes à 11 euros d'ici deux ans. C'est ce qu'a décidé le gouvernement plaidant la lutte contre le tabagisme. Il y aura une première augmentation de 50 centimes en 2023 et de 35 centimes en 2024. Pour justifier cette hausse, le gouvernement fait valoir que l'augmentation de la fiscalité intervenue de 2018 à 2020, qui a amené le paquet de 20 cigarettes à 10 euros, a été payante en termes de santé publique.

La hausse du prix du paquet de cigarettes est clairement, de l'avis de tous les spécialistes, la mesure la plus efficace pour réduire le tabagisme, même si elle n'est pas la seule. En fait, dès que le prix du paquet augmente, ceux qui fument occasionnellement vont moins souvent chez le buraliste, ceux qui fument quotidiennement tentent de se restreindre, et ceux qui ont lâché la cigarette  sont moins tentés de reprendre. 

On estime, et c'est l'OMS, l'Organisation Mondiale de la Santé, qui le dit que "quand le prix augmente de 10%, la consommation diminue de 4% dans les pays à revenus élevés".

Une hausse importante crée une sorte d'électrochoc

Pour que ça marche, il y a toutefois des conditions. Pour que le nombre de fumeurs diminue, il faut, assurent les tabacologues, que la hausse du prix du paquet soit significative, au-dessus de 50 centimes. Une hausse importante crée une sorte d'électrochoc. Ce ne sont pas, en effet, 10 à 20 centimes qui suffisent à décourager les accrocs à la nicotine. Il faut également qu'elle soit répétée, au moins 2 fois par an, et que les augmentations concernent tous les produits du tabac de la même manière, sinon les fumeurs se rabattent sur les cigarettes les moins chères ou les produits moins taxés, comme le tabac à rouler, le tabac à chauffer ou les cigarillos. C'est pour cela que le gouvernement annonce également de nouveaux barèmes fiscaux adaptés à ces produits-là. 

En France, la hausse du prix du tabac a produit des effets ces dernières années. En 2017, après 4 années de stabilité totale, le paquet était alors à 7 euros, le gouvernement a décidé de monter progressivement à 10 euros, une barre symbolique. Cap franchi en novembre 2020. Résultat, selon Selon Santé Publique France, 2 millions de français ont arrêté de fumer en l'espace de 5 ans, une prévalence en recul de 3 points. Mais la consommation reste tout de même élevée : un quart des français déclare fumer quotidiennement.

Les mesures pour le sevrage tabagique sont essentielles

Frapper les fumeurs au porte-monnaie ne suffit pas. D'où l'intérêt de toutes les mesures qui favorisent le sevrage tabagique. On pense évidemment à la cigarette électronique. Sur les 3 millions de vapoteurs aujourd'hui, plus d'un million assure qu'elle leur a permis de décrocher définitivement. Il y a aussi la prise en charge des substituts nicotiniques, patch, gomme, pastilles. Aujourd'hui, chacun de ces traitements est remboursé à 65% par l'Assurance maladie sur prescription et sans plafonnement annuel de remboursement. Cela réduit les inégalités sociales, cela permet aux plus précaires de pouvoir, arrêter de fumer. 

C'est très important, parce que les plus pauvres sont presque deux fois plus nombreux à fumer que les plus riches et ce malgré l'augmentation des prix. Chiffre frappant: les chômeurs sont près d'un sur 2 à fumer contre 3 personnes qui ont un emploi sur 10. Et pourtant, selon Santé Publique France, les fumeurs de ces catégories sociales moins favorisées sont aussi nombreux à vouloir arrêter de fumer et à tenter de le faire mais ils y arrivent moins souvent. Preuve que la lutte anti-tabac n'est pas seulement une question de prix du paquet de cigarettes.

Important aussi, l'impact des campagnes d'information. On estime par exemple que participer à l'opération, mois sans tabac, ce défi collectif  qui a lieu chaque année au mois de novembre depuis 2016, multiplie par 5 les chances d'arrêter de fumer définitivement lorsqu'on passe le cap des 30 jours.

Et c'est vrai qu'il y a urgence. Le tabac c'est 73.000 morts chaque année. Ce qui représente 12% des décès de l'hexagone. Première cause de mortalité évitable. En moyenne, un fumeur sur 2 meurt de son tabagisme. Un quart des cancers est dû au tabac, le plus connu, c'est le cancer du poumon dont 80 à 90% des cas sont liés au tabagisme actif.  Fumer est à l'origine également des maladies cardiovasculaires. Quelques cigarettes par jour seulement multiplient par trois le risque d’infarctus. Pour l'Assurance Maladie, c'est un coût direct de 20 à 26 milliards d'euros par an.

La rédaction vous recommande
À écouter aussi

L’actualité par la rédaction de RTL dans votre boîte mail.

Grâce à votre compte RTL abonnez-vous à la newsletter RTL info pour suivre toute l'actualité au quotidien

S’abonner à la Newsletter RTL Info

Commentaires

Afin d'assurer la sécurité et la qualité de ce site, nous vous demandons de vous identifier pour laisser vos commentaires.
Cette inscription sera valable sur le site RTL.fr.