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Journée mondiale des dauphins : ces 4 dangers qui les guettent

Pêche, collisions avec les bateaux, pollution sonore, réchauffement climatique... À l'occasion de la journée mondiale des dauphins, rappel des menaces qui pèsent sur ces cétacés.

Dauphins dans la mer Méditérannée
Dauphins dans la mer Méditérannée Crédit : VALERY HACHE / AFP
Coline Daclin Journaliste

Ce jeudi 23 juillet, c'est la journée mondiale des dauphins. Une journée créée en 1986 pour rappeler l'importance de préserver ces animaux, dont plusieurs espèces sont actuellement en danger. En effet, les dauphins, en tant que prédateurs, sont de bons indicateurs de la santé des mers et des océans.

On trouve des dauphins un peu partout sur la planète : ils sont présents dans tous les océans, dans la plupart des mers et dans certains grands fleuves comme l’Amazone et le Yang-Tsé. En France, on en trouve aussi bien dans la mer Méditerranée que sur la côte Atlantique. En tout, il existe une trentaine espèces de delphinidés, des dauphins communs aux orques, en passant par les marsouins. 

Malgré leur apparente sympathie auprès du public, les dauphins font l'objet de nombreuses menaces. On vous résume en 4 points les dangers qui les guettent.

1. La pêche

C'est l'une des principales menaces pour la survie des dauphins. Entre pêche ciblée et prises accidentelles, les bateaux de pêches peuvent être de véritables dangers pour les cétacés. 

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Quelques pays autorisent encore la pêche des dauphins, en particulier le Japon, le Pérou, et les îles Féroé, qui dépendent du Danemark. Ils le font pour la consommation de la viande ou par tradition. Les images sont souvent impressionnantes : des dizaines de dauphins lacérés, une mer de sang... La semaine dernière, l'association Sea Shepherd s'est d'ailleurs insurgée de cette pratique qu'elle qualifie de "barbare" dans les îles Féroé.

Mais selon Lamya Essemlali, présidente de Sea Shepherd France, cette pêche autorisée ne représente qu'une fraction des dauphins tués. Pour elle, le vrai danger, ce sont les prises qu'on dit "accidentelles". Concrètement, les dauphins qui sont pris dans des filets à cause de méthodes de pêche qui ne sont pas assez sélectives. "C'est comme si on autorisait des poids-lourds à rouler à 120 km/h sur des petites routes à la sortie d'écoles et qu'on disait 'si des enfants meurent tous les jours, c'est un accident'", soutient Lamya Essemlali.

Le problème est particulièrement visible ces dernières années en France dans le golfe de Gascogne. En 2019, plus de 1.200 delphinidés ont été retrouvés échoués sur les plages du Finistère au Pays Basque, selon l'Observatoire des animaux marins Pelagis. L'observatoire rapporte que 90% de ces échouages sont dus à une "capture accidentelle dans un engin de pêche". Et il ne s'agirait que de la partie émergée de l'iceberg. En effet, la plupart des dauphins qui meurent finissent au fond de l'océan. Pelagis estime ainsi à une dizaine de milliers le nombre de dauphins victimes de la pêche sur la côte Atlantique.

2. La nourriture qui se raréfie

Autre problème pour les dauphins, leur garde-manger diminue petit à petit. Malgré des améliorations significatives ces dernières années en matière de contrôle des ressources halieutiques, la surpêche a des conséquences importantes sur la biodiversité sous-marine. Le 31 janvier dernier, l'Institut français de recherche pour l'exploitation de la mer (Ifremer), a ainsi montré que 26 % des stocks de poissons pêchés en France sont "surpêchés" ou "dégradés". 2 % des espèces, en particulier le cabillaud et le merlan, ont même vu leur stock s'effondrer. 

Le réchauffement climatique est aussi à l'oeuvre dans la raréfaction de la nourriture des dauphins. Là, c'est toute une chaîne de conséquences qui est en jeu. En Méditerranée, l"Ifremer a par exemple remarqué une diminution de la taille des sardines, probablement liée à la décroissance du plancton dont elles se nourrissent. Cette décroissance est elle-même liée à un problème dans la remontée des nutriments nécessaires au plancton des eaux profondes à la surface à cause du réchauffement de l'eau. De manière générale, le réchauffement climatique touche beaucoup d'espèces à la base de la chaîne alimentaire, ce qui déséquilibre tout l'écosystème, jusqu'aux prédateurs comme les dauphins.

3. L'activité maritime

Les dauphins sont aussi perturbés par le trafic maritime. Les bateaux sont à l'origine de nombreuses sources de pollution. Selon l'agence des Nations unies pour l'environnement, 70% des gros déchets en plastique qui flottent en mer sont par exemple liés à la pêche. Des déchets avec lesquelles les dauphins peuvent potentiellement s'étouffer. 

La pollution sonore des bateaux perturbe aussi les dauphins. Selon une étude de 2018, les dauphins réduisent de manière significative les communications entre eux à cause du bruit du passage des bateaux. “C’est un peu comme essayer de répondre à une question dans un bar bruyant et, après plusieurs tentatives répétées pour être entendu, on finit par donner la réponse la plus courte possible”, expliquait alors le Dr. Helen Bailey, une des auteures de l'étude. 

Enfin, le trafic maritime présente un risque de collision pour les dauphins. Là, ils peuvent être blessés, notamment par les hélices des bateaux, voire tués sur le coup.

4. La captivité

C'est une menace pour certains, un moyen de les sauver pour d'autres. La captivité des dauphins pose largement question ces dernières années. En 2017, un arrêté devait être publié en France sur les delphinariums, qui interdisait la détention de nouveaux spécimens d'orques et de grands dauphins pour "supprimer la souffrance animale". Mais l'arrêté n'a jamais été publié à cause d'un vice de forme. Depuis, aucune nouvelle réglementation n'a été prise en la matière. Fin 2018, l'association One Voice a ainsi décidé d'attaquer l'État pour faute et lui réclame 500 000 € pour préjudice moral. Selon l'association de protection des animaux, la réglementation actuelle serait "obsolète".

Dans les parcs qui hébergent des dauphins, One Voice signale régulièrement des comportements qui témoignent selon l'association de la "souffrance" des cétacés. Mycoses liés à la vie en piscine, peau brûlée par le soleil à cause du manque de profondeur des bassins, comportement stéréotypés, agressivité anormale... "Ce sont des animaux qui s'ennuient parce qu'ils n'ont pas suffisamment d'occupation. Dans la nature, ils sont très autonomes, mais là, ils dépendent entièrement de leurs soigneurs", explique Muriel Arnal, présidente de One Voice. 

Pour faire face au problème, une entreprise américaine a développé début juillet des "robots-dauphins", avec lesquels les visiteurs des parcs aquatiques peuvent nager. Mais pour Muriel Arnal, la solution n'est pas là. Il faudrait avant tout libérer les dauphins captifs dans des "bras de mer", des sanctuaires marins où ils pourraient revenir à l'état sauvage. C'est notamment ce qui est prévu en Islande pour deux bélugas en provenance d'un parc chinois. En attendant de telles mesures en France, Muriel Arnal conseille d'éviter les delphinariums. Et si on veut vraiment voir des dauphins, "allumer internet" ou "aller les voir au large, sachant qu'on n'est jamais sûr d'en voir".

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