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ÉDITO - François Lenglet explique comment l'État n'a pas profité de la crise économique

Le président du Medef assure que l’État a perçu 27 milliards d’euros de recettes fiscales en plus en 2021. Mais derrière cette affirmation se cache tout un processus économique

Un avis d'impôt sur les revenus (illustration)
Un avis d'impôt sur les revenus (illustration)
Crédit : Joël SAGET / AFP
LENGLET-CO - François Lenglet explique comment l'État n'a pas profité de la crise
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ÉDITO - François Lenglet explique comment l'État n'a pas profité de la crise
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François Lenglet - édité par Lison Bourgeois

Le patron des patrons accuse l’État de s’enrichir pendant la crise. C’est l’État qui est le grand profiteur de la crise, avec 27 milliards d’euros de recettes fiscales supplémentaires nous dit en effet Geoffroy Roux de Bézieux, le président du Medef. Il a tout à fait raison sur les chiffres. Au premier semestre, l’État a perçu au total 27 milliards d’impôts en plus par rapport à 2021.

13 milliards au titre de l’impôt sur les sociétés, à cause des bénéfices records qu’ont faits les entreprises l’année précédente, dix milliards de TVA supplémentaires, grâce au surcroit de consommation, et trois milliards et demi d’impôt sur le revenu. Geoffroy Roux de Bézieux aurait pu ajouter huit milliards de recettes non fiscales.

Au total, sur les six premiers mois de l’année, l’État a engrangé 35 milliards d’euros supplémentaires. Cela fait 25% de plus qu’en 2020. Mais ce que ne disait pas le patron des patrons et ce que lui a répondu Elisabeth Borne, lundi 29 août, c’est que cet argent est largement redistribué aux Français. 

C’est nous qui avons profité de cet argent. Sous la forme des différentes aides pour lutter contre l’inflation, les fameux boucliers tarifaires, le blocage des prix du gaz et de l’électricité, qui coûtent plusieurs dizaines de milliards d’euros sur un an. La prévision de déficit français n’a d’ailleurs pas changé malgré la cagnotte, on est resté à 5% du PIB, ce qui est un chiffre élevé.

L’État n’a donc pas profité vraiment ?

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L’État n’a pas profité du tout de cet argent. On pourrait d’ailleurs le lui reprocher. En 2020, au moment de la crise du Covid, il s’endette pour protéger les Français, c’est normal. Ensuite, c’est la reprise, il engrange un surplus fiscal, en principe destiné à rembourser les dépenses d’avant. Et voilà qu’une nouvelle crise se présente, avec la hausse des prix de l’énergie, il dépense à nouveau, toujours pour protéger les Français. 

À ce rythme, il ne sera pas facile de rétablir des finances publiques, qui en ont d’autant plus besoin que le niveau des taux d’intérêt de la dette publique française ne cesse de grimper. Au moment du Covid, ils étaient à zéro, lundi soir, ils avaient atteint 2,14%. Ce n'est pas pareil. Un point d’augmentation des taux, ce sont plusieurs milliards de coûts supplémentaires pour la dette.

Pourquoi le patron des patrons mettait-il ainsi en cause l’état et son hypothétique trésor ?

Parce que les grandes entreprises sont menacées d’une taxation sur ce que tout le monde appelle désormais les "superprofits". La vindicte fiscale est quasi générale. Que vous écoutiez un responsable de l’extrême gauche ou de LR, le parti en principe de droite, il n’est question que de faire rendre gorge aux méchantes grandes entreprises qui se goinfrent sur le dos des consommateurs. Même la Première ministre a évoqué cette idée. Le responsable des patrons a voulu contre-attaquer.

C’est vrai que les profits sont anormalement élevés ?

Il est tout à fait vrai que les profits sont anormalement élevés. 160 milliards au total pour le CAC 40 en 2021, c’est un record absolu, qui s’explique largement par la reprise anormale elle aussi qui a suivi les confinements, et pas par la crise. L’impôt est-il la solution ? On peut en douter.

D’abord parce que les profits faits par les grandes entreprises sont réalisés largement à l’étranger, et qu’ils sont donc déjà taxés là-bas. Ensuite parce qu’un impôt de plus, c’est un handicap pour la compétitivité française. La bonne solution, on l’a souvent dit, ce serait d’augmenter les rémunérations, qui jusqu’ici n’ont progressé que de 3% alors que l’inflation est de plus du double.

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