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Aulnay-sous-Bois : "Mediapart" révèle les "sales méthodes" de la police

Le site d'information en ligne dévoile une série de témoignages sur les agissements douteux de certains agents de police en Seine-Saint-Denis.

Des voitures de police stationnées à Bobigny, le 30 septembre 2008 (illustration)
Des voitures de police stationnées à Bobigny, le 30 septembre 2008 (illustration) Crédit : JACQUES DEMARTHON / AFP
Clémence Bauduin
Clémence Bauduin
Journaliste

Riverains, familles, fonctionnaires... Ils prennent la parole pour dénoncer les méthodes, parfois violentes, de certains agents de police du secteur d'Aulnay-sous-Bois, auprès du site d'information Mediapart. Insultes ou violences physiques, les pratiques musclées de certains fonctionnaires ne jouent pas en la faveur de la police, en pleine "affaire Théo", dans laquelle sont impliqués quatre agents, soupçonnés d'avoir passé à tabac ce jeune homme de 22 ans début février. Mis en examen le 5 février, ils ne seraient pas les seuls à faire du zèle dans leur profession.


"Combien de fois on a récupéré mon petit frère avec des hématomes à l’issue de ses gardes à vue ?", lance Samia aux journalistes de Mediapart. Son frère a été cueilli plusieurs fois dans la cité de l'Europe, connu pour trafic de stupéfiants. "'Faites attention qu’il ne prenne pas un coup en trop, il est asthmatique", allait alerter la famille au commissariat. La jeune maman affirme que son frère serait roué de coups dans le ventre à chaque rencontre avec la police. "Des fois, ils n’embarquent même pas les gens. Par contre, ils les tabassent", raconte pour sa part Omar, un ami de Théo, qui décrit les policiers "comme des cow-boys, des mecs de cité".

Des procédures classées sans suite

Un autre témoignage, celui d'un jeune homme, étudiant dans une université parisienne, dévoile des méthodes policières pernicieuses. Un jour qu'il est contrôlé par une patrouille à la cité du Gros-Saule, importante plateforme de vente de drogue, il se retrouve embarqué dans un véhicule de police pour ne pas avoir présenté les papiers d'identité qu'il ne possédait pas sur lui. Le jeune homme n'est pas conduit au commissariat, mais dans la cité dite des Mille-Mille, concurrente de celle du Gros-Saule. Sorti du véhicule de police, il se voit gratifier d'un "merci pour l'info !", sorti de nulle part, de la part d'un policier. Présenté alors comme un indic aux yeux des dealers de la cité, celui qui n'était qu'un étudiant aurait pu être passé à tabac dans une cité rivale où il n'avait rien à faire. "Je me suis vu finir à l'hôpital", raconte-t-il. Par chance, le jeune homme a convaincu les dealers qu'il n'avait rien à voir avec ces histoires de trafic.

Mediapart évoque également le témoignage glaçant d'un certain Mohamed dans L'Obs. "Ils me frappent, coups de pied, coups de poing au visage, dans le ventre, dans le dos, je saigne parce qu’ils m’ouvrent le crâne, je leur dis que je suis essoufflé, ils me traitent de 'sale Noir', de 'salope', ils me crachent dessus", raconte le jeune homme. Celui-ci affirme avoir été passé à tabac par les mêmes hommes que ceux auxquels a été confronté Théo, une semaine plus tard. Mediapart rappelle un autre témoignage, recueilli en 2011 dans le Bondy BlogUn jeune homme y raconte avoir subi une fouille au corps pour le moins violente. En résumé, les témoignages ne manquent pas qui étayent l'existence de débordements policiers. "On a tous reçu chez nous des procédures classées sans suite de l’IGPN [la police des polices]. Là, l’affaire sort parce qu’il y a une pression médiatique mais, quand vous ne serez plus là, ça va recommencer", déclare Omar, l'ami de Théo, aux journalistes de Mediapart

Un commissaire divisionnaire au passif douteux

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Mais les langues se délient également ailleurs que chez les victimes ou leurs proches. Certains médecins et magistrats dénoncent des violences régulières. "Ça ne m’a pas étonné du tout que l’affaire Théo ait eu pour cadre Aulnay-sous-Bois, raconte un magistrat aux journalistes de Mediapart. Il faut voir comment les interpellés de ce commissariat arrivent au tribunal… Des fois, on a un gros doute", confie-t-il. "Le nouveau commissaire a fait le choix de ne pas subir les trafics. Il veut que ses hommes soient présents au quotidien sur le terrain plutôt que dans les bureaux", raconte un autre magistrat. Le commissaire divisionnaire en question, Vincent Lafon, "a déjà été impliqué, il y a 13 ans, dans une affaire à connotation sexuelle ayant déshonoré la brigade anticriminalité de nuit (la Bac N) de Paris", raconte Mediapart. Cette affaire lui avait valu "une peine d’un an de prison avec sursis et d'un an d'interdiction d'exercer pour 'abstention volontaire d'empêcher un délit'".

Plusieurs journalistes seraient même outrés des pratiques déployées par leurs collègues. "Les mots qu’ils prononçaient étaient implacables. Pas vis-à-vis de Théo, mais de leurs collègues. Sans s’embarrasser de la présomption d’innocence, ils les condamnent. Ils savent qu’à cause de cette affaire, demain, ce sont eux qui seront confrontés à des risques", expliquent les journalistes de Mediapart.

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