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Anorexie : le diktat de la maigreur prime toujours dans la mode

REPLAY - Malgré les nombreux appels de ceux qui condamnent la maigreur imposée aux mannequins, rien ne change dans les magazines de mode. Un jeu de dupes.

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Anorexie : le diktat de la maigreur prime toujours dans la mode Crédit Image : FRANCOIS GUILLOT / AFP | Crédit Média : Sophie Aurenche | Durée : | Date : La page de l'émission
Sophie Aurenche et Loïc Farge

Dans les magazines de mode, ce sont toujours les mêmes images qui s'affichent : des femmes maigres, voire anorexiques. Et ce malgré la mort d'un jeune mannequin, Isabelle Caro, il y a cinq ans. À l'époque tout le monde s'est ému, notamment les professionnels.

Des voix s'élèvent contre ce système. Très récemment, c'est un député socialiste qui veut imposer un poids minimum aux mannequins pour défiler. Mais rien ne change. Pourquoi ? D'abord parce que de grands noms de la mode, influents, connus dans le monde entier, ont une certaine vision de la femme.

La preuve avec Karl Lagerfeld, créateur chez Chanel, qui déclare : "Les grosses, elles ne veulent jamais voir les grosses. Elles disent : 'Ça, ce n'est pas pour moi !' Si elles avaient une vie plus saine et une discipline alimentaire, ça soulagerait la Sécurité sociale".

Tout le monde est complice

Deuxième provocation : que pense Lagerfeld des mannequins qui mesurent plus de 1,80 mètre et qui pèsent moins de 50 kilos ? "Ce sont des gamines qui ont poussé trop vite. Vous les retrouvez cinq ans après, toutes ces Russes filiformes comme des grissini. Elles sont costaudes. L'anorexie n'est pas un truc".

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"Les mannequins ne sont pas anorexiques", renchérit, hors micro, la directrice d'une agence qui a pignon sur rue à Paris. "Être très mince et très grande", c'est une question de morphologie. "Si une jeune fille grossit quand elle mange, elle doit changer de métier", conclut-elle, un peu cynique. Aucune agence n'a d'ailleurs accepté de répondre officiellement à nos questions...

On a l'impression qu'on ne peut pas sortir du système

Murièle Roos, créatrice de "Femme Majuscule"
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C'est un sujet tabou. En fait, tout le monde est complice. C'est un jeu de dupes. Il y a quatre ans, le magazine Femme Majuscule a été créé justement pour mettre à la une des femmes de plus de 40 ans qui s'assument. Murièle Roos, la créatrice de ce mensuel, se rend compte compte tous les jours qu'il est difficile de lutter contre ce diktat du 34 ou du 36.

"C'est une espèce de cercle parce que, d'un côté, on dit c'est les photographes. Les photographes disent : c'est les mannequins. Les magazines disent : oui mais en fait, les vêtements qu'on nous propose sont de petite taille. Plutôt du 36 que du 42. Donc, on a l'impression qu'on ne peut pas sortir du système. Et puis, finalement, je crois que personne ne veut vraiment sortir du système non plus. Tout le monde se tient un peu. Comme si les femmes étaient un peu exclues", explique-t-elle.

Déconnexion

La preuve est apportée par un sondage CSA de février dernier, réalisé pour le magazine Femme Majuscule : 1% des femmes de 45 ans estiment que les créateurs de mode pensent à elles quand ils conçoivent leurs vêtements. Il faut savoir que 5% des femmes seulement font du 36 (5% d'ailleurs aussi font du 50). Par ailleurs, 21% s'habillent plutôt en 40 ou 42. Il y a bien une déconnexion.

Plusieurs créateurs tentent bien de lutter sur les podiums contre ces mensurations osseuses et inhumaines : Jean-Paul Gaultier, par exemple, Agnès B ou alors Nathalie Garçon. "Nathalie Garçon", une marque lancée en 1989. Sa créatrice ne veut pas entendre parler de ces femmes sans corps. D'où son choix radical.

"Je ne prends pas du tout de mannequins maigrissimes. J'aime les bombes", lâche-t-elle. "En plus, je pense que, de toute manière, il y a derrière tout ça l'idée que la femme ne doit pas être mère, qu'elle ne doit pas montrer de traces de vie. Il y a quelque chose derrière tout ça qui va beaucoup plus loin que la maigreur." Elle a dû affronter de nombreuses critiques, mais Nathalie Garçon assume. Elle ne voulait plus être complice de ce système.

J'aime les bombes

Nathalie Garçon, créatrice de mode
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On n'est pas près de voir des femmes qui s'habillent en 40 ou 42 sur les podiums. La mode est bien la seule à s'attacher à des femmes aussi maigres. Mais heureusement, pour Nathalie Garçon, les ados ont d'autres idoles. "Dans la musique, comme le rap, on voit des femmes rondes qui sont bien en chair. Les jeunes s'en sont saisis comme modèles, beaucoup plus maintenant que certaines mannequins".

Et si le changement venait de ces ados qui vont, un jour, devenir femmes ?

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