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Une adolescente sur son téléphone portable (photo d'illustration).
Crédit : ROBIN UTRECHT / ANP MAG / ANP via AFP
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Si les réseaux sociaux se sont remplis de vidéos aux couleurs saturées, sur fond de musiques des années 2010, ce n’est pas un bug algorithmique. Depuis le début de l’année, de nombreux internautes sur TikTok et Instagram se sont souhaité avec ironie une "Bonne année 2016 !". Dans un même élan, ils ont collectivement décidé de rebaptiser l'année 2026 en "Nouvel an 2016".
Ce retour en force de l'année 2016 s'illustre sur les plateformes par une profusion de publications reprenant les codes esthétiques de l'époque, de la musique au maquillage, en passant par la mode et les filtres virtuels. Sur TikTok et Instagram, des influenceurs comme Paola Locatelli ou le YouTubeur Fahd El, ont publié des photos d'eux d'il y a dix ans lorsqu'ils étaient encore adolescents, avec des commentaires mélioratifs... Souvent nostalgiques. "2016. Le prime de la vie" a écrit l'un sur Instagram.
La tendance n'est pas circonscrite aux frontières hexagonales, elle a également gagné l'Espagne ou les États-Unis, à tel point que les personnalités publiques, comme l'actrice et chanteuse Demi Lovato, se sont jointes au mouvement. L’actrice américaine a publié une vidéo dans laquelle elle fait un playback sur son compte TikTok, accompagnée de la mention "joyeux 2016". La publication, postée il y a quelques jours, cumule près de cinq millions de vues.
Ce regain d’intérêt pour ce supposé point d'orgue des années 2010 fait émerger en creux une vive opposition aux tendances récentes. "Fini l’époque de la gênance et des clean girl", a lancé une internaute sur TikTok, en écho aux années 2024-2025 plutôt marquées par la sobriété -avec une mode marquée 'old money'- et les maquillages naturels. À l'opposée de ces standards, 2016 incarne plutôt l’extravagance.
Il y a dix ans, le maquillage était chargé avec le succès fulgurant des palettes colorées et des sourcils parfaitement tracés au crayon. Côté capillaire, on retrouve les tresses plaquées ou la perruque rose popularisée par l'influenceuse américaine Kylie Jenner, demi sœur de Kim Kardashian, à son âge d'or : le "King Kylie". À cette période, les sœurs Kardashian avaient fait cartonner le BBL, la chirurgie esthétique du fessier, mais aussi les filtres Snapchat comme celui du chien qui tire la langue, très populaire à cette époque là.
D'un point de vue mode, l'audace était au rendez-vous. Jeans slims ou jeans déchirés, bombers, mini-shorts en jean, chemises à carreaux nouées à la taille, bikinis fluos, motifs ou logos criards et couleurs vives faisaient partie des gardes robes. Dinah Sultan, trend forecaster et designer chez Peclers, a décrypté dans le magazine Harper's Bazaar : “avec du recul, c'était une mode maladroite, presque 'cringe', avec encore pas mal de slims, des bombers, du lamé, de l'hyper-oversize, des détournements du sportwear. D'un côté, on avait des t-shirts DHL et de l'autre, des robes sequins. C'était une époque où ne savait pas trop où on allait, mais qui a posé, mine de rien, toutes les bases des dix années qui ont suivi”.
Le retour à 2016, c'est aussi celui d’une autre manière de faire du contenu. À l’époque, TikTok portait encore le nom de Musical.ly. La plateforme servait avant tout à lancer des tendances et des challenges. Parmi les plus célèbres, on peut citer le "Don’t Judge Me Challenge" - un challenge vidéo qui consiste à s'enlaidir volontairement avec du maquillage avant d'opérer une transition pour montrer son véritable potentiel - qui a été remis au goût du jour cette année.
Sur TikTok, chacun a revisité 2016 à sa façon, et cela passe aussi par la musique. Beaucoup ont ressorti les tubes de Justin Bieber, notamment Let Me Love You de DJ Snake, symbole de la vague tropical house et électro de l’époque. Sur ce fond sonore, plusieurs internautes ont combiné : un t-shirt avec l'inscription "I love NY", la casquette à l'envers et une ambiance de festival. Dans la même veine, l’hymne de l’Euro 2016 en France, This One’s For You du DJ David Guetta et Zara Larsson, est réapparu, tout comme les grands classiques R&B de l’année comme One Dance de Drake.
Selon Elle, 2016 marque aussi l’apogée du rap français. Jul avec Mon Amour ou Tchikita, PNL avec Naha, SCH avec Je la connais, Booba avec Eléphant et Maître Gims avec Sapée comme jamais dominaient le classement des artistes, et le rappeur MHD figurait, lui, sur le podium des albums les plus vendus. À l'international, les titres phares étaient : Cheap Thrills de Sia en tête, suivi de Drake, Kungs ou encore Rihanna.
Cette fulgurance du rap mettait aussi en lumière "les cités de France" et leurs codes dont se réclamaient de nombreux adolescents. On retrouvait la mode de la combinaison du survêtement Lacoste et des baskets TN, combiné à une casquette Gucci contrefaçon. Mais aussi les "chroniques", ces histoires d'amour retrouvées sur la plateforme Wattpad qui regroupe des récits ou poèmes d'auteurs amateurs. Parmi les plus connues, il y a : À la vie à la mort, Chronique d'Emna, le cœur a ses raisons que la cité ignore, Parce que sans lui je ne suis plus rien ou encore Chronique d'Inaya : love d'un thug.
Cette obsession pour 2016 s’explique également par un besoin de réconfort à l'aune d'un avenir à l'horizon incertain. Beaucoup idéalisent une époque où les mots "pandémie mondiale" n’appartenaient encore qu’aux films catastrophes et où Instagram n’avait pas changé de logo et succombé aux codes de TikTok. Interrogée par Madame Figaro, la psychologue Delphine Py a rappelé que ce mécanisme est classique en période de crise : "Quand le présent est flou ou morose, le passé devient quelque chose de connu qui sécurise. 2016 renvoie naturellement à une époque où tout avait l’air un peu plus léger", soulignant aussi que la mémoire embellit souvent les souvenirs. Avant d'ajouter : "C’était le début des réseaux sociaux, il y avait moins la pression de l’algorithme".
Dans l'article de Madame Figaro, l'autrice Aude Calloch de l'essai Vous, moi et les réseaux sociaux : une histoire d’amour et de haine des temps modernes a noté : "C’était une année souvent associée au positivisme, car nous étions dans un entre-deux : après la crise de 2008, et avant la crise Covid de 2020".
L'écrivaine a conclu : "on pourrait se dire que ceux qui étaient adolescents en 2016 sont la dernière génération à avoir vécu une adolescence sereine, cool, sans les complications engendrées par le Covid... Il y a dix ans, on rentrait rapidement dans l’âge adulte, on devenait vite responsable, on fondait une famille. Aujourd’hui, on note un décalage, les gens ne veulent plus rentrer dans ce système car la vie est déjà suffisamment dure…" D’où, peut-être, les cartons d’audience que provoquent les séries d’époque : de Stranger Things sortie en 2016 ou Bridgerton en 2020, elles contribuent à ce sentiment de nostalgie... Et cela semble plaire.
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