2 min de lecture Violences conjugales

Féminicides : pourquoi les nombres sont-ils différents selon les décomptes en 2019 ?

DÉCRYPTAGE - Le collectif Féminicides par compagnon ou ex a dénombré 150 féminicides en 2019, quand l'AFP en a compté 126. D'où vient cette différence ?

Un manifestant brandit une pancarte "Stop Féminicides" à la marche contre les violences faites aux femmes samedi 23 novembre.
Un manifestant brandit une pancarte "Stop Féminicides" à la marche contre les violences faites aux femmes samedi 23 novembre. Crédit : DOMINIQUE FAGET / AFP
Marie Zafimehy
Marie Zafimehy
et AFP

En 2018, le ministère de l'Intérieur comptait 121 féminicides. Ce chiffre, publié au mois de juillet de l'année suivante, est celui qui est aujourd'hui cité en référence. Pour l'année 2019, les deux seuls décomptes dont le public dispose sont ceux du collectif Féminicides par compagnon ou ex et de l'AFP. Le premier atteint le triste nombre de 150 femmes tuées par leur conjoint ou leur ex. Le second, s'élève à 126.

Pourquoi une telle différence ? Sur sa page Facebook, le collectif Féminicides par compagnon ou ex lit minutieusement les articles des médias nationaux et locaux chaque matin, comme le raconte Le Parisien. Ce travail prend "jusqu'à huit heures par jour", précise une des militantes du collectif au journal. 

Avant de répertorier un article comme relatant un féminicide, l'équipe se base sur le lien conjugal entre la victime et le suspect sans attendre de "verdict judiciaire, des aveux ou des éléments matériels". Le collectif poste ensuite un statut sur ses réseaux sociaux citant le nom de la victime et son âge, toujours précédé du décompte.

Un décompte militant indispensable

Le décompte de Féminicides par compagnon ou ex sert de base indispensable à celui de l'AFP dont une première version a été publié le 16 décembre dernier. Pour chaque cas comptabilisé par le collectif, les journalistes de l'AFP expliquent avoir contacté les services de police et gendarmerie, magistrats, avocats, maires ou proches des auteurs et victimes

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Ils leur ont notamment demandé le nom, l'âge et la profession de l'auteur et de la victime, leur relation au moment des faits, le lieu du meurtre, l'élément déclencheur du crime (dispute, séparation...), le mode opératoire (arme, coups...), le signalement de violences antérieures, la présence d'enfants au moment des faits. Pour mieux tirer les enseignements de ces données, ils sont également allés à la rencontre de dizaines d'experts, proches, témoins, avocats et autorités diverses.

25 cas en moins chez l'AFP

À partir de ces informations certains cas ont été écartés. C'est le cas des affaires où la volonté de mourir était partagée et prouvée par l'enquête, même si dans la grande majorité des cas c'est l'homme qui tue la femme avant de se suicider, reconnaît l'AFP.

Le travail des journalistes s'est heurté au déroulé de l'enquête : si dans la plupart des affaires le scénario du féminicide ne fait pas de doute pour les enquêteurs, d'autres sont plus complexes et ne livrent parfois pas leur vérité avant plusieurs mois, avec parfois des revirements. Par exemple, en novembre à Montauban, un jeune homme soupçonné d'avoir tué sa mère et sa petite amie avait été arrêté et mis en examen. L'enquête a finalement montré que le meurtrier était le propriétaire de la maison, venu réclamer des loyers impayés.

Par rapport à la liste du collectif, les journalistes de l'AFP ont environ 25 cas en moins, qui sont détaillés sur le blog AFP Factuel. Parmi ces cas, une dizaine sont "en attente" : parce que trop récents ou plus complexes, les enquêtes n'ont pas encore permis de démontrer qu'il s'agissait bien de féminicides. Et 14 autres ne s'avèrent pas être des féminicides parce que l'autopsie a révélé une mort naturelle, ou encore que l'enquête a montré que la femme et son meurtrier n'ont jamais eu de relation intime.

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