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"Ce n’est pas une mode" : le combat des enfants atteints de TDAH et de leurs familles

Longtemps sous-diagnostiqué en France, ce trouble du neurodéveloppement touche 6% des enfants. Difficultés scolaires, souffrance psychologique, épuisement familial : loin des clichés sur les enfants "mal élevés", le TDAH bouleverse le quotidien de milliers de familles.

Qu'est-ce que le TDAH (illustration)

TDAH : "C'est un trouble qui touche 6% de la population, ce n'est pas une mode", explique Céline Lis-Raoux

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L'INTÉGRALE - Les Auditeurs ont la parole du 12 juin 2026

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Amandine Bégot

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Ce sont quatre lettres que l’on entend de plus en plus souvent, sans toujours savoir ce qu’elles recouvrent réellement. Le TDAH désigne le trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité. Selon l'invité de RTL Midi ce vendredi 12 juin, Céline Lis-Raoux, journaliste et fondatrice du magazine Zèbre & Compagnie, ce trouble concerne environ 6% des enfants. 

"Ce n’est pas une mode", insiste-t-elle au micro de RTL. "C'est un trouble reconnu depuis des dizaines d’années partout dans le monde". Un chiffre corroboré par le site officiel de TDAH France, actualisé en mai 2026. 

Si le sujet semble aujourd’hui plus présent dans le débat public, c’est avant tout parce que la France a longtemps accusé un retard dans le diagnostic. "On a le sentiment que cela explose, mais en réalité la France était notoirement sous-diagnostiquée", explique-t-elle. De nombreux enfants attendent encore plusieurs années avant d’obtenir un diagnostic, faute de spécialistes en nombre suffisant.

Et ce trouble ne disparaît pas à l’âge adulte. Beaucoup d’adultes découvrent d’ailleurs leur propre TDAH après le diagnostic de leur enfant.

Un handicap invisible qui dépasse largement la simple agitation

Le TDAH est considéré comme un trouble du neurodéveloppement, au même titre que d’autres troubles neurologiques. "Ce sont des enfants en situation de handicap", rappelle Céline Lis-Raoux. "Ce n'est pas juste un enfant qui papillonne ou qui est mal élevé. Ce sont des connexions neurologiques qui ne fonctionnent pas comme chez tout le monde".

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Les conséquences se manifestent notamment à l’école. Difficultés à maintenir son attention, impulsivité, désorganisation, oublis répétés ou incapacité à planifier une tâche peuvent rapidement mettre l’enfant en difficulté.

Nicolas, père de trois enfants TDAH et lui-même diagnostiqué à l’âge adulte, évoque au micro de RTL les troubles des fonctions exécutives : "Ce sont des enfants qui ne savent pas forcément par où commencer un devoir, qui oublient leurs affaires, qui ont du mal à gérer le temps ou à organiser une tâche".

À ces difficultés s’ajoute souvent une souffrance psychologique importante. "Quand on est TDAH, on développe souvent une image très dégradée de soi-même", explique-t-il. "On vous traite de cancre, de fainéant, de distrait".

Des profils très différents, des enfants hyperactifs aux "zèbres" qui compensent longtemps

Parmi les témoignages recueillis, des parents évoquent aussi des enfants également identifiés comme HPI, pour haut potentiel intellectuel. Une combinaison qui peut parfois masquer certaines difficultés.

Émilie, diagnostiquée à 44 ans, explique au micro de RTL ainsi avoir longtemps échappé aux radars. Excellente élève, souvent première de la classe, elle compensait ses difficultés grâce à ses capacités intellectuelles. Son hyperactivité était avant tout mentale. "Comme j’étais une élève brillante, on me pardonnait mes turbulences", raconte-t-elle.

Ces profils, parfois qualifiés d’"enfants zèbres", peuvent ainsi passer des années sans diagnostic malgré une anxiété importante, des troubles du sommeil ou une grande fatigue psychologique. "Ce n’est pas parce qu’un enfant réussit à l’école qu’il ne souffre pas", rappelle la spécialiste.

Avant le diagnostic, des familles confrontées à l’incompréhension

Pour de nombreux parents, le parcours débute par une accumulation de remarques de l’école et un sentiment d’impuissance.
Laetitia, mère d’un garçon diagnostiqué à 10 ans, raconte sur RTL avoir longtemps attribué son comportement à son tempérament naturellement actif. Les difficultés se sont accentuées lors de l’entrée au collège.

"Il prend la parole sans lever le doigt, il parle avec les autres, il rigole fort", décrit-elle. Malgré les dispositifs mis en place après le diagnostic, les remarques continuent de s’accumuler dans le carnet de liaison. "C’est très compliqué à vivre parce que vous prenez ça en pleine face", confie-t-elle.

Pour Céline Lis-Raoux, ce témoignage illustre un phénomène fréquent : "Quand on ne sait pas expliquer un comportement, on est souvent dans le jugement. On considère que l’enfant est mal élevé ou que les parents ne font pas leur travail".

Le collège, un moment de bascule pour de nombreux enfants

Plusieurs parents interrogés décrivent une aggravation des difficultés à partir de la sixième. Le changement d’environnement, la multiplication des professeurs et la nécessité de s’organiser de manière plus autonome fragilisent des enfants déjà confrontés à des troubles de l’attention ou de l’impulsivité.

C'est le cas de David, père de Noah, diagnostiqué à 6 ans, raconte une scolarité relativement sereine en primaire, puis une entrée au collège marquée par les sanctions et les exclusions. "En sixième, ça a été catastrophique. J’avais des mots pratiquement tous les jours."

Même constat pour Nicolas. Son fils recevait quotidiennement des appels de la vie scolaire. "On nous promettait l’échec scolaire", se souvient-il au micro de RTL.

Pour Céline Lis-Raoux, cette période constitue souvent un tournant : "Ces enfants explosent en plein vol. Ils passent d’un environnement très encadré à un système où ils doivent gérer seuls leurs déplacements, leur matériel et leurs emplois du temps".

Une prise en charge peut améliorer une trajectoire de vie

Tous les témoignages convergent vers le même constat : lorsque le diagnostic est posé et que l’accompagnement est adapté, la situation peut considérablement s’améliorer.

Nicolas raconte que son fils, aujourd’hui âgé de 25 ans, prépare une thèse en mécanique des fluides. "Le traitement et la prise en charge ont tout changé. Contrairement aux caricatures, il n’est pas devenu un automate. Il a simplement pu maîtriser son impulsivité et son inattention."

Anne, mère d’un garçon diagnostiqué cette année, évoque elle aussi "un gros changement" depuis la mise en place d’un traitement.

L’accompagnement ne repose cependant pas uniquement sur les médicaments. Ergothérapie, psychothérapie, psychomotricité ou encore aménagements scolaires peuvent permettre aux enfants de développer des stratégies adaptées à leurs difficultés.

On peut aider ces enfants. Il faut simplement avoir les bonnes clés.

Mère, auditrice de RTL

Dyslexie, dyspraxie, autisme... D'autres troubles souvent associés

Si les enfants sont les premiers concernés, les répercussions touchent toute la cellule familiale. Dans son dernier numéro, le magazine Zèbre & Compagnie consacre un dossier au burn-out parental lié aux troubles du neurodéveloppement.

"Accompagner un enfant TDAH, c’est l’accompagner partout : chez l’ergothérapeute, l’orthophoniste, le psychologue. C’est un poids quotidien qui repose essentiellement sur les parents", souligne Céline Lis-Raoux.

La situation est d’autant plus lourde que les troubles associés sont fréquents. Selon elle, près d’un enfant sur deux présente également d’autres troubles du neurodéveloppement, comme une dyslexie, une dyspraxie ou un trouble du spectre autistique.

Face à ces difficultés, les spécialistes rappellent l’existence des Plateformes de coordination et d’orientation (PCO), présentes dans chaque département. Destinées aux enfants jusqu’à 12 ans, elles permettent d’accéder plus rapidement à des professionnels spécialisés et à certains financements pour les soins non remboursés.

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