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CETA : pourquoi le libre-échange inquiète-t-il autant ?

ÉDITO - Le traité commercial entre l'Europe et le Canada a été approuvé par le Parlement européen. Les ratifications nationales s'annoncent risquées, car les opinions publiques sont désormais hostiles au libre-échange.

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CETA : pourquoi le libre-échange inquiète-t-il autant ? Crédit Image : Damien Rigondeaud | Crédit Média : RTLnet | Date :
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François Lenglet et Loïc Farge

C'est le grand retournement idéologique en cours : le commerce international fait peur. Dans les années 1990, on avait multiplié les accords pour supprimer ou abaisser les frontières en Europe, en Amérique du Nord et en Asie. On a même créé l'Organisation mondiale du commerce. Aujourd'hui c'est le mouvement inverse. L'OMC est ensablée, les États-Unis veulent quitter les accords qu'ils ont avec le Canada et le Mexique, et le traité transatlantique (le fameux Tafta) a pris un coup dans l'aile.
Tout cela semble comme les vestiges d'un monde disparu, celui d'une mondialisation économique qui était alors délibérément assumée par les gouvernements. Aujourd'hui, la mondialisation est toujours portée par les entreprises. En revanche, elle est freinée par les gouvernements, en Occident au moins.

Triomphe des avantages comparatifs

Si le libre-échange déclenche une telle hostilité, c'est parce qu'il fait des gagnants et des perdants. On va vous raconter une fable qui explique cela. Imaginons un village de pêcheurs au bord de la mer. La quasi-totalité de la population est occupée à pêcher. Sauf quelques-uns des habitants, qui fabriquent les vêtements et les chaussures pour les autres. Tout va bien dans le meilleur des mondes.

Un beau jour, un habitant s'enfonce dans la forêt. Il découvre un autre village où la répartition du travail est inverse. Comme la mer est loin, il n'y a que peu de pêcheurs. À l'inverse, comme il y a beaucoup de moutons, il y a beaucoup de tisserands, qui font des vêtements. Il revient chez lui, raconte ce qu'il a vu, les deux villages se rencontrent, décident d'ouvrir une route au milieu de la forêt. Et le commerce décolle entre les deux.

Les sociétés, lassées de l'ouverture, veulent des frontières

François Lenglet
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Pour leur plus grand profit ? Pas pour tous. Très rapidement, les pêcheurs du second village disparaissent, écrasés par la concurrence du premier, qui est tout près de la mer et dont les coûts sont plus faibles. À l'inverse, les pêcheurs du premier village voient leurs revenus s'envoler, parce que leur marché s'est agrandi : ils vendent deux fois plus.  Il se passe exactement la même chose pour les vêtements, mais au profit de l'autre village.

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Le commerce, c'est le triomphe des avantages comparatifs, nous dit cette fable de l'économiste Dani Rodrik. Cela provoque des déplacements de revenus importants au sein d'une même société. C'est aussi violent qu'un bouleversement technologique.

"Nationalisme universel"

On s'était pas rendu compte de cela auparavant, mais les économistes pensaient dans leur majorité (ils le pensent toujours) qu'au total, le bénéfice de l'ouverture était plus important que celui de la fermeture. On réalise aujourd'hui que ce fameux "au total" ne veut pas dire grand-chose, et que l'ouverture des frontières a provoqué des inégalités fortes que nos sociétés n'ont pas su limiter (c'est du reste moins vrai en France qu'ailleurs). Du coup, les sociétés sont lassées de l'ouverture, elles veulent des frontières.

On dit souvent que la France est plus fermée que les autres. Ce n'est pas vrai. Regardez le Brexit : il s'est produit au Royaume-Uni, pays réputé le plus ouvert au commerce et aux migrations. Regardez l'élection de Donald Trump, sur un programme protectionniste : elle s'est produite aux États-Unis, normalement un paradis libéral.

Ce mouvement est largement mondial, comme cela arrive à intervalle réguliers dans l'Histoire, généralement après une grave crise financière. C'est le paradoxe : nous assistons à une sorte de "nationalisme universel", comme le dit le philosophe François Ewald.

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