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Fin de vie : le dernier voyage de Paul, qui a eu recours au suicide assisté en Suisse

DOCUMENT RTL - À 84 ans, Paul a décidé de mettre fin à sa vie en Suisse, où le suicide assisté est autorisé. Un parcours réalisé aux côtés de sa fille, sa petite-fille et d'une association locale.

Paul s'est envolé pour son dernier voyage depuis une chambre de l’association suisse Eternal Spirit, qui l'a accompagné tout au long de son parcours.
Paul s'est envolé pour son dernier voyage depuis une chambre de l’association suisse Eternal Spirit, qui l'a accompagné tout au long de son parcours.
Crédit : Nicolas Burnens / RTL
Fin de vie : le dernier voyage de Paul, qui a eu recours au suicide assisté en Suisse
06:00
Nicolas Burnens - édité par Florine Boukhelifa

C'est un sujet sensible peu ou pas abordé dans la campagne présidentielle : la fin de vie. Ce mercredi 12 janvier, RTL vous propose de suivre le parcours de Paul, un Français de 84 ans, qui a décidé de recourir au suicide assisté en Suisse, où cette pratique est autorisée. Originaire de l'île de la Réunion, l'homme a parcouru près de 10.000 kilomètres, accompagné de sa fille et de sa petite-fille, pour son dernier voyage.

Paul a choisi un petit hôtel situé à la sortie de Bâle, à quelques kilomètres de la frontière française. Il a atterri, le matin même de son premier rendez-vous, en avion, malgré les restrictions sanitaires imposées aux étrangers. Cheveux blancs, regard malicieux, le vieil homme est assis sur son lit pour répondre aux questions du médecin mandaté par Eternal Spirit, l’association suisse qui va l'aider à mourir.

Après lui avoir demandé de répéter une suite de chiffres ou encore la date de naissance de sa fille cadette, le médecin entre dans le vif du sujet : "Quand avez-vous commencé à réfléchir au suicide assisté ?", lui demande-t-il alors. "Le jour de la mort de ma femme, le 30 juillet 2020", répond Paul avant de préciser : "J'avais pensé à me suicider, mais si je me loupais, c'était pire pour mes enfants et mes petits-enfants".

Paul et sa femme Marilou, décédée en juillet 2020.
Paul et sa femme Marilou, décédée en juillet 2020.
Crédit : Archives personnelles de la famille de Paul

À 84 ans, Paul est lucide, mais commence à perdre la mémoire. S'il n’est pas atteint d’une maladie mortelle, il souffre de camptocormie, un handicap qui le fait marcher plié en deux et l’épuise, comme d’autres pathologies liées à son âge. "C'est une souffrance permanente, je n'ai plus aucune joie de poursuivre cette vie. J'ai vu des personnes âgées et d'autres se dévouer pour elles, ce n'est pas une vie", explique-t-il. "Là je m'en vais, je vais leur faire beaucoup de peine, mais ce sera une fois et définitivement. Je les 'libère'".

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En Suisse, le suicide assisté est très encadré. La personne doit être capable de discernement, son désir de mourir doit découler d’une grave souffrance.

"Je savais très bien que c'était sa décision, ce qu'il voulait. Nous ne sommes pas du tout en train de pleurer toute la journée", indique Maryline, la fille de Paul. Pour celle qui a vu l’état de son père se dégrader, "il aurait été insupportable de rester à La Réunion et de savoir qu'il partait sans que je sois à ses côtés". "Je pense que c'est ça la meilleure préparation : se dire qu'on est avec eux jusqu'au bout et avoir le temps de leur dire ce qu'on avait envie de leur dire", poursuit-elle.

"C'est un acte d'amour"

Pour payer le voyage et s'acquitter des 10.000 euros demandés par l'association, qui ne fait pas de bénéfices, Paul a vendu sa maison. Il aurait préféré mourir, chez lui, sur l’île de La Réunion, mais la France ne reconnaît pas ce droit. Il faut "changer la loi pour que les personnes aient le choix du reste de leur vie, que ce choix de partir soit reconnu", affirme l'homme, qui espère que son témoignage changera cette situation.
 
"J'ai eu de la chance puisqu'on m'a compris, on m'a aidé, ce que beaucoup de personnes n'ont hélas pas. De savoir que je ne vais plus être un poids, ça me soulage énormément, parce que je les aime. J'aime ma fille, j'aime ma petite-fille. Ce n'est pas triste non, c'est un acte d'amour", ajoute-t-il.
 
La veille de sa mort, Barbara et Chantal, les deux infirmières de l’association, effectuent une ultime visite pour une ultime discussion dans la chambre 307. Paul, lui, est de bonne humeur, souriant. "J'ai besoin d'une signature pour le médicament", explique Barbara, qui va lui mettre "un robinet". "Une fois que vous l'avez ouvert, cela dure à peu près trente secondes jusqu'à vous endormir. Après cinq minutes, vous dormez très très profondément. C'est comme une anesthésie, vous ne sentez rien du tout", détaille-t-elle.

Paul s'est envolé pour son dernier voyage depuis une chambre de l’association suisse Eternal Spirit, qui l'a accompagné tout au long de son parcours.
Paul s'est envolé pour son dernier voyage depuis une chambre de l’association suisse Eternal Spirit, qui l'a accompagné tout au long de son parcours.
Crédit : Nicolas Burnens / RTL

Cette grande femme blonde aux yeux bleus a longtemps travaillé dans les soins palliatifs, avant d'aider des malades à mourir. Paul "veut mourir en sécurité, pour finir sa vie avec dignité. Je pense que notre médecine va très très loin, mais parfois des personnes sont comme devant un mur, on ne peut plus rien faire, alors on les laisse et je trouve que c'est aussi une réponse de la médecine", déclare l'infirmière.
 
Il arrive que certains soient trop affaiblis pour pouvoir accomplir eux-mêmes le geste fatal, une obligation exigée par la loi. Ils doivent alors rentrer chez eux avec le désespoir d’avoir dû renoncer. Pour ceux qui peuvent aller jusqu'au bout, les dernières questions posées sont filmées pour les autorités, en cas de litige.

"Je vous souhaite un très bon voyage"

Ce moment si particulier est souvent une expérience intime. Le dernier matin de sa vie, Paul s’est soigneusement rasé, a revêtu sa chemise préférée, bleue à rayures. Délicatement, Maryline lui a déposé quelques gouttes du parfum de sa mère dans le cou. Ils ont ensuite pris le petit déjeuner ensemble, composé de fromage, d'œufs brouillés et de bacon, avant de rejoindre l’appartement loué par l’association, composé d'une petite cuisine, d'un lit, d'un canapé et d'une bibliothèque. Paul s’est alors allongé, aidé par Barbara.
 
"Je lui ai mis la perfusion quand il était prêt. Nous avons ensuite mis le produit, posé les quatre questions pour le film, pour la police. Puis je lui ai dit 'je vous souhaite un très bon voyage'", rapporte l'infirmière. Avec sa main, Paul a ouvert la perfusion. À ses côtés, Laure, sa petite-fille et Maryline, lui caressaient tendrement le visage. Et finalement, à 11h50, son cœur s’est arrêté.
 
"On a dit plein de choses à papa mais rapidement parce qu'il était fatigué et avait hâte de partir. On savait qu'il allait retrouver maman. Je suis contente pour lui, c'est pour ça qu'on l'a fait. C'est ça que je garde comme image. Papa s'était préparé. Je ne me plains pas, ça n'empêche pas d'être malheureuse, mais je ne me plains pas", raconte, très émue, Maryline.
 
La famille est restée jusqu’au bout. Elle a ensuite attendu l’arrivée du médecin légiste, de la police et des pompes funèbres. Les cendres de Paul arriveront seront ensuite rapatriées sur l’île de La Réunion, qu'il aimait tant, auprès de celles de son épouse.

Paul et son épouse, décédée à l'été 2020.
Paul et son épouse, décédée à l'été 2020.
Crédit : Photos personnelles, famille de Paul.
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