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Comment la CGT "part en campagne" dans les entreprises

INTERVIEW - Fabrice Angei, secrétaire confédéral CGT, lève le voile sur la stratégie de la Centrale de Montreuil pour les prochains mois.

La CGT ne sera bientôt plus le premier syndicat de France
La CGT ne sera bientôt plus le premier syndicat de France Crédit : JACQUES DEMARTHON / AFP
Ludovic Galtier
Ludovic Galtier
Journaliste RTL

Manifestations automnales, acte IV. Jeudi 16 novembre, la CGT, rejointe entre temps par Force ouvrière, Solidaires, FSU et les organisations de jeunesse (Unef) par endroit, appelle pour la quatrième fois depuis la rentrée à défiler contre les ordonnances réformant le Code du travail, mais aussi contre toutes "les réformes libérales" d'Emmanuel Macron. 170 manifestations sont organisées dans toute la France.

La Centrale de Montreuil, qui a déposé de nombreux recours contre les ordonnances auprès du Conseil d'État, souhaite surtout, au-delà de cette date, accroître sa force de frappe dans les entreprises. De la même manière qu'un parti politique, elle s'organise. Depuis le 13 novembre, le ton est donné. "Il faut jouer la convergence de lutte (...) mais en même temps être encore plus concret dans les entreprises, au moment où des patrons veulent appliquer de façon très rapide les ordonnances", affirmait, mardi 14 novembre, Philippe Martinez au micro de RTL.

"On se battra pied à pied, entreprise par entreprise", rebondit Fabrice Angei, secrétaire confédéral CGT, interrogé par RTL.fr. Plusieurs questions se posent alors : comment mobiliser les salariés en France, où le taux de syndicalisation atteignait péniblement 11% en 2013, selon des chiffres de la Direction de l'animation, de la recherche, des études et des statistiques (Dares) ? Que faut-il comprendre au-delà de la formule de Philippe Martinez ?

Un objectif : "Une CGT de proximité"

Afin de poursuivre le "combat" contre les ordonnances, la CGT s'est donc lancé un défi : se réimplanter et réinvestir les entreprises. Fabrice Angei explique la philosophie : "Nous devons tendre vers une CGT de proximité, qui aille à la rencontre des salariés, qui les mobilise en leur parlant des conséquences concrètes, comme la baisse de leurs primes, que pourraient entraîner les ordonnances", assure ce proche de Philippe Martinez.

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"Parce que l'on ne pourra pas mener des luttes de haut niveau si nous ne sommes pas plus implantés qu'aujourd'hui, si nous n'augmentons pas le taux de syndicalisation", concède-t-il au vue de la perte de vitesse des manifestations depuis la rentrée.

Comme pourrait le faire un parti politique, "la CGT part en campagne", assume Fabrice Angei. "C'est un travail quotidien que nous menons" dans le but de "regagner les élections professionnelles". Depuis le 31 mars, la CGT a, en effet, perdu le titre de premier syndicat national de France au profit de la CFDT.

Un slogan : "Travailler moins pour travailler tous"

Cette campagne en entreprise s'accompagne d'un programme, constitué autour d'une idée directrice, un slogan : "Travailler moins pour travailler tous". La CGT propose un passage aux 32 heures par semaine sans perte de salaire. Défendue par le candidat socialiste Benoît Hamon pendant la campagne présidentielle, cette idée n'avait pourtant pas reçu les faveurs des Français.

Pour porter ce programme et convaincre les salariés, le syndicat compte sur sa base militante. Encore une fois, comme en politique, des sessions de formations ainsi que la diffusion d'éléments de langage ont été pensés "pour que tout le monde comprenne les mécanismes techniques (sur les ordonnances, sur l'assurance-chômage, ndlr) et les propositions de la CGT."

Une méthode : allier protestation et proposition

Dans Les Échos, Philippe Martinez avait choisi de citer deux exemples. "S'agissant de la primauté de l'accord d'entreprise sur le contrat de travail, on dit (aux militants) : attention aux conséquences de ce que vous pourriez signer. Chez Smart, ils n'ont pu virer aucun des salariés qui a refusé la modification de son contrat de travail. C'est fini."

"Autre exemple : la baisse drastique du nombre d'élus ; et bien sûr la fusion des CE (comités d'entreprise, ndlr) et des CHSCT (comités d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail, ndlr). Nous appelons nos militants à refuser l'absorption des CHSCT dans les Conseils sociaux et économiques", poursuit-il.

Des manifestations à prévoir en 2018

Pour autant, pas question pour la CGT d'abandonner les appels à manifester. "Il y aura d'autres journées de mobilisation interprofessionnelle à l'occasion des lois sur la formation professionnelle et l'apprentissage", garantit Fabrice Angei.

En attendant, les manifestations ont perdu de leur puissance sur fond de tension entre les syndicats. Si l'on comptait entre 223.000 et 400.000 manifestants dans toute la France le 12 septembre, les cortèges ont perdu de leur consistance au fil des semaines. Ne s'agit-il alors pas là d'un baroud d'honneur ? Fabrice Angei croit, au contraire, à un regain de mobilisation. Il espère qu'elle sera "similaire à celle du 19 octobre" - entre 209.000 et 400.000 fonctionnaires étaient dans les rues - voire encore meilleure.

"Ça va continuer. Par exemple il y a débat dans le pétrole sur une suite la semaine prochaine. En tout cas on peut dire que c'est pas un baroud d'honneur", a ajouté, au départ du cortège parisien, Philippe Martinez, interrogé par l'AFP. "C'est important de se retrouver dans les manifestations parce que le mécontentement, il est là. Il faut continuer à dire qu'on peut faire autrement. Ce n'est pas terminé", a conclu le leader syndical.

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2017-11-16 06:40:00
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