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Bac de philo : la leçon de stoïcisme d'un soldat américain, prisonnier de guerre au Vietnam

Féru d'Epictète, grande figure du stoïcisme, l'Américain James Stockdale aura survécu à sa captivité durant la guerre du Vietnam, grâce à la philosophie.

Illustration guerre du Vietnam en 1971
Illustration guerre du Vietnam en 1971
Crédit : Hansi LEANDRI / AFP
Bac de philo : ce soldat est revenu de l'enfer grâce à la philosophie
03:41
Bac de philo : ce soldat est revenu de l'enfer grâce à la philosophie
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Isabelle Choquet
Isabelle Choquet
Animateur

À la veille de l'épreuve de philosophie du bac, un soldat qui est revenu de l’enfer grâce à la philosophie. À tous les lycéens qui vont passer l’épreuve, surtout ceux qui n’y voient aucun intérêt, écoutez donc cette histoire piochée dans Philosophie Magazine

Notre héros s’appelle Bond. James Bond. Enfin, Bond c’est son second prénom, au complet c’est James Bond Stockdale. Il était pilote dans la Navy et il ne rêvait que de se battre. Mais au début des années 60, on lui accorde un congé, et là changement d’ambiance. Il s’inscrit à la prestigieuse université Stanford en Californie, où il croise la route d’un ex-militaire devenu prof de philo. Une révélation.

Stockdale se passionne pour les classiques. Et à leur dernière séance de travail, son mentor lui offre un livre : le Manuel d’Epictète, un sage austère, grande figure du stoïcisme. Son manuel, Stockdale le garde avec lui, même au cœur de la guerre. 

"J’entre dans le monde d’Epictète"

En 1964, il dirige le premier raid américain contre le Nord Vietnam. Et voilà qu’un jour, alors qu’il vole à basse altitude, il est pris pour cible depuis la terre. Pas le choix, il faut s’éjecter en urgence. Et tandis que son parachute le mène vers un petit village, il se dit en lui-même: “j’entre dans le monde d’Epictète”. Tellement vrai. 

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Dans un premier temps, les villageois le tabassent. Sa jambe gauche est broyée au niveau du genou. Il se retrouve donc boiteux, comme Epictète lui-même. Il est conduit à la prison de Hỏa Lò, à Hanoi, où les prisonniers de guerre sont soumis à des interrogatoires, pour leur extorquer des informations ou pour les forcer à faire acte de contrition. 

Si l’interrogatoire ne suffit pas, la torture prend le relais. Notamment le redoutable supplice des cordes. Une forme de pendaison inversée, la tête en bas. Une souffrance sans nom. Stockdale va subir ça 15 fois en 7 ans et demi de captivité. Et on va lui casser la jambe une seconde fois. 

Une leçon de stoïcisme

Pour supporter l’insupportable, il se répète certains passages de son manuel. “La claudication est une gêne pour la jambe, pas pour le choix de vie. C’est ça, le stoïcisme : pour atteindre le bonheur, il faut se concentrer sur ce qui dépend exclusivement de nous. 

Le reste, il faut, autant que possible, l’ignorer. Même le pire. Stockdale s’accroche à cela. Vous pouvez détruire mon corps, vous n'aurez pas mon âme. Il se remémore aussi cette phrase: “Souviens-toi que tu es un acteur dans une pièce. Ce qui t’appartient, c’est de bien jouer le rôle qui t’a été donné”. À Hỏa Lò, Stockdale était l’un des détenus les plus âgés, et l’un des plus gradés. Alors pour assumer son rang, il prend la tête d’une sorte de société clandestine qui entre en résistance. 

Quatre ans à l'isolement

Tous les meneurs de cette contre-organisation vont être repérés et châtiés. Ils sont alors transférés dans une autre prison surnommée Alcatraz. Stockdale va y passer quatre ans, à l’isolement complet, dans une cellule minuscule et sans fenêtre où la lumière ne s'éteint jamais. 

Pour ne pas sombrer, il fait du sport, 100 pompes par jour. Il déclame des poèmes. Il prie. Mais le désespoir le guette, la folie n’est pas loin. Un jour, pour échapper à une conférence de presse de propagande, il s’automutile, il s’entaille le cuir chevelu, se cogne le visage avec un tabouret. Une autre fois, il parvient à briser une vitre et se tranche les veines. Attitude stoïcienne, toujours : le suicide comme ultime liberté. Cela embarrasse les officiels. Il ne sera plus jamais torturé. 

Et puis trois ans plus tard, au début de l’année 1973, un cessez-le-feu est conclu. Après 2.714 jours de captivité, Stockdale est libéré. La suite, c’est beaucoup de médailles, un peu de politique. Mais surtout la philosophie, avant que ses facultés soient emportées par Alzheimer, et que la mort le rattrape en 2005. Epictète n’est jamais loin. Epictète, qu’il appelle “mon étoile polaire” ou plus familièrement "old man", “mon vieux”.

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