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"Je travaillais 5 à 7 minutes par jour" : il raconte sur RTL comment sa mise au placard l'a conduit à la dépression

Longtemps considéré comme un salarié de confiance, Frédéric a progressivement été privé de travail au sein de son entreprise. Dans "Un jour, une vie", il revient sur cette descente aux enfers, marquée par la dépression, l’isolement et un long combat judiciaire.

Frédéric a été victime d'un bore-out. Il témoigne sur RTL

Frédéric, victime d'un bore-out, a été mis au placard du jour au lendemain

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Alban Tardy

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Pendant des années, Frédéric a occupé un poste central dans une entreprise du monde du luxe. Embauché comme responsable des services généraux, il se décrit comme un salarié à qui l’on demandait bien plus que sa fiche de poste : "J’ai toujours exercé la même fonction, sauf qu’au bout d’un moment (…) les assistantes de direction, les PDG et vice-président me déléguaient des tâches qui étaient complètement en dehors de ma fonction", confie-t-il. Frédéric gérait aussi bien l’intendance que la logistique d’événements, au point de devenir un véritable "monsieur solution". 

Cette trajectoire s’est brisée au moment où son apparence physique a cessé de correspondre aux codes implicites de son entreprise. Après une dépression et la prise d’antidépresseurs, Frédéric raconte avoir pris du poids : "Cet événement n’a pas plu du tout au PDG de l’entreprise, explique-t-il. Très proche de ce dirigeant, dont il dit avoir été "le fils adoptif", il comprend progressivement que le regard porté sur lui change. Une assistante lui conseille même de consulter un médecin pour "retrouver sa silhouette", signe, selon lui, que "le vent était en train de tourner". 

Puis vient la mise à l’écart. Après la perte d’un client majeur, l’entreprise se réorganise et Frédéric voit ses missions disparaître presque totalement. "Je travaillais 5 à 7 minutes par jour", résume-t-il. Lui qui effectuait auparavant de longues journées dit être revenu au strict minimum, jusqu’à n'avoir quasiment plus rien à faire. Cette absence de travail n’a rien d’un confort : "On va s’enfermer dans les toilettes et on pleure", lâche-t-il, pour décrire ce que devenait son job où il était physiquement présent mais professionnellement effacé.

J'avais trouvé une solution : je n'allais plus au travail.

Frédéric, victime d'un bore-out

Peu à peu, Frédéric cesse même de se rendre au bureau : "Moi j’avais trouvé une solution : je n’allais plus au travail. Je restais chez moi du matin au soir et je prenais des somnifères". Cette absence ne suscite presque aucune réaction dans l’entreprise : "Ils ne m’appelaient pas du tout". Cette invisibilisation nourrit chez lui un sentiment d’effacement total, alors même qu’il continue d’être salarié. Son histoire illustre ce que les spécialistes du droit du travail désignent comme une "mise à l’écart", autrement dit une privation durable de missions pouvant relever du harcèlement moral. 

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Après son licenciement en 2014, Frédéric engage une procédure contre son employeur. Pour étayer son dossier, il s’appuie notamment sur "énormément de mails à l’attention des dirigeants pour leur demander du travail" ainsi que sur ses demandes répétées lors des entretiens annuels. Son entreprise est finalement condamnée en appel, le 2 juin 2020, pour harcèlement moral. Une décision importante sur le plan judiciaire, mais qui ne referme pas tout. 


Aujourd’hui, Frédéric dit continuer à vivre avec les conséquences de cette période. Ce qu’il attend encore, au fond, n’est pas seulement une reconnaissance judiciaire. "Ce que j’aimerais (…) c’est des excuses de leur part », confie-t-il, avant d’ajouter :  "Je sais qu’elles n’arriveront jamais". Son témoignage met en lumière une réalité souvent mal comprise : le bore-out ne se résume pas à l’ennui, mais à une exclusion progressive du travail, de l’utilité et de la place que l’on croyait avoir dans l’entreprise.

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