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Coronavirus : comment l'obésité s'est-elle accentuée dans les quartiers populaires ?

Durant la crise sanitaire, l'obésité a eu tendance à augmenter, surtout dans les quartiers populaires.

Une personne atteinte d'obésité (illustration)
Une personne atteinte d'obésité (illustration)
Crédit : Chutima Sonma / EyeEm / GETTY
Comment les confinements ont favorisé l'obésité chez les habitants des quartiers populaires
03:48
Etienne Baudu - édité par Charlotte Diry

Bouger, faire du sport, bien manger,... toutes ces actions du quotidien étaient devenues mission impossible durant le premier confinement dans les quartiers populaires, difficiles. Conséquence, l'obésité a gagné du terrain chez les jeunes et les adultes. 

C'est ce qui a notamment été constaté dans les quartiers Nord, à Marseille. Les chiffres sont assez impressionnants. Selon une étude, dans les quartiers prioritaires, parmi les habitants qui bénéficient de l'aide alimentaire, 35% de femmes sont obèses et 25% d'hommes. Alors qu'en France, le chiffre moyen est lui de 17% Et les exemples de parcours de vie chaotiques sont malheureusement légions. 

Sylvie, 47 ans, habite seule dans un petit appartement du XVe arrondissement, au cœur des quartiers Nord. En 2015, elle avait déjà subit une opération bariatrique qui permet de perdre du poids. Le confinement est arrivé et Sylvie sait que son obésité est un facteur de risques. Elle n'ose donc pas sortir : "On est devenu plus sédentaire. On n'avait pas le droit de sortir avec le couvre-feu. Je ne me permettais pas de sortir. Avec l'ennuie, quand on n'arrive pas à s'occuper l'esprit, et bien on grignote encore plus. Et ce n'était pas forcément des galettes, mais plutôt du pain, du fromage, un bout de jambon, étalé dans la journée. J'ai pris 10 kilos. C'était vraiment tout et n'importe quoi." confie cette femme. 

J'ai pris 10 kilos. C'était vraiment tout et n'importe quoi.

Sylvie, 47 ans

Les associations qui ont accompagné cette population pendant la pandémie ont fait ce constat sur toutes les tranches d'âge. Yazid Attalah est le président de l'association Santé et Environnement pour tous, dont les médiateurs sont implantés dans tous les arrondissements des quartiers Nord : "On a été faire une visite à domicile chez un patient. Son périmètre d'action c'était sa chambre, la cuisine, la douche. Donc grosso modo, s'il faisait une centaine de pas dans la journée, c'était le bout du monde." explique Yazid Attalah. 

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Avant de rajouter : "Il avait peur de sortir, d'être contaminé. Il était âgé. Clairement il avait grossi. Il y en a même certains qui ont renoncé aux soins et ça, c'est encore plus inquiétant, du fait du Covid. Des personnes âgées qui ne vont plus dans des salles d'attentes, des patients qui ont peur de sortir, de s'aéré." 

Des quartiers victime de la désertification médicale

Avec pour résultats, des patients qui sont sortis des radars, hors des parcours de soin. Et pour aggraver la situation, ces quartiers deviennent peu à peu des déserts médicaux. Dans le XVe arrondissement, il y a que 85 médecins libéraux pour 100.000 habitants, alors qu'ils sont 581 dans le VIIIe arrondissement, au Sud. 

Alors que ces personnes en surpoids ont peur de sortir, de faire du sport ou de s'aérer, cela est pourtant indispensable. Mais les habitants sont confrontés à des infrastructures déficientes dans les quartiers Nord : des piscines fermées, des stades clos le week-end, réservés au club avec trop peu d'encadrants et des transports publics insuffisants. 

Sylvie résume malheureusement assez bien la situation : "Si vous voulez accéder à des parcs, ce n'était pas ouvert. Donc si vous voulez aller du côté de la campagne, il faut quand même faire quelques kilomètres, les transports, ce n'est pas la peine. C'était vraiment la galère. À moins d'être équipé à la maison mais ce n'est pas toujours possible financièrement non plus donc ce n'était pas du tout évident."

Un manque de moyens

Selon le Docteur Thierry Bège, chirurgien dans le centre spécialisé de l'obésité de l'hôpital Nord, les patients obèses ont pris conscience que leur état pouvait être associé à de grave pathologies. La demande de prise en charge pour un parcours de soin ou une opération pour perdre du poids a explosé. 

Mais le Docteur Bège se désole, il n'a pas les moyens de suivre : "Nous nous retrouvons aujourd'hui devant des difficultés de fermetures de lits d'hôpitaux, de difficultés d'accès au bloc opératoire et donc, nous luttons pour maintenir notre activité, au lieu de mettre en place les moyens pour la développer." Pour tous les acteurs qui se penchent sur cette question de l'obésité, les effets de la crise qui n'est pas finie vont se faire sentir à très long terme.  

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